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Les Goths - Le Monde Doit Savoir

par lou 11 Septembre 2012, 08:48

ROCK FRANCAIS

 

LES GOTHS

 

Le Monde Doit Savoir

http://www.green-brain-krautrock.de/img/sortiment/afterbuy10711_ebay.jpgOk, je mérite le grand prix «Sors de sous la table la guerre est finie». Il y a eu les remous causés par la compilation d'inédits des Goths, l'an passé. Ce disque sorti uniquement en vinyle, à un prix  prohibitif, en tirage bien sûr limité. De l'essorage, pas moins. Et puis l'interview de Fuzzine, et l'accueil houleux des spécialistes (je rigole). Vous vous cassez la tête à faire un truc bien, on vous trouvera toujours un fil qui dépasse. Bref, rien ne me donnait envie d'en savoir plus sur Rêve De Silence. Marre des embuscades pour des prunes. Tout juste si je tablais sur une réédition moins onéreuse. Loin du champ de tir que constitue la pensée commune. Autant que de la force d'impact des opinions de masse. Franc-tireur ton colis piégé tu garderas au chaud. Et à ton heure la charge creuse tu déposeras. Parce que le rock français et moi, c'est une histoire de contraires. Autodidacte forcené du blues rock anglo-saxon, j'ai toujours entretenu des rapports complexes avec le trois accords béret basque. Ronnie Bird, les Dogs ou Alan Jack me servent de modèle classieux. Et je sais que mon Graal existe (cf Génération Perdue ou Psychegaelic). Sans manger à tous les râteliers, c'est autre chose. Le disque des Boots, par exemple, est un modèle parfait. On essaye tous les genres, des fois que ça marche. Y compris les pires horreurs. Pénible évocation d'un vieux cauchemar, le groupe prometteur muselé  par son producteur. Forcé de la mettre en veilleuse, contre la très hypothétique promesse d'un carton radiophonique. Se séparant, écœuré, après un énième gig miteux, au fin fond d'un bled infâme.

 

Les Goths, je connais par Perfumed Garden (anthologie de référence) et j'avoue baver d'envie devant les deux simples hors de prix. De là à franchir le Rubicon du c’est-introuvable-donc-forcément-sublime, qui enrichit les marchands, on allait attendre un peu. L'arrivée du facteur, surtout. Parce que oui, tagadaboum, de bonnes âmes ont pensé à moi. En éditant l'album mort-né des Goths en CD pas trop cher. Moins classe que le vinyle riront les budgétairement aisés. M'en fous, m'en tape, m'en cogne, parce que maintenant je sais. Je le tiens ce groupe. Ridiculisant sans peine les Savage Resurection, et autres champions du collector hyper surestimé. Je peux même le prouver. Mon rédacteur en chef me croyant consumériste, autant que civilisé, m'a donné carte blanche. Donc j'investis l'atelier, et je démonte pièce par pièce. Qu'on sache ce que le truc a dans le bide. Sans être accusé de globalité trompeuse. Autant que d'abus d'adjectifs ronflants. Ça va prendre un peu de temps, mais au vu du trésor dans la malle, l'éternité serait encore bien courte. Et quoi de mieux que de laisser la musique gérer votre vie. Une fois de plus. Charge sabre au clair, sortez leur les tripes, on fera le tri plus tard. Coup de kick dans le matin, flammes dans le carburateur. Ah oui, faut pas laisser votre main sur l'échappement, malheureux. Rythmique rigoureuse, pas venu faire de la figuration. Tempo appuyé. Comme la pression sanguine. La guitare enrouée s'exprime au chalumeau, pour souligner le chant. Stratégie usée depuis la nuit des temps, mais à l'époque tout restait à inventer. Et ce que j'entends ici n'a rien (mais alors RIEN) à envier au premier Blue Cheer. Je dis bien le premier. Ce Vincebus Eruptum de fonderie déglinguée. Pissant le plomb fondu par tous les tuyaux. Disque de loubards hargneux, se la donnant avec le rouleau compresseur qu'ils viennent de faucher. Ecrasant autant de massifs floraux que de piétons.  On évitera d'ailleurs de trop jouer sur les références directes, pas perdre le lecteur. Mais putain, ça aurait pu (et du) cartonner.  Le Jour Etait Gris, attention chemin  étroit. Pensez, un tempo lent et un chant en français. Arrangement de cuivres bien vu, donnant de la puissance au lieu d'enfoncer dans la gadoue. Procol Harum a été célébré pendant des années, chaque fois qu'il en sortait un  comme ça.  Avec dix tonne de sucre en plus, voilà  exactement le genre de choses qui a fait la gloire d’Il Etait Une Fois, pas si longtemps après. Il semble que nos amis Goths avaient plutôt un stock de piment à disposition. C'est pas pour nous déplaire. Surtout quand ils délivrent le tabasco directement entre les dents.  Et, pitié, que les abonnés à Gratte Et Pignolage nous foutent la paix. Pièce d'archéologie (au sens respectueux du terme) que nous avons ici.  Prière de considérer la chose avec un intérêt historique.


Si votre approche musicale se limite à vos prétentions virtuoses, c'est pas pour vous. Imaginez la vie en studio à l'époque, la prise de son Albanaise, le mixage Corée du Nord. Fallait en vouloir, moi je vous le dis. Encore plus pour propulser du délire acide/spaced out. A preuve Rêve De Silence (le morceau). Complainte façon Dashiel Hedayat, en beaucoup plus terre à terre. Et moins défoncé. Opposition d' un background violent, au délire parano du chanteur. Le morceau est bien trop court, pas exploité dans le bon sens. Typique de ces mauvais trips, post soixante huit, plus connus par Chico Magnetic Band et autres allumés. Ici on a tout juste une (sacré) ébauche. La frustration est une vieille amie du chercheur. Qu'importe, désormais, la France n'est plus le parent pauvre de la fuzz et des décibels psyché. Nous aussi on savait faire de l'huile bouillante sur la gueule. Et du soleil rouge dans la sono, avec les décibels de la mort sonore. Quand le cerveau craque, que l'adrénaline monte et monte encore. Clapton ou Hendrix en riraient surement, mais peu importe. Superdupont peut se gaver d'accords psychiques, enfin ce pays n'est plus le parent pauvre du rock au surin. Revanche tardive, mais revanche réelle. C'est tout ce qui compte. Pas trop mal pour des petits gars de Normandie, sans grands moyens. Réédition de l'année, les doigts dans le nez (et dans la prise de triphasé).

Laurent

 

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