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Label Underground - Tamed Records

par lou 14 Novembre 2011, 08:58

LABEL UNDERGROUND

 

Tamed Records / Entretien

 

Ca Bouge A Cherbourg!

http://a6.sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc6/252040_207735935941936_161358527246344_492418_8217400_n.jpgAutant il était tentant de sécher un cours pour descendre chez le disquaire du coin, autant qui aurait envie, de nos jours maudits, d'acheter le vent du MP3. Fuzzine a rencontré Gilles, de Tamed Records, petit label qui débute sa vie, au pays des grands requins. Belle occasion de faire le point avec un indépendant. Alors que pratiquement pas un disquaire de quartier n'a survécu à Internet. Fini le contact direct, les galettes qui sentaient bon, et l'aventure au coin d'un bac. C'était une autre époque, mais tout n'est peut-être pas perdu. La parole à Tamed Records, qui sort bientôt les deux prochains Gnod.

 

Laurent/Lou : Présentation à nos lecteurs. Qui êtes vous, et comment se retrouve t'on dans l'aventure d'un label indépendant en 2011 ?

 

Gilles : Bonjour, je m'appelle Gilles et je m'occupe de Tamed records, Tamed records est un label et petit distributeur localisé à Cherbourg. J'ai démarré ce projet au début de l'année 2011. J'avais déjà fait un autre label (Abstraction) juste avant de me lancer dans celui-ci, pour moi l'aventure d'un label indépendant a commencé il y a plus de 10 ans. Ca peut paraître bizarre de démarrer un label dans le contexte actuel, mais je suis un passionné de musique, et j'ai pu constater, malgré la profusion de labels, que certains groupent ont toujours besoin d'un soutien que ce soit pour la sortie ou la distribution d'un disque. Et tout simplement parce que c'est quelque chose que j'aime faire : proposer et faire découvrir des groupes et également les aider.

 

L/L : J'ai vu sur le site que vous vendiez uniquement du vinyle et des bandes. Le CD est banni ? Les artistes acceptent-ils facilement de limiter leurs chances de toucher un public plus vaste ?

 

G : Oui c'est vrai il y a peu de CD sur le site, mais il y en a. Il faut savoir que le CD ne semble plus intéresser grand monde aujourd'hui, en tout cas dans les styles de musique que je distribue. Les contacts que j'ai eu jusque là avec les artistes montrent plutôt le contraire, eux aussi préfèrent le vinyle ou la cassette, personne ne m'a jamais réclamé de version CD. Si un un jour il y avait vraiment une demande forte pour ce support, alors je changerais d'approche. Je sais que dans certains courants musicaux (pointus), c'est toujours le format unique. L'un de mes frères est passionné de musique classique et de musiques de films, quand je lui parle de vinyles, il est un peu sceptique eheh ! Avec le développement des blogs de téléchargement, des réseaux, le format ne détermine plus la facilité de découverte par le public.

 

L/L : Comment choisissez vous les musiciens avec qui vous travaillez ? Au feeling ? Peut-on parler d'une sorte d’éthique underground, pour employer les grands mots.

 

G : Pour les deux premières sorties, il s'agit d'abord de rencontres, j'aurai peut être tout de même sorti ces disques si elles n'avaient pas eu lieu. Je m'intéressais à la musique de Gnod bien avant de les rencontrer, par exemple. Même si le mot éthique peut faire peur, il s'agit quelque part de ça, l'état d'esprit, la démarche des groupes sont importants pour moi. De la même manière que je ne vais développer une stratégie de marketing (pour employer des grands mots), c'est à dire que le plus important pour moi, est de permettre aux artistes que je produis d'évoluer de manière constructive dans le milieu underground, dans le milieu qui leur correspond, et non pas devenir un groupe à gros succès commercial. Attention, ceci est bien une démarche, un choix, en aucun cas il ne s'agit de censurer ou d'imposer un mode de fonctionnement.

 

L/L : Pouvez vous dresser un profil type de votre clientèle ?

 

G :  Je ne fais pas de statistiques, je ne pense pas qu'il y ait un profil unique. A mon avis, ce sont des personnes très passionnées par la musique, qui savent ce qu'elles recherchent, même s’il s'agit majoritairement de gens habitant en France (pour les disques de la distro), je reçois des commandes d'un peu partout dans le monde.

 

http://tamedrecords.com/tmp/wp-content/uploads/2011/10/P1030140-300x225.jpgL/L : C'est Gnod qui nous a parlé de vous. Comment êtes vous entré en contact ? Apparemment les choses se sont bien passées, vous pouvez nous parler un peu de leurs deux prochains disques ?

 

G :  Gnod cherchait des dates pour leur tournée européenne en avril de l'année dernière, un ami les a contactés pour organiser une date ici, à Cherbourg. Le courant est passé tout de suite. A cause de soucis techniques, le groupe est resté plus longtemps que prévu à Cherbourg, ce qui nous a permis de sympathiser davantage. Je les ai ensuite revus au Supersonic Festival à Birmingham où ils ont produit un concert plus que mémorable. Maxime de High Wolf leur avait dit qu'il y avait un chouette studio près de Cherbourg, le Studio Chaudelande. Les gens de Chaudelande sont des amis, Gnod m'a recontacté pour me demander s'il y avait possibilité pour eux de revenir jouer à Cherbourg et d'enregistrer par la même occasion au studio. Tout de suite, je me suis dis que ce serait une bonne idée de sortir les morceaux, j'étais en train de démarrer Tamed Records à cette période, et l'idée de faire quelque chose avec Gnod me trottait déjà dans l'esprit. Gnod est resté 3 – 4 jours là-bas, et j'ai même pu assister à quelques sessions d'enregistrement. Je pense que Gnod a beaucoup apprécié le cadre et l'ambiance, le studio est situé dans la campagne, ils ont pu faire certaines prises à l'extérieur, on entend des oiseaux au début de certains morceaux ! Comme les morceaux m'ont tous plu, je n'ai pas voulu faire de choix, les titres sortiront donc sur deux LP, Chaudelande Volume I & II, le premier doit paraître en octobre si tout va bien, et le deuxième en décembre.  

 

L/L : Que pensez vous du téléchargement, de la dématérialisation du support, de la mort des petits disquaires, et de toutes ces choses qui font que la standardisation et l'inculture règnent en maître dans une société dominée par l'esprit le plus bassement marchand ?

 

G :  Je ne suis pas du tout opposé au téléchargement, tant qu'il permet une découverte «intelligente» et non pas d'engendrer de la boulimie culturelle, où il faut tout et tout de suite. Internet donne accès à beaucoup de choses qui étaient difficilement accessible auparavant, parce que non représentées de manière publique, comme pour tout il y a un revers à la médaille. Ici à Cherbourg, la mort des petits disquaires date déjà de plusieurs années, mais c'est bien la standardisation qui est responsable de ça. En ce qui concerne l'inculture, ce n’est pas vraiment nouveau, et je ne suis pas non plus certain qu'elle soit en augmentation, ça devient  peut-être de moins en moins supportable, ou plutôt de plus en plus choquant, il y a vraiment des écarts importants, mais c'est avant tout l'envie qui est moteur de ça. Même s'il y avait des choses différentes qui étaient proposées, plus de moyens mis au service de la culture, est-ce qu'il y aurait d'avantage de personnes à s'y intéresser ? Pour ce qui est de cette société marchande je crois qu'on arrive à la fin de la démonstration, la situation actuelle montre bien que ce système n'est pas viable indéfiniment. En aucun cas ce système ne nous amène à un épanouissement réél, un bon nombre de gens pense y trouver un équilibre et un bien-être, mais ce n'est pas le cas. Pour le moment, on essaie de panser les plaies d'un système, mais ce n'est pas pour autant qu'il y a un questionnement sur les composantes de notre environnement. Cela viendra peut-être un jour, restons optimistes.

 

http://tamedrecords.com/tmp/wp-content/uploads/2011/09/chicaloyoh-7-web-300x300.jpgL/L : Quels sont vous projets d'avenir, nouveaux groupes à signer, et espoirs pour le futur ?

 

G :  Il n'y a pas encore de projets bouclés pour le futur, je me concentre déjà sur le lancement du label. Le LP de GNOD et un 7'' de CHICALOYOH doivent sortir fin octobre. J'ai quelques envies bien sûr, notamment de sortir de la musique plus expérimentale/bruitiste, et de me lancer dans des repressages... mais rien n'est calé pour le moment. J'espère vraiment que les gens trouveront un intérêt dans les disques qui seront proposés, et que ce projet va durer dans le temps.

 

L/L : Faites nous baver d'envie, conseillez nous de la bonne musique actuelle.  

 

G :  Allons-y ! Voici quelques groupes «psyché» actuels vraiment chouettes : Eternal Tapestry, Magic Lantern, High Wolf, Barn Owl, Voice of Seven Thunders, Moon Duo, International Hello, La Otracina, Emeralds, Heavy Winged, Je Suis le Petit Chevalier, Mugstar, White Hills, Robedoor, Suishou No Fune, Vibracathedral Orchestra, Sylvester Anfang, Mammatus, Circle, Sic Alps, Neo Karma Junklo Trio, Danava, Earthless, Witchcraft, Bardo Pond, Expo 70..pour les premiers qui me viennent en tête.Et pour les amateurs de choses plus rugueuses (noise) je conseillerais : John Wiese, Prurient, Kevin Drumm, Altar of Flies, Nate Young, Leterra 22, Heinz Kopf, Wolf Eyes, Jazzkamer, Ronnie Sundun, Aethenor, Sightings...

 

Merci à Fuzzine de vous être intéressés à Tamed records, je vous souhaite le meilleur pour la suite !

 

Entretien mené par Laurent.

 

http://tamedrecords.com/tmp/

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