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Moondogie Ferguson - It Was Now (2006)

par lou 8 Septembre 2011, 09:01

FOLK

 

 

Moondogie Ferguson - It Was Now (2006)

Kangourou Blues

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/300x300/32828895.jpgÉcran blanc. BD à l'encre sympathique, acteurs figés d'avance. Communiquant par transmission de pensée. Action réduite, scénario linéaire. Pas envie de parler, pas besoin d'avancer plus. Devant, il y a un grand gouffre. Derrière, tant de chemin parcouru, en vain. J'ai passé beaucoup de temps à ruminer, dans une petite pièce bien close. La fenêtre était obturée par du carton, et j'attendais une bonne nouvelle. Par la poste, un jour de grève. Le courrier s'est certainement perdu. Problèmes d'affranchissement. C'est ce qu'on se dit, en se levant du vieux canapé briseur de dos. Qui inventera la bande son de ces moments coupants ? Qui nous pondra le meilleur album d'été pourri depuis, au moins, Berlin ? Un de ces disques remixés façon orties, à manipuler avec des gants. Les jardins publics, pour la déprime, sont les pires endroits du monde. On y cultive une impression de salubrité. Voyager dans son inconfort personnel, par contre, limite les frais. Parce que si vous devez aller en Australie...

 

C'est là que perche un certain Moondogie Ferguson, auteur de trois albums disséminés comme des feuilles mortes. Sans seulement se donner la peine d'une logique. Le mec s'installe dans votre salon, et il chante. J'ai eu le bol d'attraper son It Was Now de 2006. Quand je dis «attraper», c'est dans le sens gencives du mot. Comme on reçoit un semi-remorque ou une charrue, balancés sur vos godasses par une main bienveillante. Et on remercie (encore Sylvain) la providence, pour tant de bienfaits. Mais mon Lou veille, il a peur que je lui saborde la chronique. Il veut des faits précis. Tu la vends ta camelote, me hurle-t-il en breton. Moonmachin, il a quoi à fourguer ? Le support de tes délires post-traumatiques c'est bien gentil, mais on te connait. Tu broierais du noir pendant une fête foraine. Oh la belle phrase, que je note tout de suite.

 

Effectivement, Moondogie Ferguson est là pour ça. Vous payer une mousse, et vous emmener ailleurs. Là où ça braille pas, là où son mélange (délicat et salement casse gueule) de Léonard Cohen, de guitare fuzz, et de lucidité amère, a enfin une utilité, un sens. Quand la grande roue est arrêtée, que l'odeur de graillon (infâme) stagne. Il reste la dignité, et l'impression de revenir de si loin. Au Moyen Age on brulait les gauchers, les rouquins, les sorciers. Moondogie Fergusson est un troubadour acide, un dealer de malaise latent, un forcené de l'expression sous la peau. Volets fermés sur une chaude journée, rien à faire. Attendre. Messie du quartier indifférent. Hannibal franchissait les Alpes avec des éléphants. Demain, vous ferez mieux. Demain c'est simplement si loin. Allez expliquer ça dans un camping, à l'heure des merguez. Musique pour se tapisser l'intérieur. Infiniment. Soixante-seize minutes prises sur votre compte émotionnel. Tout en longs morceaux, soucieux de convaincre. Expérience d'immersion totale.

Laurent

 

LIEN :

It Was Now (Last FM)

I

 

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