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Peter Green - The End Of The Game

par lou 13 Octobre 2011, 21:40

ROCK UNDERGROUND

 

Peter Green - The End Of The Game (1970)

 

Guitar Heros A L'Envers

http://www.streamingoldies.com/content-images/streamingoldies.com/0524-Peter-Green.jpgUne de mes premières expériences guitaristiques fut de reproduire (esquinter ?) un morceau de Lindsey Buckingham. Mélodie savonnette, rythme régulier, très simple techniquement. Et surtout, adapté à des oreilles normales. Pour ceux qui ignoreraient jusqu'à ce nom, Lindsey Buckingham est un pauvre (façon de parler) malheureux. Il charrie une croix en chêne massif, que bien peu de gens, au final, accepteraient de trimbaler. Imaginez un nabot obligé de porter des habits de géant. Ou un américain moyen, se retrouvant à remplacer Peter Green dans Fleetwood Mac. Le Mac version US, avec la perruche au micro, et les vieux briscards à la mécanique. Oui, le truc gonflant qui sent le fast food, c'est bien vous suivez. Donc, je suis là avec ma pelle, qui refuse de reste  accordée. Peter Green, je situais à peu prés. Un anglais timide, dont le jeu empêchait souvent BB King d’avoir ses règles. Quelques années avant, à la radio, The Green Manalishi m'avait foutu un violent coup de gourdin, mais le meilleur reste à venir. Glané au hasard des lectures fondamentales, The End Of The Game (1970). Album solo d'un Pierre Vert en roue libre, apparaissant  à ma jeune compréhension, comme le monolithe qui récompense les années d'effort. D'autant que pour mettre la main dessus, c'était pas une petite histoire. Confusément, j'avais le pressentiment qu'il se méritait. Que c'était la médaille après les années de classe. Pas le truc pour la bleusaille. Et puis ce titre, La Fin du Jeu. La Fin du Je ? Renoncement progressif à toute forme de raisonnement logique. Trop d'acide, le cerveau qui crame, en agonisant dans le soleil du sublime. Et cette poignée (six exactement) de chansons, vous pouvez (on parle ici de VECU, au sens le plus blues du terme) en faire le tour longtemps. Convoquer Clapton pour servir de guide, aller faire du ramdam à l'agence de voyage, au besoin. Rien à faire pour entrer.

 

http://2.bp.blogspot.com/_8VYA9xRbn70/TM851cST-RI/AAAAAAAAAIA/Mg0jv3d1C40/s1600/GREEN,+Peter+1970+The+End+Of+The+Game.jpgD'ailleurs la porte est d'une absence colossale. Zoot Money au piano, le bassiste d'Aynsley Dunbar, un percussionniste, sans oublier Martin Birch à la prise de son. Et Peter Green pour tout le reste. Y compris arroser la plante verte, dans le couloir. Pourtant, le début est classique. Rock  lourdement tramé, avec une magnifique wha wha bien rougeoyante. Et puis tout se casse, hésitation dans l'air. Putain, les voilà qui dérapent. Se retrouvent quarante mètres plus bas. Accident grave chez tout le monde. Pas ici. Sur le toit ou sur les jantes, on continue. Bon d'accord, sur la bande d’arrêt d'urgence souvent. Comment ces bouts de morceaux tiennent debout, gardent une dignité absolue, une cohérence dans la déglingue ? Répondez à la question sur un buvard. Si c'est un disque d'ambiance, les sessions devaient être joyeuses. Au mieux, on proposera une forme d'expression libre. Mais pas comme dans  free jazz, hein. Aucun alibi culturo-ronchon. Juste une projection de l'instant présent. À faire passer Gong pour des moines trappistes, quand tous les voyants sont dans le rouge. De l'anti quelque chose. Les compteurs remis à zéro. Halte, stop, c'est trop facile le douze mesures. Réinventons tout. Après tout, ce que j'ai entendu d'Henry Cow proposait, en gros, le même trip. Et suait l'ennui à grosse gouttes. Alors, on va faire un beau rêve. Un super musicien qui pète les fusibles, sauvé malgré lui par tout son talent. Incapable de coordonner son délire, mais génétiquement grandiose. Midas de la six cordes, en gros. Dans le sens du vent. Structure/pas structure, sémantique toute personnelle, je propose de réécrire les manuels de rhétorique. Dans un alphabet tactile, accessible au commun des mortels. Et, si besoin est, d'imposer End Of The Game dans les écoles de guitare. Que tous les casse-burnes du médiator prennent une leçon. Qu'on les scotche à un carcan, avec le truc en boucle. Quarante jours sans gammes pentatoniques, sans mode lydien ou dorien. Juste End Of The Game. Pendant obscur du flamboyant Then Play On. Parce que ça peut nous arriver à tous. Mais on ferait sûrement moins bien. Aventure simplement humaine. Pourquoi Captain Beefheart et pas Peter Green ? La réponse est dans la grande bibliothèque oubliée. À la bonne vôtre.

Laurent.

 

LIEN :

End Of The Game

 

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