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Label ESP Records / Story

par lou 1 Juillet 2010, 15:58

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ESP DISK

Story

You Never Heard Such Sounds in Your Life


 

Il est des labels qui par leurs démarches méritent à jamais une reconnaissance éternelle. Une conception de la musique fondée sur la passion, la découverte, la recherche et la liberté artistique. A contrario d’une société en déroute capitalisant sur le moindre bout de gras underground. ESP Disk est à ce titre exemplaire tant son histoire ponctuée d’aléas économique et d’une surprenante qualité dans sa production démontre à qui veut l’entendre que l’on peut encore et toujours rester fidèle à ses principes sans pour autant se prostituer pour les beaux yeux des proxénètes de l’Industrie du disque. L’occasion pour nous de rendre un vibrant hommage aux personnes qui ont participé à cette fabuleuse aventure où s’entrecroise le futur d’un jazz moderne au folk urbain, au rock psychédélique et avant-gardiste d’une époque qui n’est révolue que pour ceux qui ferment encore les paupières sans rêvasser.

 

 


Fondé en 1966 par Bernard Stollman, à New York, ESP Disk est l’une des figures les plus essentielles de l’avant-gardisme sixties, tant dans sa démarche logistique qu’artistique. Spécialisé au départ dans le Free Jazz auquel ESP donnera ses lettres de noblesse (la fameuse New Thing), Bernard Stollman diversifiera ses activités à la pop music, à travers des artistes aussi inclassables que les Godz, Fugs ou encore Pearls Before Swine.

Tout commence à l’orée des sixties et ses rêvasseries planantes, lorsqu’Ornette Coleman bouleverse les carcans établis du jazz populaire. Amouraché par les délires harmoniques de quelques jazzmen épris de liberté, Bernard Stollman s’introduit de relation en relation dans le cercle restreint d’Albert Ayler et du jazz d’avant-garde. Face à un tel foisonnement d’idées neuves et créatives, et devant une pléiade de talents orbitant autour d’Ayler, et ce malgré un emploi du temps chargé étant avocat d’affaires à la base, Stollman prend le pari fou de développer et de subventionner cette musique à travers son propre label.

ESP Disk ouvre alors ses portes en 66 au 12éme étages du 156 sur la cinquième avenue. À l’image de la musique qu’il veut promouvoir, Stollman appose une éthique essentielle à toutes ces productions : “The artists alone decide what you will hear on their ESP-Disk”. Ainsi, au cours des 18 premiers mois de son existence, le label sortira pas moins de quarante-huit enregistrements, pour la plupart d’artistes inconnus, tels que Pharaoh Sanders ou Sunny Murray.

Le label contribue alors à la diffusion d’une nouvelle forme du jazz, s’affranchissant des règles harmoniques pour défricher de nouveaux horizons sonores. Artistiquement, le pari est osé, et les débuts fragiles, les ventes peu nombreuses et l’avenir incertain. D’autant plus que la démarche de Stollman et ses acolytes va à l’encontre du business d’alors. En effet, loin des impératifs de rendement d’une logique d’entreprise, Stollman ne s’entoure pas d’une équipe de requins de studio et autres managers, mais s’appuie essentiellement sur les artistes qu’ils fréquentent et le cercle d’amateurs de cette musique au futur passionnant.

 

Pour autant, la volonté de Stollman ne se borne pas à la simple diffusion du Free Jazz, il a en outre une profonde attirance pour la Grosse Pomme et sa cosmopolité, et cherchera à travers ESP Disk d’établir une chronique underground musicale de New York. Il engage ainsi certains artistes représentant la culture avant-gardiste new-yorkaise, parmi lesquels les impétueux Fugs et bordéliques Godz, enracinant ainsi son label dans la découverte d’un folk urbain et provocateur totalement innovant. Le slogan d’ESP Disk est alors tout trouvé : You Never Heard Such Sounds In Your Life (littéralement De votre vie vous n'avez jamais entendu de tels sons).

Au début des seventies, alors que les difficultés financières se creusent, ESP Disk décide pour s’en sortir de publier de nombreux bootlegs et autres enregistrements inédits d’artistes plus reconnus comme Billie Hollyday ou encore Charlie Parker, entrant ainsi dans une certaine forme d’illégalité, qui conduira à sa fin en 74. Dans le même cursus de temps, un autre label, mené par un certain Karakos en France, se lance dans la même aventure, publiant un certain nombre d’enregistrement underground français (Ame Son, Alice, Alan Jack, Gong) avant de se jeter dans une splendide série de pressage de Free Jazz autrefois diffusé par ESP Disk, et ce avec l’appui du magazine avant-gardiste Actuel. Fin de la parenthèse, mais le rapport est suffisamment étroit pour qu’il soit cité.

 

Au cours des années 90, Bernard Stollman revient aux affaires à travers la société allemande Zyx, puis Abraxis/Get Back, plus ou moins douteuses, où il réédite une grande partie du catalogue ainsi que de nombreuses rééditions. En 2005, il remonte le projet ESP Disk, et depuis 2008, retravaille sur l’enregistrement de nouveaux talents autour d’une équipe de direction et selon les mêmes adages. C’est ainsi que son bras droit Tom Abbs aura peut-être sorti la plus belle phrase caractérisant ESP Disk « Un disque d’ESP se doit d’être tranchant, révolutionnaire, provocateur et novateur ! ».

D’un point de vue marketing, ESP s’émancipe, proposant sur d’excellentes rééditions d’un point de vue qualitatif la possibilité de télécharger des documents et autres bonus relatifs à cet enregistrement. En outre, ESP Disk dispose aujourd’hui de ses propres studios (Engine Studios) lui permettant de distribuer d’autre micro labels en devenir et à la démarche artistique identique, accordant ainsi son expérience glanée au fil des ans ; ainsi qu’un excellent site internet.

 

Lou.

 

LIEN :

ESP DISK


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