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Les Gypsys - Le fleuron du Beat français

par lou 11 Mai 2010, 14:17

http://www.bornbad.fr/WebRoot/ce_fr/Shops/240383/4A71/9940/671E/9246/C11D/C0A8/8008/A46E/les_0020_gypsys_0020_PROLETAIRE.jpg 

 

 

 

 

 

Rock Français


Entretien avec Jean Pierre Hipken

 

Ah ce bon vieux dilemme du rock français ! Là où en Angleterre ou aux États-Unis on se fond dans la révolution psychédélique, la France s’empêtre dans ses contradictions gauchistes et la starisation de ses glorioles yéyés. Difficile alors pour le rock français de s’émanciper à l’aube de ses années hippies : peu d’infrastructures, une presse musicale stérile, des programmateurs radiophoniques timorés, et des gouvernements méfiants face à cette musique subversive.                                                                                                 

Alors, quand en 66 débarque sur les planches parisiennes un groupe de rockers banlieusards (Malakoff) balançant leur hymne garage Prolétaire sur fond de réminiscence qui doit autant aux Sorrows qu’aux Pretty Things, le public rock trouve enfin ses précurseurs ! Un seul simple sera signé en 67 sur le label Hollandais Relax, qu’on peut considérer comme l’un des tout meilleurs singles sortis à l’époque en France.

                                                      

Devenus une sacrée pièce de collection avec le temps, et face à la considération grandissante sur le web, les Gypsys emmenés par Jean Pierre Hipken sont de nouveau contactés plus de 40 ans après par le label Tryptic afin de ressortir le 45T. Succès immédiat, les ventes sont bouclées rapidement, Jean Pierre revisite le passé des Gypsys au travers d’un excellent site qui leur est consacré… L’occasion pour nous de revenir avec lui sur l’histoire de ce groupe devenu légendaire… L’histoire continue, l’héritage aussi !

 

Fuzzine : On est en 66, la France est en pleine folie yéyé, et les Gypsys naissent à Malakoff. Racontez-nous un peu le contexte dans lequel le groupe s’est formé ?

Jean Pierre : Nous sommes en 1966, du côté de Malakoff. La banlieue parisienne, où les mômes arrivent de tous les coins de la France, parce que le travail se trouve dans la région parisienne et tous les ouvriers viennent s’installer tout autour de paris pour bosser. Cela fait une foison de mômes, ceux du fameux baby-boum. Et en 66, ces mômes arrivent vers leurs 16, 20 ans. Pour la première fois dans l’histoire de la musique, les jeunes s’inventent leur propre musique ! Le rock’n’ roll ! Qui est autant un phénomène de société, qu’un moyen d’expression, de révolte de tous ces enfants d’ouvriers qui n’ont pu accéder aux hautes études. Les Gypsys sont quatre fils d’ouvrier des hauts de seine, et du val de marne, du même monde, de la même culture, de la même éducation. Ceci est leur premier point commun, mais nécessaire à la bonne cohésion d’un groupe.

Gérard, le batteur venant de Vanves, a déjà une solide implantation et une expérience dans la musique en 66 ; il a déjà joué avec Minou et Les Dalmatiens etc.… depuis 1962, c’est un batteur confirmé, formé sur le tas, sur les planches. Jacky, bien que plus jeune que Gérard, a lui aussi une bonne expérience déjà de la musique rock et une technique au dessus de la moyenne. C’est un guitariste rythmique de haut niveau que chaque groupe de rock rêve d’avoir. De plus, il chante avec une voix à la Rod Stewart merveilleuse. Serge est un bon guitariste soliste. Les trois premiers Gypsys, répètent déjà un peu à Ivry sur Seine, mais ils n’ont pas de bassiste. Quant-à-moi, je suis bassiste, suis tombé dans le chaudron quand j'étais tout petit, je rêvais déjà de musique depuis la maternelle. J’avais le prix de chant à l’école tous les ans, ma première basse, j’ai pu l’acheter en faisant le ménage à Sud Aviation le soir après le boulot vers 15 ans.

Je jouais dans un groupe de Chatillon sous Bagneux qui s’appelait Les Croc ‘Mitaine, et je fus remplacé par Gerard Mondon, un copain qui jouera par la suite avec Vigon, Le Kinset, de mon ami Jacques Mercier et Michel Jonasz puis Johnny Hallyday. J’étais donc libre, et au café Le Cosmos à Malakoff, où tous les jeunes du coin se retrouve, je suis à la table à côté de mes trois Gypsys et je les entends parler musique et groupe de rock ! Ils me proposent alors de faire un tour à leur salle de répétition à Ivry, je joue un classique du rock Long Tall Sally avec eux. Je joue déjà de la basse depuis trois ans, avec tous les doigts et avec une bonne rapidité. Ma prestation finit de les convaincre, le lendemain, les Gypsys sont au complet.

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F : Vous tournez alors au Golf Drouot, au Gibus et Bus Palladium, les rares salles parisiennes qui accueillent des combos rock. Avec le temps, on prend vraiment conscience que les tremplins rock du Golf ont mis en avant nombre de groupes français. Comment était l’ambiance de ses premiers concerts, et vous souvenez-vous de votre victoire au Golf ?

J.P : Après quelques péripéties, dont deux mois en Dordogne au Bugues chez les parents de Jacky, nous travaillons dur dans une grange pour monter un répertoire. Et c’est là que nous soudons le groupe. Quatre dans la même chambrée, de la musique toute la journée, et des concerts dans les villes voisines. Au Bugues, il y a une classe de jeunes Américaines qui est là pour parfaire leur français avec leur french teacher, elles deviendront nos premières fans (et même nos petites amies pour certaines évidemment) et nous suivrons partout dans nos premiers concerts. Sarlat, Périgueux, etc.où elles mettent le feu sous l’emprise de la musique qui bastonne, elles dansent sur les tables, comme seules les Américaines savaient le faire à cette époque. Elles faisaient parfois dix kilomètres à vélo pour venir nous écouter. À la rentrée nous faisons le Golf, c’est le moment de se mesurer aux grosses pointures. Le Golf Drouot, c’est le mètre étalon des groupes de rock. Si tu passes, tu peux continuer la musique. Si tu te fais jeter, tu revends ton matériel et tu fais autre chose. C’est aussi simple que ça !

Pour notre premier passage au tremplin du Golf Drouot, parler de triomphe serait prétentieux, et pourtant cela y ressemblait sacrément. Nous passons les deuxièmes, sur 7 ou 8 groupes, et le public rapplique de partout du fond de la salle du Golf pour se mettre devant la scène. Il se passait quelque chose d’inhabituel qui nous dépassait même, le groupe avait déjà une âme, une identité propre. Nous étions un groupe très visuel autant que musical. Nous sommes très applaudis, au point que tous les groupes qui passeront après nous entendront scander les Gypsys, les Gypsys… Henri Leproux prendra même le micro pour promettre : ils reviendront tout à l’heure !! A la fin de la joute musicale, Henri déclara en entendant encore scander les Gypsys : ce soir, il n’y a pas besoin de chercher les vainqueurs !  les Gypsys ont gagné ! Nous étions sur un petit nuage, fier d’avoir gagné au Golf, mais surtout surpris de l’accueil du public (pour le Golf Drouot, voir l’ouvrage de référence Le Temple Du Rock  aux éditions Laffont par Henri Leproux où les Gypsys sont à l’honneur).

F : Avec quels autres groupes français partagiez-vous votre passion pour le rock ?

J.P : À cette époque, au Golf et dans toute la région parisienne, il y avait déjà de très bons groupes de rock comme Les Piteuls avec Serge Kolten (du groupe Il Etait Une Fois ) qui deviendra musicien avec les Jelly Roll de J.Mercier, puis Le Kinset de M.Jonasz et de nouveau J.Mercier.  Ce dernier était déjà une grosse pointure, et dans tous les bons groupes de rock ; il joue toujours aujourd’hui comme un dieu dans son groupe qu’il a surnommé Captain’Mercier (je recommande aux amoureux de la musique d’aller faire un tour sur le net pour le voir, car c’est du très haut de gamme). Il y avait aussi les Jets, les Murators, les très bons Variation avec le dieu à la guitare Marc Tobaly, Vigon et les Lemons etc., etc. Et tant d’autres bons groupes. 

F : On imagine qu’en 66 rien ne devait être évident pour un groupe de rock ?

J.P : Dans les années 60, comme je l’ai dit plus haut, les musiciens de rock étaient pour la plupart des fils d’ouvrier. Les moyens financiers de tous ces groupes étaient limités, et il

fallait avoir la foi pour continuer de faire de cette passion qu’est la musique, un métier !!! Nous avons donc décidé de devenir un groupe professionnel. Il fallait y croire, les concerts étaient peu payés pour la plupart, et il fallait absolument se faire un nom pour pouvoir prétendre tourner toute l’année. De plus, il y avait les requins qui tournaient autour des meilleurs groupes pour s’en mettre plein les poches (ce qui a toujours existé de tout temps). Le matériel était très cher, bien plus cher qu’aujourd'hui. Aujourd'hui l’évolution des sciences et des techniques a permis d’avoir du matériel performant et bon marché, surtout pour les sonos. Parce qu’en ce qui concerne les guitares, la qualité a plutôt disparu. Il fallait donc faire de gros sacrifices pour avoir du matériel digne de ce nom, guitares, amplis, sono, camion (les Gypsys avaient un corbillard comme camion) il fallait donc tourner beaucoup, et garder la foi ! Les Gypsys, portaient bien leur nom (gitans).

À défaut d’avoir connu le luxe, nous avons connu les plus belles salles parisiennes et provinciales. Avec des premières parties de stars comme J.Hallyday, deux fois. Une fois pour l’inauguration du ranch du Plessis Robinson et une autre fois à Cahors pour sa première partie, où Johnny une fois tous rentré à l’hôtel nous félicita pour notre prestation. Ce concert restera pour nous un des plus beaux, tant par la qualité, que par la gentillesse du boss Johnny qui nous fit bénéficier de sa scène, de sa sono semprini qu’il nous proposa d’ailleurs de nous revendre après le concert, car il voulait la changer. Malheureusement, nous avons été obligés de refuser, cela étant trop cher pour notre budget. Sympa le boss Johnny ! Nous espérons qu’un jour, il viendra mettre un mot sur le site des Gypsys ! Les premières parties aussi de Michel Polnareff, Mungo Jerry, les Pretty Things (où les Gypsys furent rappelés après la piètre prestation des idoles complètement « camées ». Les Gypsys ne touchèrent jamais à cette m…e). Danny Boy, que nous avons accompagné, Vince Taylor, que nous avons accompagné aussi. Et bien d’autres qui ne me reviennent pas en mémoire pour l’instant.

F : Quelles étaient principalement vos influences ? Plutôt Stones que Beatles à l’époque, non ?

 

http://2.bp.blogspot.com/_wDkOwxqKmsM/S8CuVIUH9iI/AAAAAAAADfI/adp23yvXAoE/s1600/IMAGE00131.jpgJ.P : Pour nos influences, nous avions beaucoup de titres des Sorrows à notre répertoire, les Sorrows étaient pratiquement inconnus à cette époque en France, et collaient parfaitement au style de musique que nous jouions, du hard très scénique qui déménage comme on dit. Nous entions de vrais « hardos » pour l’époque, beaucoup diront plus tard, des précurseurs du mouvement ‘punk ’ .  Ce qui comptait à nos yeux, c’était d’avoir un répertoire différent des autres, pour ne pas devenir des photocopieurs. Il fallait surprendre, faire bouger le public, le prendre à bras le corps, le dompter, le séduire, tout faire pour qu’il nous aime, parce que nous l’aimions ce cher public, et il nous l’a bien rendu, et même 40 ans après, il nous le rend toujours.

F : Vous signez en 67 sur le label hollandais Relax. Vous n’aviez pas de propositions en France ? Comment avez-vous vécu cette signature ?

J.P : En ce qui concerne les maisons de disques françaises, les groupes de rock français étaient de vrais "parias" pour elles, nous n’étions pas ce qu’ils appelaient du commercial ! du yéyé ! Et nous fumes très peu de groupes de rock, à enregistrer des disques, dans les années 60.  Ironie des marchands de musique.   Nous remplissions les salles, même les soirées privées de la haute bourgeoisie et de la noblesse parisienne (qui se faisait un must d’avoir un groupe rock en vue, à sa soirée, reconnaissez que chanter Prolétaire dans une soirée privée de la haute, ça ne s’invente pas) nous faisaient plus de 150 concerts par an, mais les maisons de disques ne voulaient pas entendre parler de hard rock, ni de rock français.

Ce sont les Hollandais qui nous ont contacté par l’intermédiaire d’Yves Claque compositeur de musique de film (mélodie en sous-sol, etc.) et découvreur de nouveaux talents à Iramac Relax. Ils avaient entendu parler de nous, et nous ont trouvé à l'occasion d’un concert avec Mungo Jerry, ils nous ont demandé si nous avions des compositions, et bien sûr, nous avions nos propres compositions. Cela lui a plu et nous avons signé chez Iramac Relax France.

Malheureusement, après notre premier disque 45 tours, qui n’avait reçu d’Iramac Relax aucune promotion (pourtant lors de l’enregistrement dans les studios de Loulou Gaste, celui-ci, aimant notre musique, nous proposa de produire notre disque, nous assurant une bonne promotion, mais la firme Iramac Relax nous en dissuada promettant monts et merveilles). En fin de compte quelques mois après la parution de notre premier 45t, qui fut le dernier aussi, et la firme décida de cesser son activité en France, et donc notre contrat de 7 ans dans cette firme devint caduque.

 

F : Comment le morceau Proletaire a-t-il été composé ? Sur la pochette du single, vous apparaissez sous le même accoutrement, à la manière des Sorrows et autres Music Machine. Clin d’œil volontaire à vos influences ?

J.P : Pour les compositions des Gypsys, dans un souci de partage et d’égalité entre les 4 musiciens, nous avons mis chacun un nom sur la pochette du disque. En vérité, j’ai écrit Prolétaire, que les critiques ont classé dans la rubrique Protest Song, ce qui nous convient très bien d'ailleurs, au Bugues en aout 66 ; un moyen de dénoncer cette société qui envoi à l’usine les premiers de la classe ! et à la Sorbonne les fils à papa. Nous étions des prolétaires, et nous le revendiquons encore aujourd'hui, nous en sommes fiers. Je fus d’ailleurs par la suite secrétaire des jeunesses communistes à Massy dans l’Essonne.

Prolétaire n’était pas un hasard, plutôt une profession de foi, un cri d’alarme, qui trouva son écho quelque temps après en mai 68. Quant au deuxième titre, Je ne te pardonnerai pas, c’est une composition collégiale, j’avais le thème, et Gérard le batteur s’impliqua beaucoup dans la mise en place du rythme et de la musique, cela partait d’une reprise de batterie dont il avait le secret.  Ensuite, je n’eus plus qu’à écrire un texte sympa. Sur le disque, en vérité, on devrait lire Je ne te pardonnerai pas, musique "Gérard Fettinger-Hipken Jean Pierre"; paroles, Jean-Pierre Hipken. Mais nous avons tout partagé en quatre, ce qui était très bien pour le groupe, qui n’avait pas de leader, pas de chef, pas de premier ! Chacun comptait pour UN et UN SEULEMENT. Il en est toujours de même aujourd'hui.

F : Aujourd’hui, l’unique production des Gypsys est très recherchée et se négocie à grands coups d’euros. Ça t’inspire quoi ?

 

J.P : À ce jour, le seul disque malheureusement des Gypsys est devenu un collector. Cela me navrait plutôt de savoir que notre disque se négociait aux alentours de 150 euros. La question était : ce disque coute cher parce qu’il est bon, ou parce qu’il est rare? Avec mes deux autres potes des Gypsys à savoir Gérard Fettinger le batteur et Jacky Pujol le guitariste chanteur, nous avons alors décidé, sollicités par Tryptic RECORDS, et mon ami Didier , de faire une réédition du 45 tours, un vrai clone vinyle pour les amis des Gypsys. Ce disque fut tiré à 500 exemplaires numérotés. Et à notre grande surprise fut vendu sans pratiquement se servir de la pub, en une dizaine de jours !  L’annonce de la vente du disque relayée par mon ami Olivier ( du site d’ailleurs excellent 45 T de rock français) la vente de ce disque fut un vrai succès, et nous sommes très heureux de cela.

F : Avec l’avènement du net, on connaît désormais les Gypsys de l’autre côté de la manche. Ce n’est pas un regret cela, de ne pas avoir pu jouer en Grande-Bretagne en compagnie des Sorrows et autres Rolling Stones ?

J.P : Il est vrai qu’au jour d'aujourd'hui, on compte à ma connaissance 17 compilations dans beaucoup de pays, y comprit les États-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre, la Nouvelle Zélande, la Russie et même les pays asiatiques, etc.; qui comportent les titres des Gypsys et surtout Prolétaire qui a été classé par la Fnac parmi les 200 meilleures chansons françaises. Il faut aussi souligner pour ces 17 compilations que nous n’avons jamais décroché le téléphone, ou réclamer un quelconque passe-droit pour avoir notre nom dans les diverses compilations, avec des éditeurs à chaque fois différents. Nous sommes bien obligés de constater que ce sont les maisons d’édition elles-mêmes qui ont fait le choix des Gypsys. Une sorte de reconnaissance tardive, un hommage après coup ! Quel honneur ! Mais nous aurions préféré bénéficier de cette sollicitude, quand nous parcourions la France de long en large. Aucune maison de radio ne voulait passer notre disque à l’époque ! Sauf une fois, où Antoine insistant auprès du programmateur de France Inter, cette radio passa notre disque à 3 heures du matin !

Aujourd’hui le disque des Gypsys est vendu dans le monde entier grâce aux compilations ! Les années 60 revenant à la mode , les Gypsys ont repris une place parmi les grands de la chanson française ! Avec surtout le titre Prolétaire. Pour l’anecdote, une compilation provenant des USA est sortie avec le titre Spécial Bardot-Gainsbourg ; et nos amis d’outre-manche nous ont fait l’honneur de mettre les Gypsys dans cet album, absolument introuvable en France. J’ai donc écrit au directeur de la firme de production américaine pour tenter de me procurer cet album. Le directeur, enchanté d’avoir à faire aux Gypsys , m’indiqua que le stock de cette compile avait été épuisé, mais qu’il se faisait un plaisir de m’en offrir un exemplaire que j’ai reçu avec un mot de félicitation. Sympa non ? ! J’ai bien sûr aussitôt fait une très belle copie pour mes potes musicos ! Voila comment fonctionnent les Gypsys, au coup de cœur, au sentiment, nous aimons la musique, notre musique, et 40 ans après, nous sommes fiers pour nos enfants et petits-enfants de leur laisser des traces de notre aventure musicale !

Il est évident que nous aurions aimé jouer notre musique dans tous ces pays directement sur scène.  Mais nous n’avons jamais eu la prétention d’entre des vedettes, ni nationale, encore moins internationale. Mais je dois dire que lorsque sur le livre d’or des Gypsys on reçoit des messages de Moscou d’un DJ qui passe notre musique pour les soirées sixties et que cela plait aux jeunes moscovites, il y a comme une petite lueur de fierté dans nos yeux, mais cela s’arrête là!!!!!!!Mai 68 marqua la fin de pas mal de groupes de rocks pour un moment, plus d’essence pour les camions, donc plus de concerts.  Ce sont les Gypsys qui firent la fermeture du Golf Drouot en mai 68 ; les CRS chargaient sur le boulevard des Italiens, et Henri Leproux nous demandaient : les gypsys ! Parce que nous ne nous prenions pas au sérieux plus que ça, et souvent, on faisait aussi les clowns pour faire plaisir au public en racontant des histoires de jeannot lapin sur fond de musique rock lancinante. Alors, tout le monde s’asseyait par terre, et nous faisions notre délire qui faisait rire le public et qui le tenait en haleine pour détendre l’atmosphère, c’était aussi ça les Gypsys. L’amour du public, la déconne, malgré le sérieux de nos 8 heures de répétitions journalières pour être au top niveau, et avoir ce petit plus qui vous rend sur de vous sur la scène.

 

F : Après les Gypsys, tu pars fonder les Quo Vadis. On est alors enfin à l’aube d’une pop music française (Ame Son, Magma, Tac Poum Systeme). Quels souvenirs gardes-tu de cette période ? Pourquoi ne pas avoir continué après les Quo Vadis ?http://4.bp.blogspot.com/_wDkOwxqKmsM/S8Cvt-o6lTI/AAAAAAAADfw/SKuM1UdpAGk/s1600/didier+photo+011.jpg

J.P : Après les Gypsys fin mai 68, je reste un an sans groupe, je reprends l’usine, Jacky, Gérard aussi. Mais la scène, le public, le son de la musique qui vibre dans le ventre manquent trop ! Je remonte un groupe en 70, avec deux très bons musiciens amateurs Christian Schiassi à la batterie, et Michel Sebaoun un guitariste hors pair qui possède aussi une voix en or. Et nous montons un groupe qui s’appellera Three, j’adorais jouer à trois musiciens, cela obligeait à se surpasser, à assurer beaucoup plus à la basse, à fournir. Et ce groupe marcha très bien, avec deux mois sur la côte à Saint Raphael aux Issambres, plus des concerts dans la région parisienne. Serge, à ce moment-là, était à la recherche d’un groupe, et je le pris avec nous. Nous primes alors le nom de Quo Vadis. Beaucoup de concerts, et puis le groupe muta plusieurs fois, Christian et Michel arrêtèrent la musique qui leur prenait trop de temps.

La première mutation, Quo Vadis  joua avec un des meilleurs batteurs de France Jean Loup Besson, un phénomène, Lionel Elfassi à l’orgue hammond et au chant, Robert Duval à la guitare et au chant, Serge à la guitare et moi-même basse et chant !  Des compositions prometteuses dont une version de colchique dans les prés façon Vanilla Fudge ! le Golf, le Gibus, puis le trio Jean Loup, Lionel et Robert arrêta Quo Vadis pour jouer au Club Med ! Ce qui n’était absolument pas notre tasse de thé. Quo Vadis muta donc encore, pour un trio composé de Serge, de moi-même et de Jean Paul Mercier batteur ex heavy moonshine. Un très bon trio ! Nous avions tous trois maintenant pas mal de métier, et chacun dans son domaine avait progressé à grands pas, et sur scène cela déménageait grave, nous avions retrouvé notre vraie vocation première, le hard rock. Le journaliste de renom Jacques Barsamian devint notre impresario, des concerts live, du succès, et puis la tournée RMC première partie de Kiss, toutes les grandes villes de la Côte d’Azur.

Fin aout, j’arrêtais la musique à regret pour raison de mauvais mariage. Serge continua la route de Quo Vadis, avec la suite que l’on sait.

 

F : Vous avez développé un site extrêmement bien fourni, au design impeccable. On se met à rêver d’en voir fleurir des dizaines comme cela, témoin d’un passé qu’on ne veut pas oublier. Et vous y proposez des inédits jamais enregistrés à l’époque. En avez-vous d’autres sous le coude ?

J.P : 2008, la nostalgie aidant, chaque musicien des Gypsys ayant tracé son chemin aux quatre coins de la France. Je contacte mes potes Gérard et Jacky, et l’idée du site des Gypsys qui me démangeait depuis longtemps devint réalité. Un webmaster de talent qui n’est autre que mon fils Mikael, assura une bonne partie du site des Gypsys, et nous planta au milieu de sa réalisation. Mon neveu, un surdoué de l’informatique Julien, nous termina le site. Le site des Gypsys fut un coup de fouet dans la mémoire collective des amoureux des sixties et de ceux qui aimaient les Gypsys. Une grande chaine d’amitié et de sympathie que nous recevons avec un grand plaisir. Les Gypsys goes on !

Aujourd'hui, nous avons plaisir grâce au web, à retrouver tous nos anciens potes du rock, ceux qui jouent encore, ceux qui ont arrêté, mais qui ont toujours une part de leur cœur sur les planches et rêvent comme nous d’y être encore ! On ne sort pas indemne de la scène, une partie de nous y reste toujours à vie ! Nous sommes restés fidèles à nos premiers amours, le rock, bien que la musique ait évolué. Chacun jugera selon ses gouts si c’est en bien ou en mal ! Mais il reste encore des monstres sacrés comme les Stones, Police, ACDC, Deep Purple. Voilà, mes chers amis, quelques pages de tournées dans l’album des souvenirs des merveilleuses années 60. Les Gypsys n’ont jamais été des stars, ce n’était pas le but recherché, mais ont contribué avec leur passion parmi tant d’autres groupes, à faire aimer le rock français.

Il est à regretter, qu’après la fin des Gypsys, chacun reprît une activité nouvelle, mais personne ne devint star dans le métier de musicien ! Notre réalité artistique devait sa valeur au groupe, à l’union de quatre musiciens unis autour du même but, jouer du hard rock devant des salles pleines !

 

Le talent ne se décrète pas, c’est le public qui fait les artistes ! C’est lui qui décide qui a du talent et qui n’en a pas ! La musique n’est pas un métier de représentant de commerce. Les chansons, les textes, les musiques, les compositions, ne descendent pas du ciel. Les Gypsys, nous le savons maintenant, avaient et ont toujours du talent, sans piston, sans fric, comme des musicos prolétaires ! C’est le public et lui seul qui nous le confirme encore aujourd'hui, et le bonheur du musicien, ça ressemble un peu à ça !

Entretien mené par Lou.

 

L'excellent Site sur les Gypsys : ici

 


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