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Litterature : Emmett Grogan - Ringolevio

par lou 11 Décembre 2012, 09:49

Littérature

 

Emmett Grogan - Ringolevio

 

Mythomanie acide

http://1.bp.blogspot.com/-5GgveD6rnGY/T6fQDmJ5GSI/AAAAAAAAEmE/zJz6NMABOVA/s640/emmett-grogan.JPGLa littérature,  c'est comme la bouffe, ça doit rester avant tout un plaisir. Par exemple, j'ai quelques vieux San Antonio, certes lus et relus, mais dont la présence me fait chaud. Amis au-delà de la fidélité, compagnons de vie sans prétentions. On bouquine toujours trop peu (on n’a pas le temps). Et si j'ai passé du temps sur Artaud, Breton ou John Fante, j'en ai au moins retiré quelque chose. Le Ringolevio d'Emmett Grogan était dans mon collimateur depuis longtemps déjà. Mythique amplifiée par le fait que le livre est assez coton à trouver, d'une. De deux, Little Bob y a consacré un excellent album, tout en charges hargneuses pour la liberté. Et puis merde, il fallait que je juge,  simplement. Déjà, impossible, ou presque, de trouver grand-chose sur l'auteur. Grogan (de son vrai nom Kenny Wisdom) a de son vivant (1943/1978) pris grand soin de se garder de l'imagerie publique. On le connait surtout pour avoir été un des fondateurs des Diggers, cette collectivité autonome de San Francisco, qui prenait en charge les marginaux et autres laissés pour compte. En plus Bob Dylan lui a dédié un de ses disques. Chose qui doit arriver une fois par siècle. Alors, on se lance à l'assaut de ce pavé, presque huit cent pages. Imagination au kilomètre, ce type sait tenir un stylo, remplir son espace sans temps morts. C'est d'ailleurs là que ça coince. Il faut reprendre du début, sous peine de s'y perdre. Quitte à révéler (sacrilège) un peu des arcanes.

http://www.images-chapitre.com/ima2/original/500/780500_1406837.jpgTout commence dans les rues de New York, entre deux bandes de gamins  par une partie de Ringolevio. Sorte de jeu du gendarme et des voleurs, semblant susciter un phénoménal intérêt. Grogan/Wisdom n'y fait pas grand-chose. Se contentant d'attendre la fin pour intervenir, planqué dans une cave. Et puis tout tourne mal. Quelques participants se font descendre par un jeune flic, sous les yeux de la foule hagarde. Pas de problèmes, le pandore est immédiatement lynché. Comme ça, dans la  foulée. Car Brooklyn est un quartier plus que dur. Grogan ? Tout juste âgé de seize ans, il vit chez ses parents, qui semblent totalement se foutre de ce qui peut lui arriver. C'est d'ailleurs préférable. En l'espace de quelques mois, il devient junkie, cambrioleur de génie, et doit s'exiler en Europe. Tant son activité gêne un maffieux local. On commence, vaguement, à trouver que tout ceci empeste la mégalo et la mythomanie. Le séjour sur le vieux continent est foisonnant. Mais là encore notre homme dérange. Talonné par des adversaires rancuniers, il rentre au pays, et se retrouve bientôt à San Francisco. Où l'été de l'amour (vaste escroquerie, on est d'accord) se prépare activement. Avec d'un côté les petits bourgeois, venus acheter des chemises à fleurs. Et de l'autre, les vrais marginaux, pauvres et oubliés du système. Qu'il faut bien nourrir, vêtir et loger. Là, je soupçonne que Grogan a utilisé ses propres souvenirs, en y rajoutant une bonne dose d'imagination. C'est le début d'un rude combat entre les Diggers (gentils) et les marchands (méchants).  Affrontement qui voit Tim Leary, Abbie Hoffman et Jerry Rubin en prendre plein les dents. Tant ils sont loin de la pureté idéologique de Grogan. Lui ne veut que le bien, la justice, l'égalité entre les races. Incompris total, à qui tout le monde en veut. Et que les flics (décrits, certainement à juste titre, comme une bande de porcs fascistes) voudraient bien questionner un peu. Et encore, je résume, il lui arrive tellement de trucs qu'on en perd le compte. Jusqu'au trip retour à la nature, avec des indiens. Ce type va vous (nous) apprendre à vivre.  Ah oui, Allen Ginsberg était  quelque un de bien. On a au moins retenu quelque chose.

Là, on a déjà parcouru la moitié du livre.  Sans avancer beaucoup. Mais on continue. Juste pour voir où cela va nous mener. C'est là que tout devient grotesque. A vouloir ABSOLUMENT  devancer, autant que chevaucher,  les mythes de l'époque, Grogan perd toute crédibilité. Du moins, le peu qu'il lui restait. Jugez plutôt :

http://static.guim.co.uk/sys-images/Observer/Pix/pictures/2009/5/13/1242228046997/Hells-Angels-beat-Meredit-001.jpgWoodstock ? Notre héros a évité le bain de boue, en étant opportunément jeté en cabane. L'autorité le craint tellement, qu'on l'a bouclé dans un QHS. Miracle, sur le plancher de la ratière traine un journal qui commente le rassemblement. Par Belzébuth et Bélial, se dit-il, tous ces gogos se sont laissé berner. Car lui a vu la lumière, avant tout le monde. Il a rencontré Dylan dans son ranch, pas loin du lieu du festival. Et assisté aux répétitions du premier album du Band. Dont la pureté, le manque total de compromissions l'a laissé sur le cul. Il faut dire qu'entre temps (comme ça en passant) il s'est entiché d'une vieille Harley Davidson, et traine avec les Hell's Angels. Les Anges de l'Enfer ? Altamont ? Il va pas oser ? Si. Grogan savait ce qui allait se passer. Avait flairé le coup foireux du business, et de ses suppôts les Rolling Stones. On peut, à la rigueur, se souvenir des mémoires de Sonny Barger évoquant (vaguement) le rôle de Grogan dans l'organisation. Et au moins Barger ne revendique rien. Ne se veut pas un guru, ni un prédicateur maudit. Vous colle sa main sur la gueule, si vous le gonflez, certes. Mais ne cherche pas systématiquement le beau rôle.  Grogan (pas gêné une seconde) se bombarde donc avocat des Bikers. A qui ce salop de Jagger a fait porter tout le poids de son inconstance, en  s'exonérant de ses responsabilités. Là encore, il y a un fond de vérité. Totalement noyé sous une couche massive de ridicule. C'est la fin. Tout est pourri. Seuls les Black Panthers sont finalement à la hauteur des aspirations du prophète. Qui laisse tomber, veut maintenant l'anonymat, et s'assoit pour rédiger son livre. Non, sans nous avoir fait comprendre que l'avenir est à l'écologie. Et que avant tout le monde......Pitié, j'en peux plus. Si ce livre porte un saint principe, c'est celui de se méfier de l'étiquette d’«objet culte». Entendons-nous bien, le style tient la route. Mais cette pièce montée ne débouche sur rien. Le coup des souvenirs romancés, Acid Test nous l'a déjà fait. Et autrement mieux. Un bon point pour l'amateur de rock, toutefois. Le récit des concerts gratuits dans le Golden Gate Park de San Francisco. Toujours avec les mêmes groupes, Country Joe, Big Brother et le Grateful Dead. Les Charlatans et Quicksilver n'ayant pas dû être considérés assez branchés.

Laurent

 

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