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Le Folk n'existe pas

par lou 23 Mai 2010, 10:19

http://exileonradio.free.fr/gotlib_nashville.jpg 

 

Le folk à la française –

influence des musiques du

monde.

 

 

 


 

 

 


Je ne pourrais être plus singulier ! Le Folk (avec un grand F) ça n’existe pas, il n’y a pas un gabarit qui permette de caser à coup sûr un truc ou un autre dans Folk, car il n’y a pas un Folk mais plusieurs Folk. C’est pourtant évident, ne me dites pas que ça ne vous avait jamais effleuré l’esprit…

 

Avec ma maigre connaissance du sujet, j’ai réussi à tirer néanmoins une conclusion radicale : il existe au moins autant de folk qu’on peut dénombrer de nations, d’ethnies ou de dialectes dans le monde… voilà, le folk c’est culturel, chacun le sien et les vaches seront bien gardées. Bien sûr, rien n’empêche dans un coin du globe de pratiquer le folk d’un autre, mais ça complexifie la donne !

 

Bribe d’explication : la musique folk a connu un soi-disant revival dans les années soixante, quand les amerloques nous ont amené leurs chanteurs à guitare : sorte de détérioration contestataire et urbaine du blues, les folkeux américains s’accompagnent d’une gratte sèche, des fois d’un harmonica, et basta ! Citons notamment Phil Ochs, Bob Dylan ou Joan Baez. Les English ne demandant pas leur reste leur emboîtent le pas avec leurs propres ressortissants du style : Bert Jansch, Fred Neil ou Donovan. Ainsi naquis le folk song à l’amerloque (NB : noté folk1), issu dune tradition de chansonniers ruraux qui pleuraient leurs libertés et leurs joies simples désormais perdues. Woody Guthrie a tout inventé, ne remontez pas plus loin.

 

Le revival européen opère dans la foulée quand des étudiants aux beaux arts ou des historiens s’intéressant aux traditions musicales et orales ancestrales se lancent dans la brèche. Inspirés par les arts et musiques médiévales, plutôt baroque ou renaissance, les instruments typiques de naguère aujourd’hui dans les musées, ils tentent de relancer une mode du folk à la sauce templière. Apparaissent en Angleterre des groupes comme Fairport Convention, Amazing Blondel, et Malicorne en France pour les plus fameux.

 

Mais comme en Angleterre, en France les musiciens attachés à leur folklore et leur tradition orale locale relancent la chanson folklorique basée sur des thèmes ancestraux (NB : noté folk2). Les campagnes et régions les plus attachées à cette particularité qui tend à disparaître seront les plus réactives, et ressortiront les luths, bombardes et autres épinettes !

 

C’est pourquoi en France l’école du folk s’appuie sur cet apport instrumental de longue tradition, mais également sur la diversité culturelle qui siège sur son territoire : bretons, occitans, alsaciens, picards, savoyards, mais aussi polynésiens, maghrébins, antillais, africains, et autres immigrants d’Espagne, du Portugal, d’Italie ou des pays de l’Est ont participé à enrichir cette tradition musicale.

 

Ainsi le folk « à la française » jouit d’une diversité qui n’est pas comparable au folk song amerloque, ni aux revival folk médiévaliste des anglais. Et pourtant – j’ai envie de rajouter malheureusement – c’est bien les seuls qui intéressent la plupart des artistes contemporains, mais aussi du public folkeux contemporain… Dylan is Dylan, et viva Donovan… le nivellement de la culture par l’américanisation a commencé il y a bien longtemps, ça ne date pas de Nike ou de Coca-Cola. La preuve, même en France la mariée balance son bouquet dos à une assistance féminine hystérique, coutume nord-américaine profondément installée dans les mœurs, et sûrement pas uniquement en France.

 

Aujourd’hui, ça n’est plus possible, et si je vous fais tout ce hiatus abscons et inintelligible, c’est uniquement pour vous faire admettre que les disques sus-chroniqués appartiennent au folk, pardon au folk2. Ils sont le reflet évident que la musique folklorique ancestrale apporte sa richesse à un style novateur qu’on peut définir comme le folk « à la française ». Alors, allons-y !

 

 

 Henri Texier Varech (1977) JMS.

 

Pianiste puis contrebassiste (autodidacte) de formation, http://fs.textcube.com/blog/0/7456/attach/XDOWUuhYFy.jpgTexier a surtout œuvré dans le jazz au cours des années 60 : Chet Baker, Kenny Drew, Barney Wilen et Lee Konitz, sont quelques uns des artistes qu’il a accompagnés. Il co-fonde en 1970 Total Issue, avec Aldo Romano et Georges Locatelli, groupe de pop progressive qui n’aura sorti qu’un LP. Son talent y est d’autant plus dilué qu’un bassiste n’est jamais mis en avant…

 

Dès le milieu des années 70, après de nombreuses autres participations, il s’intéresse à la richesse des musiques du monde, notamment aux instruments d’Afrique et du Moyen-Orient. Il sortira 3 superbes albums qui mélangent et entremêlent jazz et folklores ; Amir en 1976, Varech en 1977 et À cordes et à cris en 1979.

 

Alors qu’Amir aura été son laboratoire, À cordes et à cris se rapproche plus clairement du jazz, avec son piano omniprésent et le violon de Didier Lockwood. Des trois, Varech est le plus achevé, le plus profondément simple et contradictoirement avant-gardiste. Texier joue de chaque instrument, accompagne ses morceaux de chœurs mélodieux et sacerdotaux. Il revisite les charmes de l’Orient sur un oud, et semble improviser des airs psyché orientaux intégralement compatibles aux impros du jazz qu’il joue en contrepoint sur Fender Bass ou contrebasse.

 

Le dernier titre semble être une rencontre contre nature entre un Bagad et une tribu du désert mauritanien. Ce disque est génial, qu’on se le dise, il ne sortira jamais de ma petite collection.

 

LIEN : Les la-Bas

 

Angélique Ionatos – O helios, o heliatoras (1983) Arc En Ciel.

 

http://static.rateyourmusic.com/album_images/340cceb99400a0d6be1f54967e895549/358776.jpgLa Grèce nous a gâté par ses voix suaves et captivantes : Demis Roussos, Nana Mouskouri, Angélique Ionatos… Nous retiendrons la dernière parmi les artistes folk à découvrir d’urgence. Cet album acoustique de 1983 offre un sublime mélange de guitares hellènes et de voix captivantes, acid folk troublant, infiniment solennel. Une beauté formelle à écouter paisiblement. Plus orientée sur une musique traditionnelle acoustique, c’est dans la première moitié des années 80 qu’Angélique s’aventure sur les chemins de l’acid et de l’expérimental. À découvrir aussi, son double album de 1984 intitulé Marie des brumes, à mi-chemin entre folklore et opéra lyrique.

 

Chantée en grec, Angélique s’accompagne elle-même à la guitare ; du début à la fin ce disque conserve cette touche de folklore grec qui rappelle plus le sirtaki que les Aphrodite’s Childs. Pourquoi le présenter dans la rubrique du folk français alors ? Bonne question, à laquelle je ne répondrais pas… ou vite fait.

 

Déjà, Angélique et son frère Photis ont publié leurs disques chez Arc en ciel, label à tendance catho bien de chez nous, mais en plus, comme de nombreux artistes, c’est leur singularité et leur apport culturel qui permet à la musique de devenir ce qu’elle finit par être : et sans les Ionatos, peut être pas d’influences méditerranéennes dans le folk français, est-ce une raison suffisante ? Non ? Tant pis…

 

 

Antoine Tomé Innocence (1979) Argile.

 

http://www.musikafrance.com/new/pages/afficher_image_album.php?nomrech=1941Mais d’où sortent tous ces disques des années 80 ? Qu’est ce qu’on écoutait en 1980 ? Que des tubes biens surs ! Toto, Police, Michael Jackson, Wham et bientôt les débuts glorieux de l’avion renifleur !! Violent constat de notre indigence musical…

 

C’est le deuxième album de Tomé. Le premier passé lui aussi complètement inaperçu, sorti chez Moshé-Naïm, est d’un style acid folk assez dark. Celui-ci sorti chez Argile mélange des influences asiatiques, maghrébines et parfois tziganes, jusque dans les psalmodies de Tomé que l’on pourrait prendre pour des textes en arabe, ou que sais-je, du Mésopotamien ancien. Une forme de scat orientalisant, noyé de chorus dans certains morceaux ! Superbe.

 

Festival d’instruments orientaux (ouds, percu sèches, flûtes et flûtiaux divers), cet album invite à la contemplation sonore ; dans mon top 10 des productions françaises des années 1970, il réconcilierait sans souci un ex-para breton borgne revêche avec l’Algérie, le Tonkin et tout Barbès… Quasi instrumental, les rares textes sont simplement beaux !

 

Et un gars qui signe un titre intitulé Chanson pour les vignes ne peut être fondamentalement mauvais, et ne devrait pas être si injustement passé sous silence.

 

Gérard Faucher – Juste le temps de respirer (1982) Village (priv.)

 

On ne peut pas véritablement parler de folklore en citant cet album obscur et inconnu au bataillon des artistes (même) mineurs… unique album apparemment de ce Montpelliérain qui sort sur un petit label local du doux nom de Village (du studio du même nom). L’auteur est écrivain/poète, les textes seront mis en musique par un autre Gérard, Raufast (inconnu aussi).

 

Mélange de chanson prog et de rythmes arabes ou antillais, l’album de Gérard Faucher est quelque part à mi-chemin entre Lavilliers (Femme ou femme), Béranger (Le dernier cadeau pour la Marie) et la poésie tourmentée de Manset (Métamorphose). Tour à tour textes sombres ou cocottes brasileros, un disque intéressant sans révolutionner la musique.

 

Naturellement, il ne va pas de soit de classer Lavilliers ou Manset dans le folk français, mais finalement, ce style de chansonnier typiquement gaulois participe à l’effort folklorique, d’autant plus quand, comme Gérard Faucher, la musique d’inspiration parfois arabe ou andalouse, puis cubaine ou jamaïcaine, enrobe et valorise le texte et la chanson.

 

Gérard si tu nous lis, contacte-nous !!

 

Greg.

 


commentaires

Boeb'is 06/09/2010 21:23


Intro intéressante, mais un peu bizarre. Le folk, c'est la musique traditionnelle américaine, en effet, mais déjà en quoi ça serait une variante urbaine du blues? Ce sont des genres cousins, l'un
étant plus européen, l'autre plus marqué par l'influence africaine... Leadbelly jouait du blues comme du folk!

Et la musique "folk" française ou autre, soit c'est inspiré du folk américain, et c'est du folk couleur locale, soit c'est de la musique inspirée des traditions locales, et je ne vois pas pourquoi
on s'amuserait à l'appeler folk! Folk est juste le mot anglais qui veut dire "musique traditionnelle", et en français il a donc un sens plus restrictif que le sens anglais.


greg 07/04/2014 13:04

je ne connais pas toute la musique de Leadbelly, tu as raison par défaut :)
par contre ensuite tu fais une très belle synthèse de tout ce que je raconte en 12 chapitres : le folk c'est anglo-saxon, en france, on ne peut donc pas employer le même terme en angalis et français car ils définissent des musiques différentes.
folk = musique trad en anglishe, exact. la musique trad anglishe et la musique trad française sont différentes, exactes.
merci d'avoir synthétisé mon propos qui abrite une pointe d'ironie (tu l'avais remarqué...)

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