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Littérature : Guy Debord - La Société Spectaculaire

par lou 14 Mars 2013, 10:06

LITTERATURE

 

Guy Debord

 

 

La Société Spectaculaire

http://www.notbored.org/guy-smoking.jpgMaintenant que Sarko a du temps libre (et nous pas mal de stress en moins) il va peut-être en profiter pour se cultiver un peu. Madame a beaucoup bossé, apparemment en vain, pour lui donner un coté intello. Son replâtrage culturel, complaisamment affiché à des journaleux ébahis (autant qu'à sa botte) sentait drôlement la leçon bien récitée. J'attendais toujours qu'il craque, et exhibe enfin son manuel du petit libéral en douze volumes. Ou, au moins, un missel de parfait réac, offert par la Boutin, et annoté à chaque page. Une des choses qui m'a paru la plus révélatrice, dans le tout UMP, c'est cette obsession de liquider l'héritage de Mai 68. Retour aux valeurs les plus rancies de l’après-guerre, mépris total de toutes les aspirations libertaires. Ajoutez-y la dimension du pognon d'abord (merci Reagan et Thatcher) qui fait tant de ravages, et vous obtenez un paysage social à foutre des coliques à Pierre Bourdieu. Il y a bien longtemps que j'ai renoncé à exposer mes vues sur le travail qui aliène, qui tue, et qui rend fou. D'abord parce que j'ai laissé ma santé dans des jobs pourris. Ensuite ce genre de discours nécessite un cénacle tout acquis, pour passer sans casse. Par contre on peut encore dire que la télé rend con, que la radio étale la vaseline. Et que tout est fait pour abrutir le bon peuple. Mais pour arracher la majorité à son obsession du people et du clinquant, il reste encore du boulot. Tous ces crétins bien fringués, subtilement téléguidés à maintenir l'idée qu'il n'y a d'autre issue que les rapports dominants-dominés, sont profondément dangereux. Pas en eux-mêmes (bien trop stupides) mais pour l'idéologie véhiculée. On a ancré dans les têtes l'idée que la réflexion, l'effort intellectuel (le plus beau qui soit) n’était rien face à un débile à belle gueule. Ou à un événementiel bien géré. Et des marchands jamais pris en défaut. Guy Debord (1931/1994) s'en retourne dans sa tombe.

 

Au moment où les joueurs de foot sont recrutés (avant tout) sur leur capacité à faire vendre des vêtements, qui se soucie encore de ce vieux râleur. Mort dans l'anonymat le plus complet, et de moi ignoré, à l'époque. La Société Du Spectacle (1967) est un de ces bouquins qui ont alimenté les cerveaux, après le vol des pavés. Des pages de réflexions acerbes, pas franchement évidentes à saisir. Et donc il vaudra mieux extraire la moelle, plutôt que de faire du mot à mot. Charge stylée au vitriol rouge. Contre ce tic qui consiste à considérer AVANT TOUT le coté le plus facile des choses. Puis à les vider de leur sens profond, en en faisant de la bouillie. Laquelle est bien sûr vendable et rentable. On assiste, enfin, à l'agonie du bling-bling. Passé à la raboteuse, ébouillanté vivant, dépecé. Qu'il crève. Effroyable acuité (rappelant celle d'Artaud) ayant déjà entrevu la bouse télévisuelle d'aujourd'hui. Et sa sale influence sur les cerveaux. Ceux à qui on sert du temps disponible pour la pub. Quelques citations, pour juger :

 

Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.

 

Donner aux gens de l'espoir en conserve. De vieilles boites d'espoir éventées, peintes en fluo. Vides mais jolies.

 

Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchainée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir.

 

 

http://2.bp.blogspot.com/-p7k9W9OT5Do/UC7UzbM4PeI/AAAAAAAAB2o/-d4FG3-9OwY/s400/Pour-En-Finir-Avec-Le-Travail-Pour-En-Finir-Avec-Le-Travail.jpgComme si Big Brother nous conseillait autre chose que de roupiller le ventre plein. Du pain et des jeux. Misanthropie ? Je dirais clairvoyance. Même s’il y a là-dedans bien plus que du délire allumé. Une vraie inquiétude (masquée par le style acariâtre), un désespoir omniprésent. Celui du gars seul dans la foule. Qui regarde les humains aller au précipice. Les clients (on est tous) ont les yeux ailleurs. Vers les promos. On pense parfois à Cioran, ce philosophe roumain à l’œuvre opaque. Voire morbide. Pour bien enfoncer le clou dans le crucifix, le livre a même été transformé en film (1973). Sur des images d'actualités d'époque (esthétique noir et blanc, bien sûr) la sauce exprime enfin tout son gout. Récitées d'une belle voix grave (l'auteur lui-même) les phrases trouvent une harmonie. On peut prendre son pied à voir Marchais, Mao et Giscard flingués sur place, par une vengeresse diatribe. Et subtilement mise en situation. Beaucoup de filles aussi, pas trop vêtues, pour flatter nos bas instincts une minute. Avant de retomber dans le quotidien grisâtre. Façon de nous guérir enfin de notre connerie de spectateur de base. Traitement de choc, rudement efficace. Si je vous dis que Debord a participé à un disque totalement inqualifiable, aucun étonnement sur vos faces avides. Pour En Finir Avec Le Travail (1972) ou une anthologie de soi-disant chansons anarchistes. Sorti, il fallait le dire, aux Éditions du Grand Soir. Quand on pendra les salops aux tripes du clergé. En fait des détournements de vieilles chansons, ou d'airs plus récents. Notre homme a collaboré à deux morceaux (qui bouffent du curé et du flic) en plus d'avoir contribué aux textes de présentation. Le ton est largement anar, et ferait presque passer Léo Ferré pour un moine trappiste. Il fallait oser attribuer La Java Des Bons Enfants à un membre de la bande à Bonnot, pour situer le concept. Meilleur morceau, une vieille scie d'Yves Montand, rebaptisée La Mitraillette. Dans laquelle il est question de se radicaliser à coups de sulfateuse. En même temps que de laisser les soviets du monde entier buter, vous l'auriez deviné, la société spectaculaire. Le vinyle original est une jolie pièce, et la réédition CD pas facile à trouver. Bonus, le facsimilé d'une affiche de La Sorbonne occupée, un certain mois de Mai. Si c'est pas situationniste, ça.

 

LIEN :Youtube

 

Laurent.

 

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