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Jazz Rock - Herbie Hancock / Fat Albert Rotunda

par lou 2 Octobre 2012, 09:15

JAZZ

 

HERBIE HANCOCK - Fat Albert Rotunda (1969)

 

Bien Noir le Film

http://letthemuzicplay.files.wordpress.com/2011/04/herbie-hancock-530-85.jpgUne gare. Voilà le pire des endroits pour perdre son temps. Communication réduite au minimum utile. Tôt le matin ou tard le soir, c'est toujours le même cirque. Se trouver une place loin du monde, et attendre. Respirer les odeurs des autres, encaisser leur boucan. Se demander ce qu'on fout là, et mettre un coup de pied dans le distributeur de friandises trop sucrées. Parce que cette vacherie a avalé nos trois euros, en refusant de cracher quelque chose en retour. Trouver un coin discret pour pisser, pas question de payer AUSSI pour ça. Un jour,  j'ai rien trouvé de mieux que la porte d'un commissariat de police. Ce qui manque souvent, dans ces moments-là, c'est une bonne musique. En général celle qui est resté loin. Vous avez remarqué comme le MP3 vire vite à l'aigre, avec les kilomètres. Retrouvant d'instinct sa fonction de produit en conserve. La sélection, minutieusement préparée,  a un goût de vinaigre au bout de vingt minutes. Il est minuit. Le train est à quatre heures.  Cancer des portables tout autour. Un euphémisme de dire que ces engins, bien sûr vitaux, servent à tout. Même à stocker des sons. Parfois, j'aimerais poser une question aux gens qui y abreuvent leurs oreilles. Leur demander où ils ont trouvé une daube pareille. Comment ils osent, simplement, exhiber ce goût de chiotte. Besoin urgent d'un stage au fin fond de nulle part. Sans la blonde canon (celle qui mobilise le guichet) à reluquer. Tu bouges et tu perds ta place assise. Condamné aux quais. Et à  la litanie dans la sono. Un million de fois, j'ai vécu cet enfer. En me demandant, au cas éventuel où un maboule filmerait, la dégaine qu'aurait la bande son. Maboule le mot est faible. Disons, un grand malade, chantre du ras le bol urbain. Avec un scénario à trois sous, et des plans de caméra nullards. Mais une musique d'Herbie Hancock. Pas celui des tubes FM pourris, non.

 

http://www.soundstagedirect.com/media/hancock_fat.jpgL'ancien accompagnateur de Miles serait, de loin, une référence plus parlante. Découvrant un morceau de l'album Fat Albert Rotunda (1969) notre petite personne a totalement craqué, il faut le dire. Étuve cuivrée et charnue, idéale pour un trip estival. Un après-midi à attendre l'orage. Tout l'album (bien trop court) sera donc du niveau de ce Wiggle Waggle, hésitant sans cesse entre deux pôles d'attraction. Un jazz illuminé par le meilleur clavier depuis celui de Riders On The Storm, d'abord. Toutes références mélangées, parce que notre road movie est forcément bordélique. C'est la fin du film, le héros a triomphé (de quoi ?) et il rentre chez lui. 50000 dollars en cash dans la mallette. Faire vite, le FBI est déjà sur le coup. Le jour se lève, contre plongée d’hélicoptère, qui suit une grosse bagnole. Pas moins de 160/180 sur le freeway. L'action se passe à New York ou dans le Cantal. Puisque la production est tout de même courte en budget. Gros plan sur la barbe et les yeux cernés. Et ce jazz, donc, il a la grosse qualité de devenir souvent funk. Funk poisseux, beaucoup de sax convulsif, pour les scènes de poursuite. La caméra s'attarde sur les bars à putes, les flics qui embarquent un dealer. D'un juke box s'échappe un morceau incroyable. Scénario totalement con, pas foule à l'arrivée. Et comment je fais la promo de mon polar bien noir, moi ? Respectez mes fantasmes merci. D'autant que j'ai encore trois gares à me farcir. Et que les piles de mon Ipod (on doit plus dire comme ça) sont nazes. Plus de rythmique aux petits oignons, fini la section de cuivres psychotique. Rien que la tronche du contrôleur à se fader. Avec un peu de chance, il finira le chemin affalé, en se grattant les couilles (c'est du vécu). Bilan, le meilleur album pour épuisement physique ET mental à enchanter mes oreilles depuis le Tom Waits de Blue Valentine. Lassitude abolie, véhicule increvable, le bout de la nuit est intangible. Lumières familières, pupilles douloureuses, gestes lents. Album à ranger dans les basiques, la bonne musique pour les moments délicats. Devrait être remis avec le billet, pour tout trajet de plus de vingt bornes. Histoire de donner à ce papier le sérieux qu'il n'a jamais eu, je signale que la discographie d'Herbie Hancock est immense. Du peu qu'il m'a été donné d'entendre, Mwandishi est excellent (très Miles), Crossings plutôt expérimental et rasoir. Quant à Headunters, c'est une grosse claque funky, un peu trop mécanique.

Laurent

 

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Wiggle Waggle

 

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