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On The Road Again : Climax - The Witch - Brain Police

par lou 1 Décembre 2009, 17:38

Rendons au téléchargement illégal ce qui lui revient. De cette formidable capacité à accéder à un large réseau culturel qui dépasse nos simples frontières, et ce, de manière simplifiée et accessible au plus grand nombre. Pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de claquer leurs thunes dans le domaine culturel, qui ont déjà du mal à bouffer, et qui s’offrent pour seul resto trimestriel la cafétéria du casino du coin. Ba ouais, tout le monde n’est pas le fils de.

La toile est, pour le mélomane curieux, une immensité de découvertes. Bootlegs, pressages privés sortis à 50 exemplaires, groupes obscurs sortis d’on ne sait où, chaque jour offre son lot de surprises. Quand les « grands médias » nous vendent du rock US ou anglais à la pelle, piochant constamment avec un certain abrutissement dans un cercle fermé où l’on retrouve les Beatles et consorts dans de nouvelles rééditions remastérisées qui vous permettent d’entendre la moindre fausse note à des km à la ronde, vous rabâchant les oreilles et les neurones avec dix milles versions d’un Hey Jude à vomir sa bile, nous, à Fuzzine, préférons vous parler de ces groupes obscurs, qui le temps d’un album, d’un single, ont mis leurs tripes dans leurs musiques, pour le plus grand plaisir de nos ouïes.

Aussi nous a-t-il semblé pertinent (ou tout simplement avons-nous eu envie) d’explorer les vestiges d’un rock perdu, qui de la cordillère des Andes en passant par la muraille de Chine, après avoir traversé une bouteille de gnole à la main les grands espaces africains, n’ont de cesse de nous surprendre. Heavy rock, afrobeat, rock contestataire, politisé, cette rubrique reviendra à chaque numéro, à travers l’histoire de trois groupes (Sud-Américain, Africain, Asiatique).

Rubrique qui n’aurait pas pu se faire sans nos amis Tarkus, Sylvain, Pascal ou Thibaut, qui prennent un plaisir non feint à nous faire découvrir leur coup de cœur exotiques. Vestiges qui sans le téléchargement illégal, auraient continué à brasser des dollars sur les plateformes virtuelles entre gens de bonne compagnie, dernier témoignage d’une culture élitiste que l’on s’empresse dans ses pages à rendre le plus accessible possible. À ceux qui voudront bien y prêter une oreille !

 

Continent Sud Américain – Amérique Centrale :

Climax (Bolivie)

Autant vous le dire de suite, il s’agit d’un des plus obscurs combos de la scène psychédélique sud-américaine. Originaire de la capitale bolivienne, La Paz, le groupe se forme en 1969 et s’exerce dans un premier temps sur des reprises de feu, moulinant un Born To Be Wild d’anthologie, rien de plus. Sunshine Of Your Love des Cream, Fire du Jimi Hendrix Experience sont également au programme, déluge de blues rock acidulés qui font honneur aux originaux.

Le son du groupe combine un excellent jeu de guitare, empli de wha wha et dégoulinant de fuzz, et une rythmique subtile et aventureuse teintée de samba. Un premier EP voit le jour en 69, puis un second en 1970 où, après quelques séances dans les studios Discolandia de La Paz, le groupe s’envole sur une nouvelle version encore plus délirante de Born To Be Wild. On retrouve à ses côtés 3 compositions personnelles, The Seeker, El Abrigo Cafe De Piel De Gallina et l’excellent Ritmo De La Vida, dans lesquels les gars signent un son totalement original, triturant un blues au swing imparable.

Gros succès en Bolivie. Le combo part ensuite tourné en Argentine et aux States, à la recherche d’un public plus conséquent, trois ans durant. Avant de se poser pour y graver leur unique album, Gusano Mecanico (1974). Les morceaux se font plus longs, moins immédiats à l’oreille, mais arpentent des sonorités tortueuses dans la pure ligne du progressif. Structuré en 6 morceaux, Gusano Mecanico se veut un concept album où l’on retrouve la particularité du combo en matière de percussions, bien loin des clichés Santanesque. Ici, le jeu de percu' est inventif et donne l’échange aux stridences du guitariste, qui part dans de somptueux délires électriques, le tout dans un furieux magma sonore. Les contretemps opérés par la section rythmique renvoient en un certain sens aux glorieuses années du jazz rock, mais conservent cette énergie des débuts qui rapprochent les Climax de la scène heavy.

Sorti sur le label bolivien Lyra, Gusano Mecanico est un gros collector quasiment introuvable de nos jours. Autant se précipiter sur l’excellente réédition allemande World In Sound, qui en plus de reprendre la somptueuse pochette d’origine (et inspiré par l’un des dessins de M.C. Escher) propose un EP 4 titres identique au second EP de 1970.

Composition du groupe :

Alvaro Cordova (batterie et percus)
Jose Eguino (guitare, chant)
Javier Saldias (basse, chant)

Discographie :

-          1969 : Premier EP (Label ?)

-          1970 : Second EP (label ?)

-          1974 : Gusano Mecanico (Label Lyra LPE 3067)

LIEN :

Nacido Para Ser Salvaje

 

Continent Africain :

The Witch (Zambie)

Un unique album, Lazy Bones en 1975, totalement envoutant, dans lequel on retrouve tous les ingrédients de l’heavy psyché, pédales wha wha s’extirpant d’une rythmique basique, répétitive, chant halluciné et nasillard. La production est si minimaliste qu’on serait tenté de penser (avec raison) que l’opus fut enregistré sur un deux pistes. Le son, du même coup, se fait plus caverneux, plus sombre. Mais pourrait-il en être autrement ?

Produit par un label local, la galette transpire de cette atmosphère moite, suffocante, et pourtant totalement jouissive, funkysante par moments, comme sur cet excellent Look Out où deux guitares s’entremêlent dans un tourbillon hypnotique. The Witch, ou la bande-son idéale pour camés réunis autour d’un feu tribal, rites sataniques sur fond de musique psyché complètement stoned.

On est finalement bien loin de la scène psyché africaine et de ses rythmes endiablés, mais davantage en présence d’un ovni Zambiesque urbain, dont aucune information ne circule sur l’origine de ce groupe, si ce n’est sur les pochettes de l’album, que je ne peux m’empêcher de retranscrire ici :

"If you're feeling depressed, low, disturbed, irritable, out-of-sorts, sad, frustrated or wildly demented, then folks, we suggest you seek out a quiet place, indulge in some soothing meditation and cut away that headache by listening to this inspirational album (we've even included a copy of our lyrics to assist those who have difficulty in understanding the messages we transmit, in the hope that this will help them dig the LP in total). We would also like to extend out thanks to all those who have supported us int he past - we wish you well, brothers and sisters. To those of you who have been unkind and deliberately troublesome, we suggest you go jump in the lake specially featured for you on our cover. In closing, a special tribute to out collaborator Shaddick Bwalya for his tremendous contribution to this album. Right on, Witch!"

Composition du groupe :

Chris Mbewe, John Muma, Gedeon Mulenga, Boidi Sinkala, Emanyeo Jagari Chanda.

Discographie :

_ 1975 – Lazy Bones (Reed’ sur Shadoks, 400 copies !)

LIEN :

Lazy Bones

 

Continent Asiatique :

Brain Police (aka Zunou Keisatsu) - Japon

Et on termine ce petit voyage par le Japon, scène très active à la fin des sixties. Et par Zunou Keisatsu, connu aussi sous le nom des Brain Police. Groupe activiste et engagé emmené par le guitariste Panta, ayant à leurs actifs plusieurs faits d’armes qui les rendent attachants à plus d’un titre. Le groupe se forme sur les cendres d’autres combos de la fin des 60’s, et décident de s’appeler Brain Police, en référence à la chanson des Mothers Of Invention, Who Are The Brain Police ? Le ton est donné.

La carrière de ce combo au line up versatile s’étalera jusqu’en 75, le temps de bricoler 6 albums au doux parfum contestataire.  De ces six productions, et autres remous politicards, on retiendra ce premier album, sorti en 1972, ovni musical populiste épuré de tout artifice, balançant un folk rock dandyesque et complètement satirique. L’influence, en ce sens, des Mothers de Zappa est indéniable, même si la musique ici se fait plus primaire, accentué par un jeu de percu' envoutant et une gratte sèche folky particulièrement insidieuse. Les textes, une fois dépassée la barrière de la langue, dévoilent des textes forts et sans concessions, égratignant les paisibles lois naturelles et spirituelles de la Way Of Life japonaise.

Et puis, on ne peut s’empêcher de vous raconter l’histoire de ce disque. Se retrouvant sans label ni contrat, le groupe prend la décision d’autoproduire son album, enregistrant live lors d’un gig dans le gymnase municipal de Kyoto. En guise de pochette, le groupe met en vedette un célèbre criminel d’alors qui pour arriver à ses fins, se déguisait en flic. Provocation ultime qui finira par être censurée par les autorités japonaises.

Le disque est de nos jours introuvable, et ne semble pas avoir été réédité. Ne restent que les bribes balancées ici et là sur certains blogs, permettant à cette musique contestataire de subsister. Illégalement certes, alors autant vous dépêcher. Un jour, tout cela ne sera plus possible…

Composition du groupe :

Haruo ‘Panta’ Nakamura – chant, guitare, Toshi Ishizuka – batterie, congas, bongos, Narazaki – guitare

_ 1972 : Brain Police (Autoproduction, Label Be-Witch 0000)

LIEN :

Jyuu Wo Tore

Lou.

commentaires

Boeb'is 06/09/2010 21:13


super post. Je ne connaissais que The Witch, mais ravi de découvrir les 2 autres qui me semblent parfaitement à mon goût!


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