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Nick Kent - Apathy For The Devil

par lou 15 Juin 2012, 10:30

LITTERATURE ROCK

 

Nick Kent - Apathy For The Devil

 

Tout Le Monde Il Est Beau...

http://www.rocksbackpages.com/furniture/writers/kent_nick.jpg21 ans. Première interview avec MC5, la deuxième avec Captain Beefheart. La fusée Rolling Stones attrapée au hasard d'un concert, en 1964. Gaffe à vous, voilà John Bindon.

 

Vous avez dit vocation ?

 

L'Envers du Rock est (et restera) une des plus saisissantes collections de portraits musicaux, sur lequel j'ai posé mes yeux d'éternel duduche, a la stupéfiante capacité asociale. En clair, donnez-moi du pain, de l'eau, de la musique, et je vous fous la paix. Nick Kent, c'est à peu près la même chose. Sauf qu'il est né à la bonne époque, au bon endroit. Et qu'il écrit infiniment bien, lui. Dans son précédent livre, il en délivrait le strict minimum sur sa vie, et surtout son addiction a la dope. Et on aurait bien voulu en savoir un peu plus. Vous pouvez tout à la fois respirer et hurler de frustration, l’arrière-cour s'illumine (façon de parler) enfin. Mais on y sert le thé uniquement. Apathy For The Devil (comme c'est drôle) nous aura fait patienter seize ans. Et, bien sûr, pas question de proposer une traduction. Si vous voulez en savoir plus, va falloir plancher. Bonne nouvelle, l'ensemble est accessible avec un minimum d'anglais scolaire. Reste, bien sûr, cette impression gênante d'en laisser la moitié en chemin. Les anglais appellent ça understatement, tout dans le sous-entendu. L'humour façon Brett Sinclair, en gros.

 

La bonne médecine de Lemmy. Survivre à une tournée avec Led Zep. Accepter d’être passager d'une Ferrari conduite par Keith Richards. Rod Stewart est sympa.

 

 

Trop trop vite/Too Much Too Soon. Ça vous rappelle quelque chose ? 400 pages, dont la moitié sont dévolues à une longue errance partagée entre les shoots, le manque, et la recherche d'un autre squat insalubre. Dans ces conditions, on n’attendra pas un portrait idyllique de gentils hippies, avec des jolies fleurs dans leurs longues chevelures délicatement cradingues. Si votre idéal se résume à une douche et un repas bio, vous allez souffrir. Basiquement, on notera d'abord plusieurs points d'ancrage récurrents. Un axe New York Dolls/Stooges, pour l'influx vital le plus élémentaire. Celui qui vous fait douter de l'utilité terrestre d'une couille sur pattes comme Paul Rodgers. La présence incontournable de Bowie, ensuite. Champion de la synthèse et du sens du vent. Et puis le punk, toujours en ligne de mire. Pour nettoyer les vaisseaux encombrés par le cholestérol progressif. Avec le pub rock en avant garde. Doctor Feelgood méritait vraiment plus de considérations que ce vague dédain.

 

Tentative de meurtre. Freddie Mercury, marchand de vomi. Lester Bangs pour parrain. John Bonham et son sachet. Sulfate d'amphétamine. Les Swankers. La loi s’arrête au camion des Stones.

http://3.bp.blogspot.com/_tziBb3HAU6M/TAd0gnOjmSI/AAAAAAAAAIQ/Vt6dEg-Z3PA/s1600/Apathy.jpg

Le fric, la dope et le pouvoir. Les trois éléments régnants en maitre. Nick Kent raconte. Comment à peu près tout le monde l'a trahi. Ses collègues journalistes, d'abord. Bande de ringards sourds et aveugles. Pas un pour partager son côté Rimbaud sur le sentier des amplis de la guerre. Dur de se fader Slade en interview, quand on rêve de Brian Wilson ou Syd Barrett. Etre condamné à Jethro Tull, les oreilles mangées par l'ennui.

 

Les petits opportunistes, ensuite. John Lydon, qui a tout de suite pris le melon. Malcom Mc Laren, empereur d'une véritable mafia, avec quasi pouvoir de vie de mort. Sur quiconque déplaisait au dogme. Si l'on en croit l'auteur, il a été l’âme musicale des Sex Pistols à leurs débuts.

 

 

Celui qui a transfiguré des brutes épaisses, totalement incultes (Steve Jones) avec ses idées à lui. Avant de se faire jeter, façon sac poubelle. Et de servir d'exutoire, à tout ce que Londres comptait de cinglés. Autant que de défouloir à leurs envies homicides. Sid Vicious, pathétique crétin, n'était qu'un dangereux pantin. Et encore, lui a présenté ses excuses à Nick Kent, pour l'avoir tabassé. Sur ordre, bien sûr. On se prend une sacrée raclée, à parcourir tant d'apocalypse. Bien peu de participants méritant leur rédemption au final. Mick Farren, loyal. Iggy, le vieux compagnon. Joe Strummer, aussi. Ou Jimmy Page (si si) autre survivant d'une machine à broyer. Les tournées de Led Zep étaient des partouzes ambulantes uniquement régies par la violence et les rails dans le nez. Et on ne discutait pas avec Peter Grant. Pas plus qu'avec son idée (poudreuse) de la loyauté. Autant pour ceux qui voient, encore, les années soixante-dix comme le règne de l'esprit communautaire et du Larzac. La génération MTV est aussi travaillée à la machette. Voici venu le temps de gober ET de passer à la caisse. Enfin quelqu'un qui ose remettre Dire Sraits à sa juste place. Celui d'un petit épicier rusé, voulant se faire passer pour le nouveau messie.

 

Le casse-croute de Richard Betts. Keith Moon par la fenêtre. Richard Cole vous aurait tué sans remords aucun. Swankers c'est un jeu de mots foireux, mélange de «cygne» et de «branleur». Un crétin s'est pissé dessus pendant son audition. Dites à Clapton de se débrouiller tout seul.

 

 

Au final, nous enseigne Nick Kent la réconciliation avec son père, peu de temps avant le grand départ de celui-ci, l'aura aidé à se retrouver en tant qu’être humain censé. Et son talent d'écriture lui est revenu en planchant sur Jerry Lee Lewis. Autre maniaque, lui aussi presque entièrement carbonisé par les flammes de l'enfer et du rock. Soyons juste, un livre qui taille un aussi joli costume aux atroces Queen, avec une telle économie de moyens, mérite votre attention. Sans compter (petits curieux) que vous saurez, enfin, pourquoi James Osterberg aurait fait une belle carrière de pompier.

Laurent

 

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