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Label Underground - Fruits de Mer Records/Entretien

par lou 13 Octobre 2010, 15:51

http://www.fruitsdemerrecords.com/images/fdmban.jpg
 

Fruits de Mer Records, c'est un petit label fort sympathique.
Les deux gars qui gèrent la petite entreprise sont du genre monomaniaque, leur truc à eux c'est la reprise. La reprise de pépites psyché effectuée par un groupe actuel pour être plus précis. Mais pas sur n'importe quel format, que du 45T coloré s'il vous plaît. Nos zamis les Vibravoid ont déjà sortis deux 45T chez eux (Krautrock Sensations et What Colour Is Pink ?) mais les Vibravoid ce sont les stars du label, les célébrités ! Quasi du mainstream
, les autres c'est vraiment du Underground de chez Inconnu, je les soupçonne de faire enregistrer leurs amis, leurs voisins, leurs tantes ? Ah si quand même la reprise de "Dreaming With Alice" a été effectuée par Mark Fry himself. Rencontre du troisième type avec Andy Bracken, l’une des deux têtes pensantes du projet.


Lou : Petite présentation. Qui sont les deux monomaniaques qui gouvernent la destinée de Fruits de Mer Records. Quelle était votre idée initiale ?

 

Andy Bracken : Les deux monomaniaques (sans compter le fait qu’ils soient de Mer ou de Terre) sont Keith « Jonesy » Jones et Andy Bracken. Aussi connu sous le nom de « Lui et Moi ».  L’idée de départ était de démarrer un label qui sortirait de quantité de vinyles, arrachés à la fin des années 60 et au début des années 70. Psyché, kraut, folk acide, ou (quand Jonesy s’y colle) progressif. Lorsqu’il est devenu évident que les ayants droit ne nous laisseraient pas faire, nous avons décidé de les prendre à revers. Et de faire appel à des artistes contemporains, pour créer une collection de disques très rares et recherchés. Et vous savez quoi ? Je pense qu’on y est arrivé.

 

 

L : Pourquoi ce nom, en français dans le texte ? Un vieil amour des coquillages ?

 

AB : Un vieil amour de la France, je pense. Ça remonte à des siècles, le langage des cours. Entre les invasions Normandes, et la popularisation du guttural langage anglais par Chaucer, dans les Contes de Canterbury.  Liz, la copine de Keith, nous a suggéré l’idée, c’est son plat favori.  Ça ressemble à son goût pour les hommes, elle les aime froids, humide, et qui sentent un peu. Il y avait une correspondance, dans la mesure où nous remontons de vieux trucs dans nos filets, et les servons d’une façon fraîche et appétissante. J’aime vraiment les coquillages pour être franc, mais ce n’est pas rentré en ligne de compte.

 

L : Où trouvez-vous des groupes aussi inattendus, qui n’ont virtuellement aucune existence. Comment se fait la recherche ?

 

AB : La plupart du temps, c’est eux qui nous trouvent. On aimerait faire plus avec plus de groupes, mais on est que deux à pratiquer ce job, comme passe-temps. En fait, on ne gagne pas un rond. Mais l’amour que nous ressentons chez nos clients est suffisant. Non, vraiment. La quantité de bons groupes qui existe est incroyable. Mais dans un monde où Internet a rendu les choses si vastes, la crème est noyée dans la bouse.  Et la merde semble finir dans les grosses compagnies. Vous avez remarqué comme les noms des groupes vont en s’allongeant. C’est tout ce qu’ils ont à faire, trouver quelque chose qui n’ait pas déjà été utilisé. Il y a trop de groupes dans ce cas là, et la plupart sont mauvais.

 http://www.fruitsdemerrecords.com/images/psychcrab.jpg

L : Vous êtes spécialisés dans les reprises, souvent démentes. Comment se fait le choix ?

 

AB : C’est vraiment une collaboration. Dès qu’on a une proposition d’un groupe, on pense à ce qu’il pourrait reprendre. Mais pas au sens traditionnel. Ils doivent réinterpréter, et pousser le bouchon un peu plus loin. On ne cherche pas des groupes de bar, qui balanceraient de respectueuses reprises des Beatles. C’est très artistique comme démarche. Quand notre idée est faite, on rencontre le groupe. Si on est sur le même terrain, quelque chose va se faire, c’est sur.  On se triture les méninges, et parfois on arrive à 30 ou 40 idées, avant d’en sélectionner une ou deux. La touche finale est alors de marier l’identité du groupe avec les morceaux choisis. Et d’équilibrer les deux dans la bonne mesure. Nous encourageons les groupes à expérimenter, à se mettre en danger.  Le monde est devenu un peu sécurisé et conformiste, nous devons presque dire aux groupes d’essayer ci et ça.  On leur laisse un peu de liberté, et ils sont en général plus que contents de ça. Je pense (j’espère) que le résultat s’en ressent. Ce n’est pas vrai pour chaque groupe, certains se débrouillent seuls, mais on a beaucoup à voir dans le résultat final. J’espérais ne jamais avoir à dire ça, puisque nous choisissons des choses qu’on adore, mais je pense que souvent nos versions sont meilleures que les originaux. Et beaucoup sont équivalentes, mais différentes.

 

L : Aucun problème de droits d’auteurs ? Des artistes qui se sont plaints ?

 

AB : Absolument aucun. On prend toujours une licence pour nos reprises. C’est net et sans bavures. Sinon, à notre avis, ce serait du vol. Il y a deux cas où il était impossible d’identifier les auteurs et les ayants droit (trop obscurs), mais on a l’autorisation, malgré tout, sous réserve qu’ils se fassent connaître.

 

L : Vous travaillez principalement sur un format 45 tours. Pourquoi ? Comment se déroule la conception graphique ?

 

AB : 45 est une vitesse pas une taille. En fait, la plupart de nos singles tournent en 33 tours. On a grandi avec les singles, qui étaient le seul format abordable, pour acheter de la musique. Les albums étaient trop chers, et les bandes trop proches du plastique. C’est un vrai coup de cœur, en fait. Vous savez, je me souviens parfaitement avoir acheté de vieux singles de Squeeze, des UK Subs et de Generation X en vinyle de couleur, quand j’étais gamin. Logiquement, les simples sont la meilleure façon de démarrer un label de vinyle. Au niveau du design, c’est du fait maison qui coûte trois ronds. Le rangement est plus simple (surtout si on n’en vend pas) et l’expédition est plus facile. Incroyable le paquet de papier collant qu’on peut passer pour un album. On nous dit qu’on veut toujours des pochettes impeccables, c’est bien observé. On y réfléchit beaucoup, comme aux inserts. C’est crétin, mais les gens nous contactent, pour nous dire qu’ils apprécient. Un magazine artistique français nous a joints il y a peu, pour un article sur le design des 45 tours, et il voulait parler de nous. C’était un compliment, je leur ai dit que je tentais d’amener la qualité artistique d’un album aux singles. Et dans un sens, je crois que ça marche. Bien qu’avec des recettes à nous.

 

L : J’ai vu sur votre site que le dernier Vibravoid s’était vendu pour 60 $ sur E Bay. Quelques mois avant, il était disponible pour 8 $. Que vous inspire cette spéculation ?

 

AB : Oui, le tirage standard bleu (300 copies) se vend environ 40 livres maintenant, et le rouge (100 copies) dans les 60 livres. Et je pense qu’ils vont augmenter. On aurait dû garder plus d’exemplaires. Pour être honnête, c’est ce qu’on recherchait. Ça montre que la demande surpasse l’offre, et c’est le parfait scénario pour n’importe quel business. Je suis certain que si on n’était pas deux grosses feignasses, on pourrait y gagner un peu de fric, mais on ne veut pas passer pour des glands. Le boulot c’est pour les crétins. On est deux collectionneurs de disques, c’est à travers cette passion commune qu’on s’est rencontré, donc c’est vraiment super d’avoir créé ces raretés. J’ai entendu dire que le guide de cotations du Record Collector allait parler de nous. Ce qui était une de nos ambitions.

 

L : Dans le même ordre d’idée, vous allez ressortir vos singles ?

 

AB : Jamais. Pour toutes les raisons évoquées plus haut, ce serait malhonnête de faire ça. En plus, il y aurait un côté exploitation. Nos clients, qui sont avec nous depuis le début, voudraient chacun leur copie, et ils ont déjà les originaux.  Ces disques ont été disponibles pendant un certain temps, avant d’être épuisés, les gens les ont ignorés. Et maintenant, ils allongent cinq ou dix fois plus sur E Bay. Si c’est le prix, alors allons-y, ça ne me dérange pas.

 

L : À quoi revient la vie d’un label underground ?

 

AB : Je suis toujours à la recherche de trucs nouveaux, dans la musique que j’écoute. Donc, il est logique qu’on en fasse autant dans la musique qu’on produit. J’achète aussi toutes sortes de genres, du vieux et du neuf. Je pense que la vie du label est fonction de notre capacité à rester ouvert, et par notre façon d’évoluer. Je collectionnais certains labels, du début des années 90 jusqu’au milieu, par exemple, qui sont restés inertes ou ont mis la clé sous la porte, ou sortent des trucs que je ne veux pas acheter. J’aime repousser les frontières et le champ d’action. Et je prépare quelques trucs… Restez à l’écoute. Les six dernières semaines de ma vie ont été une longue suite de disques emballés et postés. Et ensuite, tenir les comptes, pour voir combien d’argent on a perdu. C’est un cliché, mais on bosse pour l’amour de l’art. En étant bien peu récompensé fiscalement parlant. Mais massivement en faisant quelque chose qui nous survivra, et qui est massivement apprécié par nos clients, et une minorité dans les médias. Tant qu’on est fier de la musique qu’on produit, ça vaut le coup.

 

L : Petite exception. Vous venez de sortir un album (Phase We’re Going Through). Vous pouvez nous en dire un peu plus ?

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AB : Le single sera toujours notre média de base. On est arrivé le concept de Phase…, et on pensait à un EP. Mais il y avait tant de bons groupes à notre disposition, qu’on a étendu l’idée à un album. C’était la seule façon de travailler avec chacun d’entre eux. Et ça a marché.  Je nous vois bien sortir un lp par an. Il y a beaucoup de travail et de frais. Un simple peut être réalisé bien plus vite, et le format a une certaine dynamique. Comme je le disais, j’aime les 45 tours.

 

L : Vu votre travail, vous devez avoir une sacrée collection de disques. Quel est votre plus beau trésor ?

 

AB : J’ai quelques disques, oui. Et Keith doit en posséder cinq fois plus que moi, un sacré paquet de trucs bien. Un de nos clients en a 75000. Je peux tout juste compter jusque-là. Comment ? Où ? C’est au-delà de l’imagination. En achetant 4 disques par jour, tous les jours pendant 50 ans, vous n’en auriez pas 75000.  Trésor dans ma collection ? Il y a deux façons de voir les choses.  La rareté et la valeur. Qui importe peu. Ou le temps et l’espace. Qui sont bien plus importants. Je possède quelques bons milliers de disques, et je peux vous dire où et quand j’en ai eu la plupart. Si vous y pensez, une collection de disques raconte l’histoire d’une vie. Tout est là, chaque moment romantique, chaque instant de désespoir, chaque première baise (voyez comme je différencie ça de la romance), chaque vacance, et c’est à l’infini. Je suppose que la réponse ressemble à la raison pour laquelle le label fonctionne. Parce que le total est supérieur à la somme des parties. Vous pigez ? Le trésor EST ma collection de disques.

 

L : Votre prochain projet ? Vibravoid revisitant le beat français ? Une petite exclusivité pour nos lecteurs.

 

AB :  C’est ça, Vibravoid s’appropriant Édith Piaf, Johnny Halliday et Serge Gainsbourg. Ça pourrait marcher. Il faudrait contacter Jane Birkin, aussi. Je suis un grand fan de Melodium, et il est français. En fait, on travaille sur six projets, en ce moment, ce qui nous mène à 2011.  Donc, on se jette partout, et la boite à idées est pleine. Restez scotchés à www.fruitdemerrecords.com. Et mettez vos imperméables !

 

Entretien mené par Lou, Intro signé Venukse.


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