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Kaleidoscope - Peter Daltrey : bienvenue au pays de l'innocence retrouvée.

par lou 21 Novembre 2009, 11:56


La vie ne tient parfois à pas grand-chose. À ces petits moments de bonheur s’évaporant aussi vite qu’ils vous ont étourdi, instants aussi futiles qu’illusoires. Le temps d’une intro délicatement envoutante vous enveloppant de ses cordes chaleureuses et mélancoliques, suivie d’une mélodie enchanteresse et féérique que vient boucler un refrain répétitif, magique… The Sky Children et ses 8 minutes de beauté totale, qui pourrait tourner des heures et des heures sur la platine, sans jamais en ressentir l’ennui par tant de pureté. Arrangements au panthéon de l’extase absolue, innocence retrouvée le temps de ré-atterrir fébrilement de ce voyage sonore.

The Sky Children. Morceau au combien grandiose que l’on retrouve dans le répertoire des Kaleidoscope, combo londonien mené par le talentueux et magnifique songwriter Peter Daltrey. Deux albums au compteur, qui enivre votre rédacteur à chaque écoute, splendide d’un bout à l’autre, chef d’œuvre de pop parfaite que l’on pourrait aisément ranger devant le Odissey&Oracles des Zombies, ou encore le Smile des Beach Boys, monuments d’érudition pop galvaudée par tant d’arrangements oniriques.

Quand l’occasion s’est présenté de rencontrer Peter Daltrey, autant vous dire qu’on s’est pas fait prié. Résultat grandiose tant Peter s’est prêté allègrement au jeu, revenant sur une carrière emplie de nostalgie et de souvenirs, avec la plus grande simplicité du monde. Peter Daltrey.

 

 

 

Louis : Il y a une certaine innocence dans vos chansons, une nostalgie enfantine. Quel était votre secret pour écrire de si beaux morceaux ? On pense notamment à The Sky Children?

 

Pete Daltrey : Le groupe était en vacances, pendant l’été 1964. A Swanage, une ville touristique du Dorset, sur la cote Sud de l’Angleterre. À la sortie de la ville, il y avait un château Victorien, perché sur un mur rocheux, dominant la mer. Un matin, nous avons décidé de nous y rendre. C’était une belle journée d’été, avec un ciel presque bleu, juste quelques nuages hauts dans le ciel.  Nous avons cherché le château un moment, et finalement trouvé un chemin menant à la mer. En bas était une plage de cailloux, de gros rochers s’étant détachés des falaises. La mer s’écrasait sur le rivage, le bruit était assourdissant, mais merveilleux. La nature brute. Swanage, au loin, scintillait dans la brume. Nous avons donc décidé de retourner en ville, en suivant la plage. C’était difficile, les rochers avaient la taille d’une voiture, il était maintenant midi, et le soleil tapait dur. À notre droite, l’océan grondait. Tous les quatre avons été séparé, et je me suis retrouvé dernier. Pour une raison inconnue, une ligne m’est venue, « Un million de fleurs blanches dans un champ céleste ». Ed (Pumer, le guitariste) et moi écrivions toujours selon la même formule : moi les paroles, lui la musique. Écrire une chanson n’est rien moins que de s’inspirer de l’air du temps, et de la transformer en mots. Et l’inspiration, par définition, ne se produit pas à la demande. Sa blague favorite est de s’insinuer dans vos pensées, juste au moment où vous allez vous endormir. Un mot et une ligne vont se former dans votre esprit, navigant dans votre conscience, alors que vous allez sombrer. Mais attention, si vous les ignorées elles vont simplement disparaître, au matin elles seront parties.

Donc, vous revenez du pays des rêves, attrapez un stylo et un papier, griffonné, et retournez vous écrouler. Le soleil se lève, les yeux sont bouffis, la vessie pleine, la bouche en feu, les oreilles bourdonnent. Vous lorgnez sur le papier, en général c’est merdique, parfois inspiré. Dans ce cas, je marchais le long d’une plage, sans papier et sans stylo. Une autre phrase m’est venue, puis encore une. Là j’étais mal. J’avais deux options, refuser de laisser fonctionner mon cerveau, sachant bien comment ce serait dur de retrouver mes mots. Ou accepter les mots qui émergeaient, comme d’une éponge, et tenter de les mémoriser. Après tout, toutes les chansons comportent d’un à trois couplets, et un refrain. J’ignorais que j’étais en train d’écrire une de nos plus longues chansons. Encore plus de mots, je les assemblais, le rythme se formait, une histoire commençait à émerger. Je devais tout reprendre du début, assemblant les couplets dans ma tête. En essayant désespérément de garder le tout dans le bon ordre. Dan (Brigdman, le batteur) était juste devant moi. Il s’est arrêté, m’a demandé si j’allais bien. J’ai répondu que j’écrivais une chanson, il a secoué la tête, apparemment décidé à me laisser tranquille. Il y avait tant de lignes, que je m’y perdais, tout se mélangeait. Il faisait chaud, j’étais en sueur. Quand nous sommes arrivés en ville, je me suis précipité pour transcrire ce dont je me souvenais.

De retour à Londres, les paroles ont été affinées et finalisées. Ed est venu avec une mélodie très simple, qui capturait parfaitement l’esprit. Le conte de fées d’un groupe d’enfants, en quête de magie. C’est facile de se moquer aujourd’hui. Avec nos oreilles modernes, voire usées, tout ceci semble idiot. Mais il faut replacer dans le contexte, revenir à 1967. J’étais influencé par Donovan, sur des chansons comme ça. Les gens disent que j’avais trop lu Tolkien, alors que j’ignorais même qui il était. Mais j’absorbais tout ce que j’entendais autour de moi. Je ne me souviens pas de l’enregistrement de Sky Childern, mais je le soupçonne de venir d’une session tardive, dans les studios Phillips, à Marble Arch. Avec les lumières éteintes, juste une ou deux bougies sur un ampli. Vraiment magique.

 

 

: Faintly Blowing semblait plus diversifiée, alternant les moments de calme et de violence. Quelle a été votre approche au niveau de la production ?

 

P : Ed et moi n’avons jamais cessé d’écrire des chansons. On en avait toujours plus que nécessaire. Certains groupes sont obligés de faire un album, et composent en studio. Alors que nous arrivions avec notre stock de chansons. Sachant parfaitement ce que nous voulions, ayant déjà présenté nos morceaux au producteur (Dick Leachy) et reçu son aval enthousiaste. Tangerine Dream a été écrit principalement en 1965/66. Bien qu’à cette époque nous ayons été ensemble depuis deux ans, nous étions toujours novices. On apprenait notre métier. En 1967/68,  la confiance était là, ainsi qu’une structure pour notre musique. Dans la mesure où nous étions sous contrat avec une maison de disques, qui était convaincue que nous étions les prochains Beatles. Sérieusement, c’est que nous disaient les gens de Phillips. 

La période psychédélique a été très courte. Une fusée multicolore, tirée dans le ciel en 1966, nous étourdissant tous par sa brillance. Qui est doucement retombée sur terre en 1968. Les braises ayant continué à brûler jusqu’à la fin de cette année là. Pour notre genre musical, on était certainement au bon endroit au bon moment. Londres vibrait de bons plans. Nous étions jeunes, naïfs, confiants dans nos possibilités, impossibles à stopper. Début 1968, notre écriture était beaucoup plus adulte. Mais toujours dans le style psyché, fidèle à nos racines. Je me souviens de Sunny Side Circus à ce moment là. Mais nous étions insatisfaits du résultat, et le titre a dû attendre From Home To Home pour apparaître. Un peu décalé, sur le dernier album.

Avec un budget conséquent, notre son avait été augmenté d’un orchestre. Ce qui avait certainement élargi une approche plus mature. Je n’écoute plus nos disques (plus beaucoup de musique en fait, puisque j’ai fait cadeau de mon ouïe au groupe), mais sur nos deux albums, c’est le morceau Faintly Blowing qui porte la couronne.

Ma mémoire est pleine de trous, donc peut de détails restent. Mais je me souviens que nous avions fait un effort commun, pour que les morceaux soient le plus excentriques possible. Notre producteur nous poussait, lui qui voulait se faire un nom. Quand la base a été enregistrée, on a ajouté une partie vocale. Ensuite, on a embelli le tout avec divers bruits. La semaine d’après, nous avons été conviés au studio pour écouter le premier mixage. La production avait adouci le tout avec du phasing, au lieu de garder l’effet pour la fin. Mais nous avons été convaincus que c’était le bon son pour la chanson. Jeunes et tenus dans une crainte respectueuse par notre maison de disques, nous avons décidé de laisser filer. Aujourd’hui, je reçois régulièrement des mails de fans, jeunes et vieux, qui vantent les charmes de Music. C’est une question de goût, je crois.

 

 

 L : Kaleidoscope a sorti un single intitulé Isle Of Wight Festival Theme en 1970, sous le nom de I Luv Whight. Vous avez joué le vendredi 28, en tant que Fairfield Parlour, et il semble que vous ayez été informé (par lettre anonyme) que le premier groupe qui passerait, se ferait tirer dessus.

 

P : En Mai/Juin 1970, notre manager avait beaucoup discuté avec les frères Foulk, organisateurs du festival. Un joli coup pour lui. Non seulement, le groupe avait une place sur l’affiche, mais les deux filous étaient d’accord pour que nous écrivions et enregistrions une chanson. Laquelle sortirait sous la bannière The Official Isle Of Wight Festival Song 1970.  Encore mieux, il était convenu que le morceau passe entre chaque concert. Cette publicité massive, avec les passages radios, servirait au moins à donner au groupe le hit qu’il attendait depuis si longtemps. Les représentants légaux ont rédigé un contrat, qui a été signé par les deux parties.  Le jeudi, nous étions assis dans la salle de télé du Shanklin Clarendon Hotel. On prenait des trucs durs : de gros pots de thé, couleur créosote. Dave (Symonds, le manager)  a suggéré que nous regardions les informations, pour voir si on y parlait du festival. Deuxième titre : « L’IRA a annoncé que, pour protester contre la présence anglaise en Irlande, elle tirerait sur le premier groupe du festival de Wight, demain ».

Qui est le premier groupe ? Avons-nous demandé à notre manager.

Vous.

Le vendredi, on traînait en attendant de jouer. Tous nerveux. C’était un concert majeur pour nous. Nous nous sommes retrouvés devant un quart de million de personnes. Dan a tapé sur un tom, Steve (Clark) a tiré sur une corde de basse, Ed se raccordait. Je me suis approché du micro, le cœur battant. Les accords familiers de Eyewitness, j’ai ouvert ma bouche, sèche comme un os. We Know You Have Seen A Lot Of Things, c’était approprié. Le son était curieusement bas, alors qu’on s’attendait à être assourdi par les murs d’amplis. Ces bâtards avaient seulement tourné le bouton de volume à cinq. Et maintenant Aries, cet hymne nostalgique à la jeunesse. Mais le son disparaît dans l’espace ouvert, vers la colline. Vous pouviez presque le voir s’évaporer dans l’air. Applaudissement chaleureux, mais attendez, l’IRA…….S’ils descendent quelqu'un, ce sera le chanteur, au centre de la scène, les bras ouverts, la cible parfaite.  Pendant un moment, j’ai pensé à repérer le flingue, mais suis instantanément revenu à la réalité. Pas le moment de penser à ma mort. Je pouvais le faire plus tard, dans un bain de sang, en coulisse. Ma vie se mêlant à l’herbe piétinée, comme de la neige rouge. Ma bouche formant un dernier mot, « Bâtards ».  Après un concert trop court, nous avons quitté la scène, content d’être encore vivant.  En fait, c’était un pétard mouillé, juste pour faire de la pub à leur cause aveugle.

 

 

 

 

L : Vous faites toujours de la musique aujourd’hui, et avez sorti de nombreux albums. Étés vous ouvert à de nouvelles influences ? Ou êtes-vous nostalgiques des années 60/70 ?

 

P : Quand le groupe s’est séparé, j’ai quitté Londres, pour les vertes collines du Wilshire. Après deux décennies de silence, l’urgence créative est revenue, un besoin d’écrire. Je me suis mis à composer et à enregistrer mes propres chansons. Aujourd’hui, j’ai sorti quatorze albums en un DVD. Je vends mes disques sur mes deux sites : www.chelsearecords.co.uk (véritable mine de renseignements) et www.myspace.com/peterdaltrey. Il y a eu de bons retours des fans. Ils me disent que ma voix est restée la même, et qu’ils aiment ce que je fais. Dans la mesure où je suis la trace de Kaleidoscope et Fairfield Parlour. C’est inévitable, je ne peux pas (et ne veux pas) échapper à mes racines.  La nostalgie donne un sentiment de mélancolie chaleureuse. Mais c’est essentiellement auto indulgent et vain. Je préfère vivre dans le présent. Être concerné par ma prochaine chanson, que par celles qui ont quarante ans. Ce qui n’est pas pour dénigrer notre travail passé. J’en suis fier, et toujours ému que les jeunes générations découvrent et aiment nos disques. Je me sens immortel, ce à quoi tout le monde aspire.

Mes années avec le groupe étaient frustrantes. Parce que nous avons vu le succès nous échapper.  Ce qui n’était pas notre faute. Notre maison de disques était inutile, incapable de fournir nos disques aux fans qui les voulaient. Et le manque d’un manager, quand nous étions Kaleidoscope, nous a sérieusement handicapé dans nos contacts avec les dirigeants de notre compagnie.  Nous avons eu trois hits (Jenny Artichoke, Bordeaux Rose, Let The World Wash In), mais sans réel succès. Les deux premiers, gros carton sur les électrophones, ont échoué dans les charts, à cause de l’inefficacité,  de la maison de disques. Le troisième parce que les frères Foulk ont renégocié notre contrat, pour promouvoir le single pendant le festival. Donc, j’ai des souvenirs, mais ne m’y penche pas.

 

 

L : Avez-vous des histoires de concert à raconter ?

 

P : Nous en avons fait tant que tout s’est fondu en un seul morceau dans ma mémoire.

 

 

 

L : À quoi pouvait-on s’attendre en venant à un concert de Kaleidoscope ?

 

P : Nous avions plusieurs personnalités. Pour nos premiers concerts, vous vous seriez sûrement retrouvé dans un club de jeunesse malodorant, ou une salle paroissiale poussiéreuse. Quelques gamins embarrassés, autorisés à leur première sortie par des parents autoritaires, se bousculant, agrippant nerveusement leur verre de limonade. Le groupe, quatre jeunots maladroits, The Sidekicks. Nous jouions les premières chansons des Rolling Stones et des Beatles, des blues de Mose Allison ou Muddy Waters. Le son n’était pas excellent, car nous avions seulement quelques amplis bon marché. Le chanteur était rivé au projecteur, agrippant son micro, tentant désespérément de se souvenir des paroles. Après à peu près une heure, le groupe était à court de chansons, et devait commencer à répéter son set. Mais presque personne ne remarquait rien, ils étaient occupés avec les jeux de la puberté.

 

Si vous aviez vu The Key, ça aurait été dans l’arrière salle obscure d’un pub. Le groupe sur le sol, dans un coin. Ou dans un collège. Dans le pub, vous auriez été entouré de rockers graisseux, cherchant la castagne ou de quoi se défouler, plutôt qu’écoutant. Une épaisse puanteur de bière et de sueur, et un air d’anticipation. Pas du groupe, mais de la putain de baston. Dans un collège, la salle aurait été plus large, et le groupe sur une scène. Un public jeune, intense, avec des verres de cidre ou de bière.  Il y avait des projecteurs et peut être quelques jeux de lumière. On jouait toujours nos reprises de blues, mais on avait incorporé plusieurs chansons à nous. Vêtus de chemises bouffantes, et de Beatles boots Anello and Daniel. Une fille en mini-jupe était assise sur scène. Entre chaque morceau, elle lisait une ou deux lignes de poésie. À la fin de la dernière chanson (une pièce de résistance épique, oubliée depuis longtemps, nommée Face), le groupe emmenait le chanteur qui venait de s’évanouir. Du sang coulant de sa bouche. À l’université de Brune, où ceci s’est déroulé, vous auriez pu voir le public devenir sauvage. Et les organisateurs nous ficher dehors, pour avoir enfreint les bonnes mœurs. Ils semblaient peu apprécier notre mise en scène ampoulée. Et les capsules de sang, achetées dans un magasin de farces et attrapes, sur la route.

 

Un concert de Kaleidoscope se déroulait dans une université, ou un club. En compagnie de gens vêtus tout en couleurs. Le groupe superbement équipé de matériel tout neuf. La sono de meilleure qualité, on jouait fort. Le répertoire était entièrement original (Dive Into Yesterday, Snapdragon, Love Song For Annie, Music). Cette dernière chanson était le final, une cacophonie. Qui, en général, en faisait demander plus au public. Pas de sang cette fois, mais de la vraie sueur.

 

Un gig de Fairfield Parlour se déroulait toujours dans une université. Le public habillé plus sobrement. Vêtement sombre et grands chapeaux. Toute la soirée avait un air beaucoup plus mature, avec nombre de morceaux acoustiques. Steve jouait de la flûte sur Eyewitness, et moi du clavicorde sur Soldiers Of The Flesh. Vous auriez pu nous voir au Mothers de Birmingham, juste au-dessus de chez le tailleur Burton. L’endroit méritait un effort. On a joué là-bas plusieurs fois, toujours chaleureusement accueilli. C’est dans cet endroit que Dan s’est démoli, en se coinçant un nerf de la colonne vertébrale, après un concert particulièrement énergique. On pensait qu’il allait mourir sous nos yeux. Il a passé des semaines à l’hôpital, survécu, et nous a rejoint, en vrai grognard. Mais il porte toujours les séquelles de cette nuit là.

 

 

 

L : Contrairement aux USA, le psychédélisme anglais semblait avoir des difficultés à s’adapter à son environnement. Quelles sont pour vous les différences entre les deux ?

 

P : Les deux sont bien distincts. La version US a été fortement influencée par l’émergence de la drogue culture. Particulièrement à San Francisco. La musique, bien que retenant les éléments essentiels (guitare bruyante, bizarrerie contrôlée, paroles obscures) était en général plus lourde. En Angleterre, c’était plus aérien. Et certains diraient avec des textes plus compréhensibles. Nous étions influencés par les contes de fées, le côté gentil de la vie. Qui va probablement vous ramener à votre enfance. La drogue était présente (pas dans notre cas, du moins), mais de façon plus subtile. Je pense pouvoir dire que c’est cette version que je préfère. Le mouvement psychédélique a été très bref, un phénomène musical qui a défini sa propre époque. Partie d’une ère brève, fleurissant sans raison apparente. Semblant offrir un doux chemin coloré vers le futur. Mais se consumant dans les excès, sur la fin.  Donnant naissance à la soi-disant musique progressive. On a suivi le mouvement, et secoué nos fringues de hippies, pour devenir Fairfield Parlour.

 

 

 

 

L : Que pensez-vous du téléchargement ? Tangerine Dream a été réédité plusieurs fois, vous à t’on demandé votre avis ? Avez-vous eu un retour financier ?

 

L : Un point qui fait très mal. Comme quatre jeunes naïfs, nous étions (et tant d’autres avant nous, y compris les Beatles)  manipulés par une multinationale. Je doute que nous ayons même lu le contrat, avant de le signer. J’en veux toujours à Dick Leahy, notre producteur, de ne pas nous avoir incité à prendre un manager. Il nous aurait représenté, et discuté avec la maison de disques. Un manager à poigne aurait insisté pour un meilleur taux de royalties, une meilleure distribution et promotion, du soutien. Alors que nous étions piétinés par une boite incompétente, avec toujours un pied dans les années cinquante. Ils ne connaissaient rien au psychédélisme, et avaient de plus gros chats à fouetter. Comme Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick and Tich. Bien que notre manager de l’époque Fairfield Parlour ait fait des erreurs, il nous avait au moins assuré un meilleur contrat avec le nouveau label, Vertigo. Le disque a été enregistré, et on a loué les bandes pour cinq ans. Après cette période, tous les droits revenaient au groupe. On profite donc d’un revenu correct, en licenciant Fairfield Parlour et White Faced Lady (album resté inédit).  Pour répondre à votre question, oui nous touchons des royalties pour Kaleidoscope. Mais vu le taux de retour criminellement bas, qui se maintient depuis quarante-deux ans, ça nous fait de l’argent de poche. Amer moi ? Tu parles. J’ai travaillé avec Universal sur la compilation Dive Into Yesterday, mais là encore ils ont lésiné. Le livret était supposé être en couleur, ce qu’ils ont changé en monochrome, à la dernière minute. Pour économiser trois ronds. Les pauvres gens. Télécharger ? Pas mon truc. On touche des haricots là-dessus. À moins d’avoir des centaines de milliers de gens téléchargeant votre musique, vous ne gagnerez jamais un sou comme ça. Je préfère vendre mes disques sur mon site, Les fans savent que s’ils m’achètent un CD, le profit sera investi dans la musique. Pas dans les griffes d’un représentant de maisons disques, ou d’un actionnaire, sourd comme des pots.

 

 

 

 

L : Que pensez-vous des groupes actuels ? Des favoris ?

 

P : Je n’écoute pas de musique. Pour ne pas m’abîmer davantage les oreilles. Les mecs dans les groupes, lisez ceci : protéger vos oreilles, portez des filtres anti bruit, sauvez votre ouïe. Où vous finirez comme moi. Le mot anglais que j’utilise le plus est « pardon ».

 

L : Vous a-t-on déjà pris pour Roger Daltrey ?

 

P : Beaucoup de gens font l’erreur de m’appeler Roger. Mes parents avaient réservé dans un restaurant, et ils avaient bien mangé. Le serveur leur a demandé si le personnel pouvait les rencontrer. Ils ont accepté, en trouvant ça extrêmement bizarre, mais ont accepté. Les serveurs et les cuisiniers ont débarqué, bouché bée devant mes parents stupéfaits. Le chef a alors demandé si Roger pouvait leur rendre une visite. L’addition avait baissé, mais mes parents n’ont rien dit. Je crois qu’ils voulaient surtout manger à l’œil.

 

Louis Hauguel pour Fuzzine, avec la collaboration de Lou et traduction de Laurent.

 

Liens :

The Sky Children

Do It Again For Jeffrey

 

 

 

 

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