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Mike Rimbaud - Entretien / Un Américain à Paris

par lou 2 Avril 2011, 09:53

ENTRETIEN

 

Mike Rimbaud

 

Un Américain à Paris

http://www.mikerimbaud.com/photoAlbum/images/afternoon-NYC.jpgPar un juste retour de choses, Mike Rimbaud ne fut pas emporté par la sinistre vague Inrockuptibles, qui en en mangea tant d'autres. Bien loin du «sitôt encensé-sitôt ringardisé» il a poursuivi une discrète carrière, avec de beaux disques à son actif (essayez Red Light). J'avais beaucoup aimé son premier album, à l'époque. Un genre de rockabilly urbain, à la langue bien pendue. Et totalement perdu sa trace ensuite, problème typique des années pré Internet, et des distributions aléatoires. Pensez si, vingt ans après, j'ai été content de retrouver sa trace et de lui poser quelques questions. Ma jeunesse fout un peu moins le camp, dans ce monde moderne des clics magiques. Rencontre avec le bonhomme, resté plus proche de chez nous qu'il n'y paraît.

 

Laurent : La première question sera un classique. Comment êtes vous venu à la musique, premières influences et disques achetés.

 

Mike Rimbaud :  J'ai commencé  à jouer de la guitare à six ans. Mes débuts se sont fait sur un ukulélé basse, que j'avais eu de mon oncle Jimmy. Ma première guitare, une Yamaha que j'ai toujours, est venu un an après.  A huit ans, à l'école, j'ai tenté d'étudier la trompette, j'en ai encore mal aux joues. J'ai donc vite abandonné, en me disant que je serais guitariste, les callosités au bout de mes doigts le prouvaient. Mes parents étaient très branchés dans les années 70, nous vivions dans Soho, avant que le coin ne porte ce nom. Mon père est un excellent illustrateur, et ma mère joue du banjo. Elle a joué de la country, jusqu'à je n'en puisse plus, mais elle aimait aussi le rock. Elle avait pris des leçons avec Dave Van Ronk, au début des années soixante, et faisait partie de la scène bohème de Greenwich Village (écoutez ma chanson Mother Was A Punk). Mon père écoutait du jazz, il m'a un jour emmené voir Stan Getz, j'aimais ça. J'ai pris des leçon de guitare d'un chanteur de folk, que ma mère connaissait, et qui s'appelait Eric Darling. Il remplaçait Pete Seeger dans les Weavers. Ma première chanson, je devais avoir huit ans, ça parlait de pingouins. Il y a eu d'autres professeurs, mais c'est avec Eric que j'ai commencé à chanter en grattant la guitare. Les leçons se sont enchainées, jusqu'à mes treize ans, et ma première guitare électrique. Une Telecaster noire, pour mon anniversaire. Je l'ai revendu en 1993, pour acheter un billet d'avion pour le Brésil. Mais c'est une autre histoire que je garde pour une prochaine fois. Au lycée, à 15 ans, j'ai monté un groupe de rock, avec deux copains. J'y jouais principalement de la basse, et beaucoup de guitare. Quelques chansons originales ont été enregistrées, dans un chouette studio. En tant que teenager, j'écoutais Elvis Costello, Patti Smith, les B-52's, Rolling Stones, Beatles, Clash, et Stray Cats.

 

L : J'ai beaucoup aimé votre premier disque, mais ce qui me surprenait le plus c'était le coté tout électrique. Jamais eu envie de virer acoustique ? Les racines semblaient plus rockabilly que du coté de Dylan.

 

MR : Je suis influencé par le rockabilly des années 50. Elvis, Gene Vincent, Johnny Burnette, autant que par Dylan. Lui m’impressionnait plus avec ses textes qu'avec sa musique. Ses chansons parlaient de leur époque, et j'aime ça. En 2002, j'ai enregistré un CD entièrement acoustique, ici à New York, il s'appelle Beast Of Broadway, vous pouvez le trouver dans mon coffret An Underground Life In NYC. C'est mon premier enregistrement post 11 Septembre, écoutez 7-11 on September Eleven. Le producteur était Brian Ritchie, des Violent Femmes.

 

L: Soyons clair avec Rimbaud. C'est votre vraie nom ? Vous connaissez notre poète ? Le dernier romantique dépressif, pour paraphraser une de vos chansons.

 

MR : Je veux mettre les choses au point, c'est mon vrai nom. Bien que je n'y sois pas plus prédestiné qu'à avoir joué de la guitare électrique. J'ignore si Rimbaud était un romantique dépressif,  mais certainement un grand poète.

 

L : Vous avez une longue histoire avec la France. Vous avez vécu ici, été signé sur un label français. Qu'est ce que vous aimez et n'aimez pas chez nous ?

 

MR : J'ai vécu à Paris pendant presque deux ans et demi. Après cela, au début des années 90, je suis rentré à New York, où je vis depuis. Je n'avais jamais été en France avant mes vingt quatre ans, mais ma copine était d'ici, et j'adorais le cinéma de la Nouvelle Vague. Pas question d’être négatif ici, et de dire du mal de votre pays. Aucun endroit n'est paradisiaque, mais les Français semblent mieux apprécier les bonnes choses de la vie que les américains.

 

L :  Toujours à propos de New York, un de vos disques était produit par Elliott Murphy. C'était un hasard ou quelque chose qui vous tenait à cœur ?

 

MR : On s'est rencontré en jouant en France. Je pensais qu'il pouvait m'amener du positif avec son expérience, et je trouve que Red Light s'en est plutôt bien porté.

 

L :  Comment avez vous rencontré Charlelie Couture, avec qui vous avez fait un disque.

 

MR : Aux Eurockéennes de Belfort, en 1992. On a enregistré Downtow Project à New York, en 1995, c'est moi qui avait recruté les musiciens.

 

http://www.mikerimbaud.com/photoAlbum/images/Gaffiti-Trees-houston.jpgL : Parlez nous de vos peintures. L'une d'elles représente Obama ? Que pensez vous de lui ?

 

MR :  J'ai exposé mes peintures dans plusieurs endroits, au fil du temps. L'une d'elles avait pour thème les révolutions. Après avoir représenté Washington et Jefferson, j'ai outrepassé le sujet, et peint Abraham Lincoln et le président Obama (en doré, fumant une cigarette, comme un antihéros). C'est un bon président, mais il n'est pas assez dur contre l’extrême droite, et les lobbies de Wall Street. Nous avons toujours deux guerres en cours, notre économie va mal (merci Bush) et il n'y a jamais eu autant de différences entre les riches et les pauvres, aux USA. 47.5 millions d'américains vivent dans la pauvreté. Nous devenons quelque chose comme une nation du tiers monde, quelque part. Les corporations ont trop d'influence sur les politiques, c'est vraiment pourri. Obama doit être plus fort contre ça.

 

L : Sur le premier disque vous disiez être ennuyé par MTV, déjà.  Les choses n'ont pas du s'arranger, depuis.

 

MR : C'est pire maintenant. Je ne regarde jamais MTV, rien à voir avec la musique, uniquement de la daube superficielle.

 

L : Une autre chanson se nomme American Terrorist. Vous êtes conscient que sortir ça aujourd'hui pourrait vous valoir de sacrés ennuis ?

 

MR : Je ne vois pas le problème avec cette chanson.  Mais, au jour d'aujourd'hui, aucun label américain n'a voulu la sortir. C'est ridicule.

 

L : Vous avez chanté une chanson de Bruce Springsteen, pour une compilation. Vous aimez Bruce  ?

 

MR  : Bruce est cool. Grand auteur et un chanteur à tripes. Je l'ai rencontré une fois, au Stone Poney, dans le New Jersey. Je jouais ses chansons avec d'autres groupes. Il était très gentil, pas un enfoiré comme beaucoup d'autres riches célébrités peuvent l’être, parfois. Bien que j'en ai peu croisé.

 

L : Prochaine étape dans votre carrière ? Vous m'avez dit vouloir rejouer en France.

 

MR : J'aimerais tourner chez vous. Ça fait un bout de temps depuis la dernière fois, en 2006. J’espère que quelqu'un va m'inviter.

 

 L :  Qu'est ce que vous aimez (et n'aimez pas) dans la  musique d'aujourd'hui ?

 

MR :  Beaucoup de la nouvelle musique n'a aucune âme. On dirait un produit sorti d'usine, et les paroles sont en général nulles. Pas de cœur, juste de la frime, tout dans l'image, aucune substance. Pas moyen de trouver ça excitant. On ne nous donne pas les moyens d'écouter ce qui se fait de mieux, parce que le business ne prend aucun risque. Je suis certain qu'il y a des artistes intéressants, dont personne n'entend parler.

 

L : Votre ile déserte. Une personne, un livre, un disque, un film, un instrument de musique.

 

MR :  C'est une question difficile, pas été sur une ile déserte depuis longtemps. J'ai vu un film avec  Vivica  Fox il y a deux jours, elle est belle. Je l’emmène, si elle veut venir. Sinon Sticky Fingers des Rolling Stones, Le Dernier Tango à Paris de Bertolucci, et une Fender Telecaster.

 

Entretien mené par Laurent

 

LIEN :

 

http://www.mikerimbaud.com/index.html 

 

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