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Hunter S.Thompson - Gonzo

par lou 27 Novembre 2012, 09:43

LITTERATURE

 

Hunter S.Thompson - Gonzo

 

Le Bon Docteur Gonzo

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http://totallygonzo.files.wordpress.com/2009/04/gonzoanthology.jpg?w=300&h=300C'est le système, impossible d'échapper bien longtemps à la rationalisation, même en cas de folie furieuse avérée. En décrochant le canard avec l'adaptation (excellente) cinématographique de Las Vegas Parano, Hunter S. Thompson a condamné la plus grosse partie de son héritage à faire le bonheur d'un public averti. La gestation de Las Vegas...est d'ailleurs surprenante. L'auteur confesse  n'avoir pas spécialement œuvré dans une direction précise. Par-delà l'importance de son œuvre littéraire (invention d'une forme de reportage à la gueule de bois tenace) il est heureux que son venin ait eu le temps de pervertir le cinéma hollywoodien. Sorte de grande catin couchant avec n'importe qui, mais n'ayant toujours pas réalisé quel gonocoque on lui inoculait. L'annonce du suicide n'a pas bouleversé, loin de là, le monde, ni décuplé la vente de ses bouquins. Peut-être simplement facilité la sortie de ses correspondances, le très excellent Gonzo Highway. Depuis cette date funeste du 20 Février 2005 les tenants d'un ordre moral coiffé en brosse dorment beaucoup mieux. Le sphincter toujours coincé ces gens-là. Quant aux pauvres cancrelats de la rectitude calligraphique, ceux qui pensent qu'un bon journaliste doit caresser le lecteur dans le sens du poil, ils prennent carrément un pied en acier chromé. Après tout, depuis Richard Brautigan, un asocial qui se fait sauter le caisson c'est devenu assez banal. A la limite, on se souviendra uniquement de  HTS comme de ce type assez fou pour avoir partagé, un an, la vie d'une bande de Hell's Angels. Expérience conclue par une grosse tête maison, l'histoire est bien connue. Par chance, le bonhomme a des fans. Son style (cintré psychotique, sans cesse au bord du gouffre) n'est pas de ceux qu'on oublie. Je me souviens d'une engueulade qui a dégénérée, à propos de HTS, il y a déjà longtemps. Argument de la partie adverse, on ne doit pas surtout pas s'occuper d'un type qui critique la  société. Sauf que, dans le cas qui nous intéresse, le gars Hunter pose son fauteuil et attend. Tout en se bourrant la gueule, et en laissant les systèmes exister. Toujours finissent-ils par déraper, déconner, se prendre les pieds dans leur vomi. A ce moment-là seulement, notre homme donne son point de vue. Pas de sa faute si tout part tout le temps en saucisse. Après on aime ou pas, bien sûr. Et voilà qu'arrivent les Gonzo Papers. Réédition (prévue en cinq volumes) de son inlassable poursuite du rêve américain.  C'est que le Nouveau Testament Gonzo ou La Grande Chasse au Requin devenaient (quelle honte) rares. Les volumes des Humanoïdes Associés (collection Speed 17) coutent un joli prix aujourd'hui. Pour les nouveaux (bienvenue) le terme «Gonzo» viendrait de l'irlandais, désignant le dernier debout dans une grosse bringue. Par extension, aujourd'hui utilisé pour qualifier un style de journalisme totalement déjanté. Dont HTS reste l'inventeur, le meilleur représentant, et l'ultime zélateur. Une véritable agression calligraphique, décuplée par l'état souvent (très) avancé du gars derrière son clavier. Véritable tornade, totalement imprévisible et irresponsable. Les limites totalement culbutées. Enfoncées, brisées, anéanties. Et que Dieu (le pauvre) reconnaisse les siens.  Je viens donc de finir Dernier Tango à Las Vegas et Parano dans le Bunker de cette campagne de réédition. Et franchement, le foutu rêve on le cherche. Surtout quand Nixon et le Watergate sont passés par là. Pas évident de se sentir concerné par ces problèmes  vu de la Creuse ou des Ardennes, me direz-vous. Vrai qu'on se sent un peu largué, dans le récit des législatives US de 1972, par exemple. Sauf que la construction est de première bourre. Quant au  style à la hache, cette façon de réduire le scénario en pulpe pour lui faire cracher la vérité ultime, rendrait passionnante une émission poubelle de M6 (pléonasme). Donc, on embraye derrière HTS. Qui peut faire tout et n'importe quoi. Par exemple, rester debout trois jours d'affilé, en improvisant un papier urgent. Mais aussi  démolir son fax, foutre (totalement fracassé) le boxon dans un concours de pêche au gros ou oser fumer devant Mohamed Ali, au risque de se faire démolir. Et encore s'inviter  au culot chez Jimmy Carter.

Ou arriver à se bourrer le caisson à une réunion du parti démocrate (alors que tout le monde carbure au thé glacé). Et avoir une place de choix, au pied de l’hélicoptère qui emmenait Nixon. Sa bête noire à lui. Qui, au grand désespoir de notre héros,  ne l'a jamais inscrit sur la liste des ennemis de la Maison Blanche. Le tout avec un toupet forçant l'admiration. Rien de sacré, toujours un endroit où poser sa bière. Mais, jamais, quel que soit le degré d'intoxication, la mission n'est sacrifiée. Reprendre le guidon à la fin d'Easy Rider, quand les bouseux se barrent impunis. Ramper dans les tripes de l'Amerikkke, au cœur de la parano et de la pire bigoterie qui soit. Renifler la merde au plus près, décrire sa forme, son odeur, sa consistance. Comprendre pourquoi les USA vont si mal, en défonçant les portes au besoin. Et se refaire une santé, avec un  petit déjeuner ahurissant. Pas exactement le régime de tout le monde. Prenons par exemple ce  portrait terrifiant d'une course de canassons, dans le Kentucky. Le résultat compte pour du beurre, bien sûr. Ce qui est intéressant, c'est la vision apocalyptique de tous les hydrocéphales du coin, en bordée sauvage. On s’arrêtera avec curiosité sur un tout un tas de papiers, courts, réalisés au début des années 60. La plupart parus dans le National Observer. Résultant d'une virée en Amérique du Sud. HTS n'est pas encore tributaire de son personnage, et livre des observations au vitriol. A conseiller aussi, ses papiers sur les événements de Berkeley, le Haight Ashbury, et la nouvelle gauche américaine. Regard désabusé, d'un type qui aime son pays. Et se demande chaque jour pourquoi. Comme lorsque les flics assassinent (en toute impunité) un leader d'opinion des minorités hispaniques. Histoire de fixer les idées, il existe même un DVD, tentant de raconter la vie de HTS. Gonzo est une initiative louable (foutre un peu le chambard dans vos rayons) bien que le résultat patine à l'arrivée. Comment cerner une pareille personnalité, en si peu de temps. Mais les témoignages des proches dessinent assez bien le personnage. Sa première femme, notamment, en dit assez pour qu'on comprenne que la rigolade c'était pas tous les jours. On retiendra surtout les images de la tentative de notre homme aux élections d'Aspen, Colorado. Je vous laisser le grand plaisir de découvrir son programme, tout à fait conforme à ce qu'on peut attendre. Et puis cette vieille émission télé, où on le confronte à un «échantillon représentatif» des bonnes mœurs US. Comme cette vieille taupe, demandant qu'on aborde le, je cite, sujet de la secte LSD de San Francisco. Du petit lait, je vous dis. Rien que pour voir les politicards qui ont eu à faire au bestiau, avoir des renvois douloureux, mais se forcer à sourire. Les cendres de Hunter S. Thompson ont été dispersées au canon. Tandis que Tom Wolfe ressemble à un retraité, poli et agréable. Savourez la différence.

Laurent

 

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