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Néo Psych : The Telescopes - Janus

par lou 21 Mars 2013, 10:14

NEO PSYCH

 

THE TELESCOPES

 

Janus

http://artefactosteste.files.wordpress.com/2012/09/telescopes.jpg

En 1989 je gagnais ma pauvre vie en tant qu'intérimaire. Dans une fromagerie. Job imbécile et épuisant, semblant avoir été conçu principalement pour lessiver son monde. Dans une ambiance étouffante, nous ressortions gluants de sueur puante, avec les cheveux façon Bart Simpson. Autant vous dire que la sociologie rock and rollienne n'avait, dans cette univers de rentabilité à  court terme, aucun droit de parole. L'idole de la majorité ressemblant atrocement à un karatéka belge. Coté musique branchée, les Shoegazers étaient le grand truc du moment. Ces anglais étirant leurs morceaux bruyants, tous en regardant fixement par terre. Ride ou My Bloody Valentine excitaient les Inrockuptibles comme pas possible. Et moi pas du tout. Élevé à White Light White Heat,  je trouvais bien peu de substance dans ce boucan de gentils étudiants. Le premier Jesus And Mary Chain avait fait un tour rapide sur mon antique platine, avant d’être recalé pour manque de crédibilité. A 24 ans, j'avais encore des choses à apprendre. Trop pour m'emmerder avec des plaisanteries promises à durer six mois. Sauf que presque un quart de siècle plus tard, le truc est devenu une sacrée référence. Et que le nom des Telescopes surgit brusquement.

 Qui ça  ?

http://notedetengas.es/wp-content/uploads/2012/05/cover.jpgAlors la, je suis formel, jamais entendu parler à l'époque. Ceci dit l'album est de 1992, alors que la vague du je-mate-mes-pompes était passé de mode. Et que toutes les attentions se portaient sur le grunge. Étiquette ridicule, pour des gens d'une effrayante banalité. Dans mon bled, les fans de Sepultura écoutaient aussi Nirvana. Voila des gens qui avaient tout compris. On tape donc Telescopes+Taste sur Gogol.  Pour encaisser  un dossier, à faire fuir n'importe qui d'un peu méfiant. En gros, «grand groupe maudit», «couleur noire», «son crasseux», «génies méconnus», une flopée comme ça.  La grande mafia branchée voudrait (une fois de plus) nous fourguer un nanard minable, qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. Une écoute va vous dégonfler la baudruche. Et en vitesse.

 

 

 

 

 

Il  y avait l'avant.

Avant de cliquer sur le lien audio. Sûrement ce qui a détruit les enceintes de mon ordinateur. Démolies, foutues, elle sont.

Et il y a l’après.

Moi, à me repasser Taste, sans rien comprendre.  Et finalement pas étonné du silence coupable de la presse collabo. Comment voulez vous seulement ENVISAGER d'exposer votre lectorat, fidèle mais vite effarouché, à la plus belle bande de sauvages que l'Angleterre ait vomi, depuis le premier Damned. Sonic Youth pouvait toujours s'abriter derrière ses grands airs culturels, quelque part on était rassuré. Restons entre gens de bon goût.  Mais les Telescopes, rien. Nada, Que du tesson de bouteille en plein front. Et d'abord, c'est quoi ce chanteur hystérique ? Et ces guitares remixées Orange Mécanique ? Sans compter qu'ils savaient composer, les saligauds. Chaque chanson fait une bras d'honneur à la précédente. Lui tire une bourre au napalm.  Sans jamais baver, même dans les plus intenses moments de soudure à l'arc en ciel.  Bon, les bonus live sont un peu gonflants j'admets. Tenant plus du festin cannibale (option la barbaque va refroidir) que du tranchage de ciboulot bien net. Mais j'aimerais bien savoir qui est ce Richard Formby (le producteur) ayant réussi l'exploit de canaliser tout ce magma sur une console. D'en avoir tiré ces lames de cutter, farcies de crème anglaise.

Du coup, on profite d'un sens mélodique énorme. Je  parierais que les morceaux sonnent aussi bien sur une douze cordes banalement non amplifiée. Et on vient, logiquement, à imaginer le rendu, une fois la brûlure électrique nettoyée.  Vous croyez aux  miracles ? Du genre l'album perdu des Telescopes, ressorti du placard par des gens sympas ? Untitled Second  n'avait pas le choix. Il fallait surprendre, au bon sens du terme. Et que peut faire un groupe, quand son premier disque a été un bide, et que le turbin minable repointe son nez ? S'éclater dans une gerbe lumineuse, s'envoyer dans le décor une bonne fois. De toute façon seule la médiocrité (Oasis ou The Verve)  gagne à la fin.

http://media.tumblr.com/tumblr_lho93hgz5i1qacz4i.jpgC'est comme ça, Bon, ce second Telescopes est génial, vous devez l'acheter. Voili voilou. Il vous faut des arguments ? Bande de méfiants. Donc la gangue de fer a été virée, on touche au cœur. Son marqué d'acoustique, belles harmonies, jardin d’Éden parfumé et délicat. Il y a un milliard 'années entres les deux albums. Encore plus qu'entre le second et le troisième Velvet Underground. Untitled Second avance la nuque cassée, en grand convalescent. Soleil pâle et froid, illusions parties vivre leur vie ailleurs.  Au bivouac, on compte les morts. La pochette de Taste révélait un groupe toisant l'objectif, sur de sa force. Celle du deuxième fait dans la sobriété.  Dominante noire, avec des visages douloureux. Ici on souffre. Le son est devenu tatillon, mélange de guitares sèches et de venin lancinant. Comme on en avait pas entendu depuis Big Star. Restons entre damnés, ça facilite la vie quotidienne. Attention, ne pas chercher une quelconque clairvoyance power pop, on se frotte à du papier de verre. Même en piquant le riff de Purple Haze, ils font quelque chose d'intense, un genre de tatouage sur l'épiderme le plus sensible. Que d'application dans l'exorcisme. Avec des accords étranges, presque discrets. Semblant tout ramener à une forme d'immobilisme prudent. Rappelant ces moments de la vie où on est certain de se casser la gueule. Et où le pas ralentit. Je pourrais parler de ce disque jusqu'à demain, sans pour autant gagner personne à ma (juste) cause, tant il échappe à tous les radars. Comme le suicide, la cocaïne ou le roquefort, tant qu'on pas sauté le pas, on tourne en rond à argumenter. Si vous aimez les cas d'école, si la vie vous gonfle au delà de tout. Si vous l'écoutiez,  tout simplement.

Laurent

 

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