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Label : Entretien avec Richard Morton Jack / Sunbeam Records

par lou 11 Décembre 2012, 10:03

LABEL

 

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Entretien avec Richard Morton Jack

 

 

Jamais Une Minute De Libre...

Toujours dans les bons coups, Fuzzine vous a encore dégotté du croustillant. Une interview avec Richard Morton Jack, le boss de Sunbeam Records. Qui lance, ces jours ci, Flashback Mag, un chouette fanzine, comme on aimerait en lire un peu plus souvent. Passionné lucide, Richard a bien voulu nous consacrer un peu de son (rare) temps libre. Son secret ? Il aime ce qu'il fait, tout simplement. C'est si rare. Et puis quelqu'un qui vous donne une bonne raison de vous marier mérite qu'on le fasse parler.
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Laurent/Pascal : Comment êtes-vous venu à la musique ?

Richard Morton Jack : La musique pop a été ma déchéance, dès mon plus jeune âge. Le premier disque que j'ai possédé fut Thriller de Michael Jackson. Offert par mes parents pour mes six ans, avec un walkman. Et les carottes étaient cuites pour moi. Mon achat le plus récent est The Russian Wilds par Howlin' Rain, auquel je dois encore m'atteler.

L/P : Racontez-nous comment on devient le patron de Sunbeam Records, écrit des livres sur la musique, et lance un magazine en ligne ?

RMJ : Je suis assez énergique, organisé et tenace. Quand je me sens en position de réaliser quelque chose, je fonce (Do It, comme auraient dit les Pink Fairies). L'époque n'a jamais été meilleure pour rendre les choses trouvables et disponibles. Mais d'un autre côté, il n'a peut-être jamais été aussi difficile de vendre. Donc, vous devez être plus que  prudent  sur ce que vous commercialisez, et comment faire du bénéfice.

L/P : Au sujet de Sunbeam, comment les disques sont-ils sélectionnés ? Il y a forcément un moment où l'argument du «ne pas perdre trop d'argent» vient à l'esprit.

RMJ : J'ai tendance à me concentrer sur des albums qui n'ont jamais été réédités, ou ne l'ont pas été correctement. Il est important, pour moi, de travailler aussi près que possible des artistes. Sans cela, les projets sont beaucoup moins intéressants. Bien sûr, certains de nos disques ont vendu moins que d'autres, mais tous ont atteint le seuil de rentabilité, et c'est l'objectif principal. Je suis fier de toutes nos sorties, même de celles qui ont relativement peu marché.  

L/P : La plupart des disques réédités sont anglais.  C'est une question de goût ou juste plus simple pour vous ?

RMJ : Étant basé en Angleterre, c'est plus simple. Mais, bien sûr, j'aime la musique du monde entier.

L/P : Que savez-vous de la France et de nos artistes ? Il est prévu de rééditer du français ?

RMJ : J'ai la candeur de penser que votre langue ne se prête pas au rock.  Bien que je possède, et aime, des albums de Catherine Ribeiro, Catherine Lara, Michel Polnareff, Pierre Henry et d'autres.  Et aussi certains disques réalisés chez vous par des étrangers, comme Tia Blake, Emily et Mormos. Pas de projets de sortir quelque chose de français, mais je suis toujours ouvert aux idées.

L/P : Avez-vous trouvé les bandes masters pour toutes vos rééditions ?

RMJ : Autant que possible, mais inévitablement pas toutes. De toute façon, il faut se souvenir que les bandes masters ne sonnent pas obligatoirement d'une façon formidable. Si elles ont été mal stockés ou quelque chose comme ça, elles peuvent être pire qu'un disque. J'ai eu le choix dans certains cas, et ai opté pour le vinyle.


L/P : Est-il compliqué de discuter argent avec les propriétaires des droits ? Il vous est parfois arrivé de laisser tomber un projet pour ça ?

RMJ : Les rares difficultés que j'ai eu viennent soit d'artistes qui ont des exigences démesurés,  soit de gros labels. Pour qui il n'est simplement pas utile de négocier avec des indépendants, à  moins de faire un gros paquet de pognon. Je peux comprendre les deux attitudes, mais nous devons couper court. Si un album ne va pas, à l'évidence, être rentable, ou rapporter quelque chose. C'est arrivé quelque fois, mais la plupart des gens ont été faciles. Un plaisir, bien souvent.

http://www.flashbackmag.com/files/blocks_image_0_1.jpgL/P : Parlons de Flashback Mag. Comment avez-vous embarqué dans la nouvelle aventure d'un fanzine très spécialisé ? Pour le premier numéro, il y a Mad River en couverture. Qui sont les autres collaborateurs ?

RMJ : Editorialement parlant, je suis le seul responsable. Bien que Richie Unterberger soit une grande source de conseils et de suggestions. Les contributeurs sont des gens dont j'admire l'écriture. Et qui partagent ma croyance pour le fait qu'il y ait assez de place pour un nouveau magazine, assumant une certaine connaissance de ses lecteurs, et autorisant à ses articles autant de développement qu'ils l'exigent.  Pas d'accord avec le « fanzine très spécialisé». L'intention est de créer quelque chose que tous les fans des années 60/70 puissent apprécier.  Je ne pense certainement pas que, pour trouver l'histoire de Mad River intéressante, vous ayez besoin d'avoir entendu parler d'eux. Comme tous les rédacteurs, j'aime les Beatles, Stones, Who, Doors et compagnie, autant que les artistes les plus obscurs. Mais on déjà tellement parlé d'eux ailleurs que, à moins d'avoir quelque chose de nouveau à dire sur eux, Flashback se focalisera sur des gens beaucoup moins connus.

L/P : Vous devez être un accro du vinyle ?

RMJ : Oui, j'entasse des disques.....sans vraiment être un chineur.  Je pense que E Bay est la plus grande chose qui soit arrivé aux collectionneurs. Avec de la patience, vous pouvez tout trouver. Et pour chaque bouillon, il y a un triomphe. Un des collaborateurs de Flashback, récemment, a acheté une copie originale du Tomorrow anglais. Pour cinq euros. Parce que le vendeur avait listé n'importe comment.

L/P : Quelle est votre pièce la plus rare, et celle que vous cherchez en vain ?

RMJ : Mon plus beau trésor est une copie parfaite de l'album des Monks, avec un kit de presse et une photographie signée. Ou un original du Dreaming With Alice de Mark Fry. Donné très généreusement en cadeau de mariage. (NDT, cette interview est cruelle). Je possède la plupart des grosses raretés que j'aime (Human Beast, Arcadium, Arzachel, Andwella's Dream et Vashti Bunyan) sans avoir l'esprit de chercher de chercher ce qui ne m'intéresse pas, juste parce c'est rare. Par exemple, la plupart des Vertigo.
En ce moment mon objectif est le premier album de Perth County Conspiracy (Groupe de folk canadien, NDT) sur CBC, qui surgit de temps en temps. Comme la plupart des choses, si vous êtes prêt à mettre le paquet sur la table, vous pouvez les rafler au passage. Je ne collectionne pas les pressages privés, donc pas de crainte à avoir. La patience est la plus grande vertu du collectionneur (à part l’hygiène personnelle). Je cherche aussi les vieux magazines musicaux, et, croyez-le ou non, certains sont plus rares que n'importe quel disque.

L/P : Comment voyez-vous l'avenir de la musique, dans la mesure où la plupart des disquaires de quartier ont fermé, et où on nous dit que le CD va mourir.

RMJ : Je pense que, quand les gens vont arrêter d'acheter du CD (ce qui commence à arriver, comme vous le dites) il va y avoir un appel d'air en direction des vinyles. Et que les platines reviendront dans les maisons. Il y a tellement de qualités esthétiques que, pour moi, je ne vois pas d'autre alternative. Les maisons de disques commencent à réaliser que le vinyle est une meilleure idée que le CD, parce qu'il ne se pirate pas facilement. Les gens qui achètent des albums, actuellement, les veulent comme un objet global, par seulement pour la musique qu'ils contiennent. Donc, à mon avis, de plus en plus de vinyle va apparaître.

L/P : Que pensez-vous du téléchargement, et des gens qu'on met en prison pour ça ?

RMJ : Les amateurs d'obscurités 60/70, qui échangent de la musique, dans une bonne ambiance, font bien peu de mal (sinon à des labels comme Sunbeam). Mais les sites qui encouragent n'importe quoi à  être téléchargé font, bien sûr, du tort  aux artistes. Et, par la, à la musique en générale. L'idée qu'elle devrait être totalement gratuite est grotesque. Et se fera sentir sur la qualité des productions du futur. Quand les labels cesseront d'investir sur des artistes qui ont besoin de se construire, avant de se mesurer à un public. Ceci dit, les labels en question récoltent ce qu'ils ont semé. Ils ont bien profité du CD, avant qu'il n'y ait une alternative, et bien peu de compassion leur est accordée.

L/P : Vous avez assez de temps, dans une journée, pour arrêter de penser à la musique ?

RMJ : Pas tellement. Je pense parfois à me reconvertir. Peut-être dans un an ou deux. Il y a certainement des choses que j'aimerais faire, mais sur lesquelles je ne peux pas me concentrer en ce moment.

http://www.terrascope.co.uk/reviews/Images/galactic%20ramble.jpgL/P : Qu'allez-vous faire maintenant ? Est-il question de rééditer votre livre Galactic Ramble ?

RMJ : Mon prochain objectif est le second numéro de Flashback (cet automne). Puis une nouvelle édition de  Galactic Ramble.

L/P : Conseillez nous quelques nouveautés gouteuses ?

RMJ : De mémoire. Silbury Sands par Wolf People, Fallin par Wooden Shijps, Fire In My Head par Voices Of The Seven Woods, Dancers At The End Of The World  par Howlin Rain, Tiger Mountain Peasant Song par Fleet Foxes. Pour les choses anciennes, qui ont pu vous échapper, Love Love Love par Pugh Rogefedlt, A Summer Night par Montreal, God Only Knows par Mandy More, The Dancer par Perth County Conspiracy, Free From The City par The Poppy Family. Et je pourrais continuer longtemps.

L/P : Votre île déserte. Une personne, un livre, un disque, un film, un ce que vous voulez.

RMJ : Ma femme et mon fils. Sinon peut être George Eliot ou Georges Orwell, ou Charles Dickens. Quelqu'un d'intelligent, de cultivé et de curieux. Mais aussi spirituel et pratique. Le disque pourrait être Marquee Moon, ou Appetite For Destruction, ou Led Zep IV, quelque chose qui puisse cracher. Je vais essayer d’être plus sélectif......Le livre The Diary Of A Nobody (classique de l'humour anglais, sorti en 1892, NDT).  Le film The Life And Death Of Colonel Blimp (comédie dramatique anglaise, sorti en 1943, NDT). Le libre choix, un grand trampoline.

 

Entretien mené par Laurent et Othall

 

LIEN :

Flashback Mag

Sunbeam Records

 

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