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Néo Pyschedelia : Cosmic Trip Machine - Voyage dans l'espace temps.

par lou 12 Avril 2010, 17:32

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Le duo Cosmic Trip Machine fait partie de ces groupes, qui devant la frilosité des maisons de disques et le contexte musical, ont choisi de s’offrir la liberté artistique de l’underground. De celle qui permet aux âmes musicales de se construire sereinement, avec les moyens du bord, pour offrir leurs propres visions de la musique, sans contrainte si ce n’est le plaisir de triturer leurs instruments dans la direction désirée. Connu suite à leur magnifique premier essai proposé gratuitement en téléchargement sur le net, que de nombreux blogs décents reprendront à leur compte, le duo enregistre il y a quelques mois un nouvel effort, qui se veut une bande sonore déjantée d’un film de série B que l’on peut aisément située dans le temps. Après un passage dans l’un des festivals les plus intéressants de notre époque, le Yellowstock (à Geel en Belgique), le groupe produit une cassette de ces enregistrements, qui se vend très facilement sous le manteau. Suffisamment pour qu’enfin un label s’intéresse à nos gaillards, et sorte ce Vampyros Lesbos bourré de référence, mais suffisamment original pour que Fuzzine s’intéresse à ce duo nourri de bonnes vibrations sixties !

 

Fuzzine : Pourquoi avoir appelé votre dernier album Vampyros Roussos ? On pense évidemment au film de Jess Franco…

Will Z. : Ce titre résulte de notre amour pour Démis Roussos et les films de série B.

Majnun : Nous avons été marqués par l'esprit de Vampyros Lesbos, aussi bien du point de vue visuel que musical, avec cette façon abrupte de passer de la beauté au mauvais goût absolu.


F : Le cinéma justement. Votre album est construit sur une succession de morceaux qui s’enchevêtrent les uns dans les autres à la manière d’une bande-son d’un road movie érotico horrifico déglingué. C’est très frappant, et on se doute que c’est l’effet recherché. Expliquez-nous un peu cette passion pour le cinéma, et plus particulièrement pour ces films de série B sortis dans les années 60.

Majnun : Le cinéma de série B, ou de genre, est par essence plus transgressif, plus audacieux que le cinéma traditionnel, issu du circuit des gros studios. Les faibles coûts de production, permettant presque toujours de rentrer dans ses frais, pouvaient donner aux réalisateurs une certaine liberté et leur permettre de faire passer des idées ou des concepts interdits ailleurs ; tout cela dans le cadre malgré tout bassement mercantile de l'exploitation. Un paradoxe intéressant. Les délires visuels, le rythme parfois aléatoire et les prestations en roue libre des comédiens sont aussi des éléments qui nous ont séduit dans le cinéma de genre. 


F : À l’écoute de l’album, on est vraiment intrigué par l’effet visuel des morceaux. Je veux dire par là que chaque morceau exprime une scène, et le tout s’écoute comme une entité dans sa globalité. Pendant l’enregistrement, êtes-vous partis d’un scénario de base, ou avez-vous construit ce scénario en fonction des parties musicales qui vous venaient à l’esprit ?

Will Z. : Majnun a écrit, en 2003, un scénario hommage à Vampyros Lesbos sur lequel nous nous sommes basés pour composer les morceaux. Nous avions initialement prévu de réaliser le film puis de le mettre en ligne, mais, faute de budget, de temps et d’acteurs, nous avons abandonné ce projet. Restait l’idée de réaliser une bande-son fictive. Nous avons enregistré une première démo, en une journée, et, comme le résultat était amusant, nous avons, un an plus tard, décidé de donner une suite au scénario original en parodiant l’intrigue et les morceaux d’un opéra rock très pompeux que nous jouions avec notre groupe de l’époque.


F : Parlez-nous un peu de ce scénario.

 Majnun : Ce scénario utilisait le prétexte d'une intrigue hommage à Vampyros Lesbos pour faire passer des choses inconcevables à l'écran, avec un humour complètement régressif, un côté rien à foutre et un esprit totalement potache. Au final, heureusement que rien n'a été tourné !


F : Comment faites-vous sur scène pour reproduire l’impact cinématographique de votre album en sachant que ce dernier est une entité et qu’il n’est pas composé de singles potentiels ? 

Will Z. : Depuis le début de Cosmic Trip Machine, nous voyons nos concerts et nos enregistrements comme deux projets distincts. Quand Lord Space Devil, plutôt acid-folk, est sorti, nous avons mis en place un set heavy et progressif, autour de longues pièces (du matériel que l’on retrouvera partiellement sur notre futur troisième album). Peu après l’enregistrement de Vampyros Roussos, essentiellement électrique, nous avons majoritairement tourné avec une formule acoustique. Cela nous permet, tout d’abord, de ne pas lasser l’auditeur - d’un concert à l’autre, les spectateurs ne savent jamais à quoi s’attendre – et, ensuite, d’avoir une démarche sixties en mélangeant les styles - à l’époque, l’amateur de psyché aimait la soul, le jazz, le garage, le folk…  

Majnun : ... ainsi que le heavy blues, le hard naissant ou la musique indienne. Nous avons toujours voulu faire évoluer nos morceaux entre le studio et la scène, que ce soit via les arrangements ou l'improvisation. Rejouer à l'identique ce que l'on a déjà fait est dénué d'intérêt.  http://www.cosmictripmachine.be/index.php?option=com_ponygallery&func=watermark&id=201&Itemid=69

F : Il y a une vraie richesse dans les ambiances développées, jouant par-ci un gimmick funk pour passer à un morceau limite garage, puis s’envelopper par-là dans un folk rock acide pour rebondir sur un rock nerveux. Quels disques sont passés sur la platine au moment de l’enregistrement de votre second album ?

Will Z. : Notre but était de s’essayer à tous les styles musicaux que nous aimons et c’est pourquoi le format « bande-son » nous a semblé le meilleur pour pouvoir toucher à tout. Les musiques de film qui nous ont le plus influencé pour Vampyros Roussos sont (en-dehors de Vampyros Lesbos bien entendu) Psych-Out, Beyond the Valley of The Dolls, The Wicker Man, Suspiria, Carnival of Souls et More.

Majnun : Sinon, pour autant que je m'en souvienne, nous écoutions notamment Space Hymns de Ramases, Inner Mounting Flame du Mahavishnu Orchestra, Atom Heart Mother de Pink Floyd, et Chunga's Revenge de Zappa, durant les sessions. 


F : Le fait de jouer en duo n’est-il pas un frein à la création ? Vampyros Roussos fourmille de trouvailles sonores, le fait d’intégrer d’autres musicos ne vous permettrait-il pas d’épaissir le son ?

Will Z. : Le problème est de trouver des musiciens intéressés par notre projet et ça, ça ne court pas les rues. Le batteur qui joue sur Vampyros, aussi excellent soit-il, nous a lâchés pour faire de la variété parce que le psyché ne nourrit malheureusement pas son homme. Nous avions l’intention d’ajouter des cuivres sur l’album, mais notre connaissance qui joue du trombone, désireux de nous aider (entre amateurs de Vampyros Lesbos, on se comprend), nous a rapidement fait comprendre que, sans allonger la monnaie, il ne parviendrait jamais à constituer une équipe pour enregistrer les cuivres. Par conséquent, il a fallu ruser : sur Psychedelic Twist, par exemple, j’ai joué les thèmes que les cuivres auraient dû interpréter au sitar et à l’orgue et Majnun a doublé ces lignes à la guitare-sitar pour grossir le son. On en est déjà de notre poche pour l’enregistrement, la production et le pressage, alors si en plus on doit payer des musiciens, autant tout faire nous-mêmes. 

Majnun : C'est triste à dire, mais de nombreux musiciens préfèrent jouer dans les bals, faire des reprises ou de la variété, pour pouvoir dire qu’ils "vivent de la musique", plutôt que de participer à un projet plus personnel. Enfin, chacun a sa propre façon d'"aimer" la musique. 



http://1.bp.blogspot.com/_Uz_w-XoG6Tg/SFV96X3USNI/AAAAAAAAAJs/7otCqZsVCh0/s320/CosmicTripMachine+Front.jpghttp://2.bp.blogspot.com/_oxUYCHSJ9Gs/Sz4b6wli0MI/AAAAAAAAAvY/ESta8x21VEI/s400/cosmic.jpg

        Lord Space Devil (2008, auto prod)                           

                                                                                                         Vampyros Roussos (2009, Clearspot)

 

F : Pour ceux qui vous ont découvert avec Lord Space Devil, la différence est marquante : un premier album très frais né d’improvisations et d’accidents musicaux qui donnent à cet album toute sa dimension psychédélique. Puis vous passez à un album plus élaboré, davantage construit qui, on s’en doute, a dû vous demander une certaine rigueur, un autre processus de création.  À quoi peut-on s’attendre pour la suite ? 

Will Z. : Nous avons rencontré énormément de difficultés en préparant notre troisième album Son of Lord Space Devil, initialement un double LP, finalement réduit de moitié puis rebaptisé The Curse of Lord Space Devil (la malédiction de Lord Space Devil), compte tenu des circonstances. C’était un véritable acharnement du sort : un peu comme si certains morceaux possédaient une force négative propre et refusaient de se laisser enregistrer ! Nous avons tout de même réussi à sauver plusieurs titres électriques et acoustiques du « projet maudit », réarrangé d’autres et composé de nouvelles pièces. The Curse of Lord Space Devil sera centré sur les croyances cosmiques, ésotériques et mystiques de l’Homme. Musicalement, il mélangera le folk psychédélique de Lord Space Devil et le rock débridé de Vampyros Roussos, tout en essayant de marquer une évolution par rapport aux deux premiers opus - les morceaux électriques s’allongeront et des drones soutiendront une grande partie de l’album. 


F : Au moment où le monde marche sur la tête à grand coup de valeur boursière et de dollars, que la mode est au garage bon chic bon genre, à la posture et au consumérisme dégoulinant, comment peut-on se permettre de jouer une telle musique piochant autant dans les nanars cinématographiques des années soixante que dans les obscurités psychédéliques ? 

Majnun : Il faut s'en donner les moyens. Nous préférons nous consacrer à ce que nous aimons et à le développer, avec application, respect et passion, en ayant un boulot à côté, et ainsi ne pas avoir à faire de compromis pour "quelques dollars de plus". 


F : Comment êtes-vous parvenus à dénicher un label, et quelles sont les relations avec celui-ci ? 

Will Z. : Notre album est d’abord sorti en version cassette collector chez Sloowtapes. Cette collaboration nous a ouvert des portes et apporté plusieurs bonnes critiques. Quelques mois plus tard, des responsables de Record Heaven - nous avons joué au Yellowstock festival en compagnie de leur groupe « phare » Siena Root - ont accepté de distribuer Vampyros Roussos. Le label a fourni un excellent boulot. Clearspot nous a ensuite contactés pour reprendre le deal et s’occuper de notre promo. Les contacts que nous avons avec eux sont excellents.


F : Lord Space Devil fut mis en téléchargement gratuit sur le net, et c’est comme cela que nombre de mélomanes vous ont découvert. Vous revendiquez cette démarche de mise à disposition de la musique ? 

Will Z. : Le peu de reconnaissance que nous avons nous le devons au téléchargement, alors vous imaginez quelle peut être notre position sur le sujet. Je sais qu’un blog américain a balancé Vampyros Roussos en mp3 sur la toile. Je ne vois pas ça comme une mauvaise chose. Je me dis que c’est un moyen facile pour découvrir l’album, même si la qualité sonore n’est pas optimale. J’ai découvert pas mal de disques grâce au net : tous ceux que j’ai aimés, je les ai achetés par la suite en CDs et/ou en vinyles, preuve que le téléchargement n’est pas incompatible avec le soutien des artistes. 


F : À quoi ressemble le quotidien d'un groupe underground comme Cosmic Trip Machine ? 

Majnun : Connexions quotidiennes avec l'au-delà, castings sauvages dans les hypermarchés et filet américain. 

Will Z. : Parties de Rummikub endiablées et camomilles.  


F : Un truc que j’aurais oublié de vous demander (parce que j’ai torché l’entrevue entre plusieurs bières) ?  

Will Z. : Nous avons parlé de musique (influence principale de Lord Space Devil), de cinéma (ayant inspiré Vampyros Roussos), mais pas de bouquins, or les paroles de The Curse of Lord Space Devil, l’album sur lequel nous bossons actuellement, ont trouvé leur source parmi de nombreux écrits et j’aimerais, entre deux gorgées de houblon, en glisser un mot. L’idée de nous baser sur des textes déjà existants pour les paroles nous est venue après avoir découvert le travail de Juan Arkotxa et Leslie Mackenzie, auteurs dans les années 70 de « Book of Am », une compilation d’écrits philosophiques, superbement illustrés et mis en musique par leur formation acid-folk, Can Am Des Puig, produite par Daevid Allen de Gong. Leur cheminement est unique et passionnant et nous avons souhaité leur rendre hommage. Le fil conducteur du disque était là depuis le début, déjà présent sur la face acoustique du projet perdu Son of Lord Space Devil : une relecture des livres d’Hermès Trismégiste, ouvrage mystique et philosophique rédigé à Alexandrie probablement vers la fin du Ier siècle, pont entre les croyances égyptiennes, grecques et juives, présentant certains points communs avec l’hindouisme. Nous conclurons ainsi la trilogie Lord Space Devil (même si, en réalité, cette fin restera inachevée). En attendant, nous ne pouvons que vous conseiller de vous procurer Vampyros Roussos chez Clearspot (ou d’une autre manière si vos moyens ne vous le permettent vraiment pas). Un grand merci à l’équipe de Fuzzine pour le soutien et l’intérêt !


Entretien mené par Lou

Site :

 

Clearspot : http://www.clear-spot.nl/catalog/view.php?item_id=337331

Site officiel : http://www.cosmictripmachine.be

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