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Moving Gelatine Plates - Entretien avec Didier Thibault

par lou 27 Septembre 2011, 21:19

Underground Français

 

Moving Gelatines Plates

 

Entretien avec Didier Thibault

http://www.dodaj.rs/f/1I/gS/3PUS8Mq3/moving-gelatine-plates1.jpg

Dans la grande cause du pop en France, les Moving Gelatine Plates ont tout du parcours atypique. Une relative discrétion auprès des médias, et pour autant une signature sur une major, ce qui n’était point évident pour un groupe de pop français. Surtout, le combo emmené par Didier Thibault explorait une musique totalement originale, naviguant dans les sphères de la Canterbury Music, savant croisement entre les excentricités Zappaïennes et le Jazz Rock déstructuré des premiers Soft Machine. Autant d’influences plus que flatteuses mais qu’il ne faut néanmoins pas prendre au pied de la lettre, tant la musique gravée sur les deux premiers opus est toute personnelle et terriblement envoûtante, aussi bien au niveau de la technicité que de la composition. Après une première séparation au cours des seventies, le groupe est réapparu au début des années 80, et finalement c’est au sein d’un nouveau projet, Laborator, que l’on a pu retrouver Didier Thibault, guitariste de son état qui continue à faire vivre sa passion pour la pop music et l’héritage au combien indéniable pour la cause du pop de la musique des Moving Gelatine Plates. Retour sur 40 ans de carrière.


F : Bonjour Didier et merci d’avoir accepté cette entrevue. On reste surpris de notre côté de ne pas trouver grande presse sur le net au sujet de la carrière de l’une des formations françaises les plus originales et créatives que la pop nous ait octroyée. Dans les anthologies du rock français, on ne parle jamais de vous (hormis l’excellent « L’underground français »), toujours des mêmes groupes, aucune frustration ? Y avait-il du soutien dans les médias ?

 

Didier Thibault : Tout d’abord, merci pour les compliments quant à l’originalité et à la créativité. Si l’on peut regretter une certaine « sous-médiatisation » de MGP, tant à l’époque qu’aujourd’hui, nous devons admettre que notre côté volontairement marginal, idéologiquement parlant, a permis de privilégier les côtés artistiques du groupe. Dans les années 70, la plupart des groupes véhiculait, outre la musique, des messages politiques et de société. Notre approche purement musicale intéressait moins les médias.


F : Comment vous êtes-vous rencontré et quelle fut la genèse du groupe, dans ce climat d’explosion sociale ? Comment avez-vous opté pour ce patronyme ?


D.T ; Gérard Bertram et moi, nous nous sommes rencontrés au lycée, en classe de 4e, en 1966, à l’âge de 14 ans. Nous avons d’abord fait de nombreuses reprises : Jimi Hendrix, Beatles, Stones… Puis nous avons été très vite attirés par Frank Zappa, Soft Machine, Pink Floyd, King Krimson… Moving Gelatine Plates a vu le jour en 1968. Il est certain que nous étions dans cette mouvance explosive. Mais nous étions plus des défenseurs de l’art pour l’art que d’une cause politique. Cela a guère changé, d’ailleurs. Nous sommes plus tournés vers des valeurs humanistes que des causes politicardes. Le nom est tiré d’un roman de Steinbeck (Travels with Charley in search of America), découvert par Michel Coulon (premier batteur de MGP, décédé récemment) lors d’un cours d’Anglais.


http://1.bp.blogspot.com/_l2FFgW8KVL0/S91Hh4QGOyI/AAAAAAAACCg/YhVcUDTkrEw/s1600/Senza+nome.bmpF : On commence à connaître le parcours ardu qu’ont dû explorer les groupes de pop français avant de pouvoir signer et enregistrer. Petit boulot, beaucoup de km pour jouer dans des conditions parfois grotesques, un public pas toujours acquis, difficultés matérielles là où les groupes anglo-saxons par exemple disposaient d’une structure professionnelle. Quels souvenirs en gardez-vous ?


D.T : En ce qui concerne le disque, CBS nous avait proposé très tôt de signer. Mais nous refusions les « majors », prétextant la peur d’une récupération commerciale. Hélas, notre premier contrat, très marginal, nous a prouvé par la suite qu’un minimum de moyens était nécessaire pour survivre. Claude Rousseau, notre premier producteur (organisateur du festival du Bourget avec Pink Floyd… et de Biot avec Zappa…) était un artiste aux idées excellentes, mais hélas un gestionnaire très limité. Quant aux groupes anglo-saxons, notre passage à l’Olympia en première partie d’East of Eden a montré que les moyens ne suffisaient pas, car la presse nous a été bien plus favorable… Et pourtant, ces « charmants » British avaient saboté notre balance pendant que nous dînions avant le concert…


F : Au gré de vos deux albums, le groupe tisse une musique originale et complexe, empruntant autant au Soft Machine qu’à Zappa ou encore aux Floyd. Êtes-vous d’accord avec ces références, et sinon quelles furent vos influences musicales ? Quelle connexion le groupe avait d'une part avec la scène Canterbury /RIO et d'autre part avec la scène "prog" française ?


D.T : Comme avait dit R & F à l’époque : « on dit leur musique originale, mais ce n’est qu’un compromis de Pink Floyd, Soft Machine et Frank Zappa ». Nous avions pris ça pour un éloge ! Les références auraient pu être pires… Je serais curieux de savoir aujourd’hui les références que ce journaliste évoquerait à propos du dernier album « Removing » paru en 2006 ! Nous entretenions de bonnes relations avec d’autres groupes français (Ame Son, Magma, Gong, Triangle, Total Issue…) et il n’était pas rare que l’on se prête du matériel lors de festivals.


F : Mai 1968, festival annulé ou politisé, le front de libération du rock mené par des groupes tels Red Noise ou Komintern, la pop française a toujours entretenue un lien étroit avec le politique. Où se situaient les Moving Gelatine Plates ?


D.T : Comme j’ai dit précédemment, ce n’était pas notre préoccupation majeure. Nous étions contestataires, sans être pour autant militants. Nous étions unanimes pour rejeter la récupération faite par les partis politiques. Nous étions certainement en avance, comme certains l’affirment concernant notre musique, car depuis 40 ans, la situation n’a fait qu’empirer ! Le monde politique reste celui de la corruption et du profit. Nous étions plus proches des thèses anarchistes, mais contre la violence. Nous défendions plus des principes, comme la liberté d’expression et la solidarité, que l’adhésion à des partis plus ou moins compromis... Nous avons toujours refusé les concessions, qu’elles soient politiques ou commerciales.


F : Après des passages remarqués au festival du Bourget et à Biot, vous signez pour deux LPs sur la firme CBS. Comment cela s’est-il passé ? Et étiez-vous satisfait du résultat ?


D.T : Nous avons eu, contrairement à nos craintes, une totale liberté artistique. Nous le devons à Claude Delcloo, notre producteur-directeur artistique, qui était également un artiste (batteur de jazz, entre autres avec le « Fool Moon Ensemble ». Nous regrettons d’ailleurs qu’il ne soit plus parmi nous aujourd’hui.


http://ring.cdandlp.com/londonbus/photo_grande/114876085.jpgF : Votre seul et unique single présente deux inédits. Ils étaient destinés à un futur album ? Pourquoi ne pas avoir inclus ces deux titres sur la réédition CD des albums ? Et existe-t-il du matériel non utilisé des sessions des 2 premiers albums ?


D.T : Cette question comprend une vraie information, et une fausse. Les deux titres du single, « Cauchemar » & « Funny doll », se trouvent sur le second album « The World of Genius Hans ». Le single est sorti deux mois avant l’album, ceci afin de bénéficier d’une double promo radio et TV. Hélas, si le 45t a été envoyé, l’album a été oublié… Il n’existe rien d’inédit. Seule une émission de radio disponible à l’INA (du 26/05/1972), avec une version live de « The World of Genius Hans », scindé en deux, car j’avais cassé une corde de basse au milieu.


F : Le groupe a-t-il tourné à l'étranger, et les albums se sont-ils vendus hors de nos frontières ?


D.T : Peu de concerts à l’étranger. L’Europe de l’époque rendait les formalités administratives compliquées. Nous avons vendu des disques en Hollande et en Allemagne principalement. Mais c’est l’occasion de remercier Muséa, grâce à qui les disques ont été réédités en Cds. Ces derniers se sont vendus de manière plus conséquente à l’étranger, et en particulier aux Etats-Unis. De même que le dernier album, issu de la reformation.


F : Quels sont les souvenirs en particulier Didier que vous gardez de cette époque ?


D.T : Artistiquement, on ne peut que garder de bons souvenirs des années 70, avec cette diversité dans la créativité. L’imagination primait sur la technique et la spontanéité était de mise. Pour ce qui est des médias, on pensait que cette musique méritait plus de place. On se rend compte aujourd’hui que la situation n’a pas évolué favorablement…


F : Êtes-vous surpris que vos albums soient devenus "cultes" et se vendent à prix d'or ?


D.T : On ne l’imaginait pas lorsque nous les avons réalisés. C’est donc une bonne surprise. Ce qui l’est moins, c’est la situation du disque aujourd’hui, et de ce type de musique en particulier. Quand je pense que Mai 68 était en autres choses un combat contre la société de consommation, et qu’aujourd’hui la musique est devenue un produit jetable ! J’ose espérer que « l’objet » disque ne disparaîtra pas, en dépit de ce que certains disent. Ce qui est regrettable, c’est que la notion de « culte », comme tu dis, apparaisse 40 ans plus tard ! A l’époque, nous aurions aimé bénéficier de plus de concerts et de promotion. De ce côté-là, nous rencontrons aujourd’hui les mêmes difficultés avec « LABORATOR ».


F : Comment s'est opérée la transition pour le troisième album ? Il est beaucoup plus commercial, chanté en français, cette orientation faisait-elle l'unanimité ?


D.T : Musicalement, l’esprit était très proche des deux premiers. La seule erreur a été d’obéir au producteur qui nous a imposé plus de parties chantées, et en Français de surcroît. Ce qui avait des couleurs Robert Wyatt au départ s’est mis à sonner Patrick Juvet (je cite une critique…). Mais les thèmes étaient plus développés que dans les deux premiers albums.


http://paris70.free.fr/moving-gelatine-plates2.gifF : Qu’avez-vous fais entre le second et troisième album ? Etes-vous resté dans la musique, participé à d’autres projets musicaux ?


D.T : Juste après MGP, j’ai rejoint Gong dans une nouvelle formation, avec Steve Hillage à la guitare, Pierre Moelern à la batterie et Tim Bake aux claviers. Mais je ne les ai pas suivis lors de leur départ pour l’Angleterre, m’attelant déjà à la reformation de MGP. Avec Bruno Tocanne (batterie) et Laurent Cugny (clavier), nous avons monté le groupe « Yasmina ». Mais c’était trop « jazz » pour moi. J’ai fait des concerts en solo, et composé des musiques de pub. Ceci m’a permis de monter mon studio et de vivre de la musique.


F : Quelle est la genèse de la reformation des années 2000 et du nouvel LP ? Et quelle actualité à ce jour ?


D.T : La formule 2000 de MGP est le fruit de retrouvailles et de rencontres avec des gens très motivés pour continuer l’histoire. Maxime Goëtz à la guitare ainsi qu’Anton Yakovleff au violoncelle, vieux complices du temps de Yasmina, Jean Rubert aux cuivres, déjà dans Moving en 1980. Julien Taupin au violon, Eric Hervé à la batterie, que j’ai rencontré dans le « Procédé Guimard Delaunay », et Stéphane Lemaire aux claviers. Mais tourner à 7 n’est pas évident, et les concerts étaient rares. L’expérience a cependant été très enrichissante, et je pense que l’album reflète bien l’esprit MGP. Eric, Stéphane et moi avons décidé de continuer l’aventure ensemble et de fonder le trio « LABORATOR ». L’efficacité à trois est plus évidente. Plus d’énergie et des prises de décisions plus rapides. Par contre, la quantité de matériel a augmenté… Nous venons de terminer l’album et sa sortie aura lieu le 14 octobre à Sartrouville, lors d’un concert à l’Espace Gérard Philipe, à 21h.


F : Sur Removing, vous reprenez un ancien morceau de 1970, joué notamment au festival du Bourget qui vous a révélé. Une façon de boucler la boucle ?


D.T : Ce titre « Like a flower » est l’un des premiers composés pour MGP. C’était surtout un morceau de scène, à l’époque. Principalement du fait qu’il y avait de grandes improvisations. Je trouvais dommage de ne pas avoir gravé ce thème, et l’apport des cordes l’a valorisé. Dire que la boucle est bouclée n’est pas du tout dans mon esprit. Bien sûr, les débuts de MGP peuvent inciter à une certaine nostalgie, mais je préfère me tourner vers l’avenir et créer de nouvelles opportunités.


F : Pour finir, que pense Didier Thibault du monde qui nous entoure ? Espoir, morosité ou nostalgie ?


D.T : Espoir, certainement. Nostalgie, bien sûr, mais pour mieux tirer parti des expériences passées. Morosité, pas du tout. Plutôt de la colère, oui ! Entre autres concernant les droits d’auteur et la situation difficile dans laquelle vont se trouver dans un proche avenir les musiciens, comme tous les créateurs du reste. Du jour où les « œuvres » ont été qualifiées de « produits », et traitées de la sorte, la création a pris un sacré coup. Le monde qui nous entoure reflète la même image, à l’heure où les « usagers » deviennent des « clients ». Les raisons ne manquent pas de se révolter… A quand le retour de Red Noise et de Komintern ?


F : Ce que l’on a oublié de vous demander ?

D.T : Nos projets, bien sûr ! Nous espérons faire de nombreux concerts avec le groupe Laborator. Vos offres sont les bienvenues. N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse laborator@orange.fr. Vous pouvez aussi consulter myspace.com/laborator, et entendre des extraits de l’album, avec un peu de chance car myspace semble être en perdition…

http://a1.l3-images.myspacecdn.com/images02/16/def2853dc5324a1b832a120cedaf46b4/l.jpgLaborator

 

Entretien mené par Boosty, Laurent et Lou

 

LIEN :

Music

 

Photos tiré de l'excellent site Paris70.free

Photo de Laborator tiré du Myspace.

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