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Pop Music Française - La Résurrection des Johns-Omintone!

par lou 23 Janvier 2010, 16:23

Sabrons le champagne mes amis, vidons canettes et autre Jack’s pour inaugurer cette rubrique destinée à déterrer les trésors cachés de la pop music française, qui souvent terminent leurs courses effrénées sur les étagères poussiéreuses d’une maison de disque avariée et sclérosée par cette bureaucratie infâme et vomissante, obnubilée par la moindre odeur cramoisie du seigneur fric. Car oui mes amis, il exista une pop music française originale et novatrice, tant dans la créativité que dans la qualité, à la fin de ces richissimes sixties. Obstruée et, malheureusement, le plus souvent confinée aux restes du budget pharaonique de l’Industrie du disque, si bien que le nombre de groupe français n’ayant enregistré que des démos est dégueulassement conséquent. Combien de bandes trainent’-ils dans les arrières salles de ces bureaux luxueux ? Trop en vue de l’apport musical qu’elles constituent.

Notre époque est formidable en ce sens que la grande toile liberticide tant décriée par nos gouvernants nous permet de découvrir ou redécouvrir pour les plus chanceux (ceux qui sont nés à la bonne époque) ces groupes qui ont rythmé et accompagné l’explosion du pop sur notre territoire, que ce soit en trainassant dans des pubs fumeux ou en parcourant nos campagnes, à la recherche d’un festival pop tentant d’émerger dans cette vasouillarde nauséabonde de yéyés et de pastiches pop édulcorés.

 Quelques lignes dans des journaux régionaux, ou pour les plus chanceux dans des revues spécialisées (avant que celles-ci soient à leur tour récupérée par l’ogre business), et puis plus rien. Retour à l’anonymat. Au quotidien morose de nos sociétés libérales qui n’en portent que le nom. Troquant leurs habits exubérants de stars rock&rollienne pour celle plus acceptable de banquiers, fonctionnaires ou autres avaries monotones.

Les Johns donc. Qu’un soir de février 71 l’étoile du rock éclabousse. Un tremplin du Golf Drouot remporté avec panache, quelques lignes élogieuses dans Rock&Folk, et la machine qui semble s’emballer. On parle d’un 45T, puis d’un 33T, mais la frilosité des pontes de l’Industrie musicale fait capoter les espoirs des Valenciennois. Une apparition dans le regretté Pop Club de José Arthur sur Europe 1, quelques festivals où le succès est au rendez-vous comme en 70 à Malaval, n’y fait rien. Malgré des critiques emballantes, les comparants au versant zappaien de la pop française, les Johns ne seront jamais signés. Au cours de l’année 71, le groupe change de nom, devenant les Omintone, et intensifie leur musique par l’apport du mellotron, instrument jusqu’alors quasi inédit en France.

Quatre morceaux sont dès lors cosignés par le groupe. Jean Louis Choquet (chant, flûtes, percus) signe les textes, Dominique Choquet s’occupe de toutes les parties aux claviers et du fameux mellotron, Amado Lantosca (batterie) et Patrick Dorobisz (guitare) venant compléter le combo.  Se dégage de ses morceaux un free jazz totalement original, qui n’a plus rien à voir avec les Mothers de Zappa, triturant des atmosphères apocalyptiques et totales sur des stridences agressives. Leurs performances live sont à l’image de leur musique, destructrices, saturées. Les textes de Dominique Choquet, empreint d’idéologie existentielle et politique, s’incrustent à merveille dans ce magma sonore et hypnotique. Le combo enregistre une maquette pour un 33T en septembre 71, mais ne trouvera jamais de producteur suffisamment courageux et audacieux pour rendre la chose concrète.

2009. Des extraits sonores ressurgissent du passé via la plateforme myspace. L’occasion unique de retrouver les Johns le temps d’une entrevue empreint de nostalgie et de passion. Le groupe, toujours en possession de certains enregistrements sur lesquels ils travaillent, n’en a néanmoins pas perdu l’espoir de produire un témoignage physique de leur épopée. Pour ceux qui nous lisent…

 

http://www.patrickdorobisz.com/johns/golf1s.jpg

F : Bonjour Dominique. Pas facile cette entrevue dans la mesure où l’on ne sait rien de vous. Vous débutez en 1967 au sein d’une première formation, les Johns, et fréquentez les clubs parisiens. Si mes souvenirs sont bons, vous avez joué plusieurs fois au Golf Drouot au début de l’année 70 (source : rock&folk et les chroniques du Golf Drouot) ? Racontez-nous un peu ces premières années ?


Jean-Louis : Les premières années des Johns se résument en insouciance, travail, recherche musicale, rêves et galères.  Les bals du samedi soir avec de la musique qui ne nous convenait pas toujours, mais il fallait bien vivre et surtout payer le matériel.   Ensuite, nos objectifs musicaux ont commencé à évoluer en ne jouant sur scène que nos propres compositions dans les différents festivals de l'époque.
Dominique: Merci à vous, vous êtes le premier journaliste après José Arthur à

vous intéresser à notre groupe ! Les débuts du groupe correspondent à une période où il y avait prolifération de groupes et aussi de soirées. Au début, on s'amuse à copier les morceaux pour les bals et autres soirées. Puis on s'essaye à la création à taton et en faisant ce que l'on aime. Après bien des bouleversements dans la composition du groupe comme indiqués sur myspace, arrive la période où l'on ne joue plus sur scène que nos créations et on s'essaye plusieurs fois au tremplin du golf drouot avec succès. Là on se dit : « il y a peut être encore mieux à faire ». Et puis il y a l'arrivée de Patrick pour en arriver à la composition définitive du groupe Johns puis Omintone.  

Patrick : Je suis arrivé dans le groupe en 1971, dernière formation des Johns-Omintone.  Comme tous les adolescents, je lisais Rock&Folk et j'ai été très étonné en le lisant en février 1971 de découvrir que le groupe de St- Amand les eaux, près de chez moi, venait de remporter le tremplin du Golf. J'étais guitariste dans un autre groupe et tous les musiciens connaissaient les Johns qui étaient très prometteurs. 2 mois plus tard, j'ai été encore plus surpris lorsque j'ai vu arriver chez moi, Amado, Jean-Louis et Dominique en Simca 1000 gordini (!) me demander de jouer dans les Johns ! Naturellement, j'ai accepté tout de suite. Dominique expérimentait les sons de l'orgue, quant à moi j'expérimentais sur ma guitare des sons nouveaux et je me suis dit. OK c'est super, on y va ! On va faire un malheur !!! Car j'étais habitué à jouer avec des organistes plan-plan. Je venais quant à moi de quitter le conservatoire, j'avais rencontré un ingénieur fou qui pouvait me mettre des générateurs de fréquences sur ma guitare, c'était extraordinaire pour moi de confronter mes idées sur le son avec Dominique. Par ailleurs, le fait d'avoir un flûtiste exceptionnel ne pouvait que m'encourager dans cette décision tout comme Amado qui avait une rigueur mathématique de son instrument. Ensuite, j'ai joué, je ne sais plus où ! Je me souviens du golf, du gibus, de Malaval, d'autres festivals.... Je me souviens de Claude Gassian, photographe et du chanteur de Variations qui a renversé sa bière dans l'orgue de Dominique ! Début de la petite guéguerre entre groupes provinciaux et ceux qui étaient constamment sur Paris comme Magma aussi.


F : À cette époque, quels étaient vos objectifs en matière de musique ?


Dominique : À cette époque, nos objectifs étaient tout d'abord de jouer ce qui nous plaisait en expérimentant par tous les moyens de nouveaux sons et en chantant en français.

Patrick : Nous voulions sortir du cadre de l'harmonie musicale classique, l'orientation du groupe était free-jazz, car Dominique était aussi un saxophoniste très talentueux, mais l'électronique faisait son apparition et nous nous disions qu'il fallait tout expérimenter. Sortir du cadre : refrain, couplet, harmonie basic et vraiment chercher au travers des improvisations ce que nous pouvions retenir afin de composer de nouveaux morceaux en utilisant les technologies de l'époque.
Magnétophone sur scène, pre-recorded audio, sons électroniques de réverb, cluster d'orgue, destruction de l'harmonie, jouer dans des tonalités différentes pour chaque musicien, concevoir la batterie non plus comme une simple rythmique, mais un instrument à part entière. Amado lisait et écrivait ses partitions de drums et Jean-Louis Choquet introduisait des percussions sur les toms afin de bouleverser l'écriture d'Amado et par conséquent l'obliger à aller plus loin dans l'écriture de la batterie.

Amado : avec humour comme d'habitude ! J'ai mon 1er Prix de batterie de l'Académie de musique de Valenciennes effectivement, et j'en suis fier ! Et devinez... J'ai toujours ma Ludwig made in USA.


F : Trois ans après la formation des Johns, le son du groupe évoluera, avec une forte orientation progressive. Sur votre site, vous parlez de l'influence de Zappa et ses Mothers ? Influence cruciale ?


Dominique : Il paraît que Jean-Louis était influencé par Franck Zappa...je ne m'en souviens pas. Je pense plutôt que c'est venu par les journalistes au moment du Golf ! Il faut se lever de bonne heure pour trouver un disque de Franck Zappa à St Amand les eaux en 68 ! ! ! Mais on a repris çà sur myspace histoire que les gens comprennent...pour simplifier...Je peux parler plutôt de Brian Auger.

Amado: C'est qui ce mec-là, Zappa ? C’est un copain de Magma ?
Mes influences, je n'en ai pas... c'est moi... l'académie de musique !

Patrick : je n'étais pas influencé par Zappa, je ne connaissais pas ce mec, j'ai écouté après le golf.

Mais par contre, je peux citer Hendrix ou les Cream ou John Mayall ou Mozart !


F : Malgré les succès remportés, notamment une victoire au Golf Drouot en 1970, la carrière des Johns n'a jamais pu se concrétiser, alors même que la pop française entrouvrait ses brèches (on pense à Magma, Alice, Ange). Vous avez une explication ?


Dominique : Lorsqu'on est un groupe de province, il est très difficile de rivaliser avec les groupes parisiens qui restent sur place et qui ont tous les contacts et qui ont aussi l'art et la manière de descendre un petit groupe venu de St-Amand les eaux. Et puis peut-être, nous n'avons pas eu de bons supports autour de nous pour nous faire travailler : peut-être aurions-nous dû franchir la frontière et nous tourner vers la Belgique qui a toujours été d'avant-garde.  Nous pensions que les musiciens étaient une grande famille... Nous avons appris qu'il n'en était rien.
Au gibus (concert mémorable), il aura fallu que notre chauffeur menace physiquement Christian Vander pour qu'il daigne bouger son vieux Ford planté devant l'entrée du Gibus afin que nous puissions remballer notre matériel. Jean-Claude avec notre Mercédes à reculer tout simplement dans le Ford de Vander qui a enfin compris, son pare-choc au sol, que nous pouvions aussi nous énerver un peu...

Amado : idem pour Martin Circus.... mais il y prescription !http://www.patrickdorobisz.com/johns/johnspics.jpg

F : La pop française se démarque de ses consœurs par son aspect politique. Vous vous situez où à l’époque ? Je pense notamment au morceau « La justice des biens pensants » ?


Jean-Louis : Nos textes étaient pour l'époque très dérangeants. Je dirais avec le recul qu'ils étaient extrémistes tout en restant le reflet de l'époque. On peut considérer qu'ils sont toujours d'actualité même si je les écrirai différemment aujourd'hui.

Patrick : Nous étions tous conscients des problèmes politiques et nous avions notre idée pour une société plus juste, c'était l'après 68, donc forcément Jean-Louis reflétait notre pensée, mais aussi celle de beaucoup de jeunes de notre époque et les faits de société, les injustices, étaient pris en compte. Malheureusement, les groupes qui ont suivis se sont vite tournés vers des paroles plus BCBG ! La soupe ! Si mes souvenirs sont bons, je pense que nous ne pouvions pas présenter partout La justice des bien-pensants à la radio...

Amado : A Europe 1, il y a eu une histoire....


F : Dominique, on peut lire sur votre myspace que vous êtes l'un des premiers musicos français à utiliser un mellotron. Comment avez-vous découvert cet instrument ? Et quels avantages en tiriez-vous ?


Dominique : Le mellotron : çà c'était un scoop ; quel son, il n'y a qu'à écouter poussière ! C'est un instrument que l'on avait découvert par hasard chez un spécialiste en instruments de musique et cela nous apportait des orchestrations extraordinaires.  Être le premier groupe en France à l'utiliser (sans le savoir à l'époque) était vraiment extra : malheureusement, il n'a pas survécu en concert : trop fragile et bien moins résistant que l'orgue.

Patrick : Une fois que Dominique était parti en impro sur l'orgue, il faisait la même chose avec le mellotron....Vous imaginez un orchestre symphonique secoué par un seul mec ! la scène s'écroule... Bonjour les dégâts ! Le lundi, il fallait remettre en place toutes les bandes magnétiques qui composaient le mellotron ! Cet extraordinaire instrument nous a permis d'être accompagnés par des violons, des violoncelles. Imaginez un cluster (donc en appuyant à la fois sur les touches noires et blanches) de violons et de violoncelles. Aujourd'hui on dirait de la musique contemporaine ! C'est du Pierre Boulez et mille musicologues se jetteraient sur cette particularité !
Pour Dominique à l'époque, c'était quelque chose de naturel.... Plus il faisait un cluster particulier en le mélangeant en même temps à un accord "spécial", plus il était content de sa découverte.
Ce qui ne nous empêchait pas de regarder aussi du côté de l'harmonie classique et voir comment nous pouvions avec 2 accords créer une musique tonale particulière, un minimalisme expérimental. Car juste avant il y avait quelque chose de très complexe au niveau harmonique. La dimension symphonique minimaliste de Poussière est inévitable. C'est une œuvre qui peut-être reprise par un orchestre symphonique et avec pourquoi pas les 4 musiciens des Johns au sein de l'orchestre !

Amado : Omintone pas les Johns... En ce qui concerne le mellotron, quand Dominique était partie, c'était impossible de l'arrêter ! Idem pour la clavinet honer, une fois je l'ai vu passer devant ma batterie et elle s'est retrouvée à l'autre bout de la scène ! Alors un mellotron, c'est pareil ! Et en plus, c'est plus léger qu'un orgue !!! (Moi-même je me suis dit : on va encore se faire engueuler par Guy ! le directeur artistique).

Patrick : Et toi tu oublies que tes cymbales volaient dans le public et que ta batterie était plantée avec des clous !

Amado : (rires) Oui des clous de 110 !


F : En 1971, vous changez de nom et vous faites baptisés Omintone. Un tournant dans l'histoire du groupe ?


Patrick : Oui, Le groupe Johns est définitivement fini, nous affirmons notre virage musical et avons définitivement changé de nom au profit d'Omintone qui a une signification très large au niveau du son, car nous devenions de plus en plus expérimentaux sur le travail du son.


F : Les rares extraits proposés sur votre myspace, malgré la qualité moindre, démontrent une musique totalement originale et orientée free-jazz, avec cette volonté d'atteindre agressivement le chaos musical. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche artistique de l'époque ?


Patrick : Nous étions contre tous les systèmes musicaux, le bruit ne s'était pas encore imposé dans la musique malgré les recherches de Luigi Russolo, Varèze, etc. Nous avons par conséquent introduit le bruit et l'électro-acoustique live dans notre musique. Cela faisait partie de nos objectifs.  Je travaillais le larsen comme une matière sonore nouvelle à expérimenter, je cassais mes guitares sur scène, Dominique jetait l'orgue sur scène pour "bousiller" certains contacts électroniques afin d'obtenir de nouvelles sonorités. Jusqu'à ce jour, je n'ai toujours pas entendu un son d'orgue comme le sien ! Pas même Jon lord qui reste planqué dans ses fugues, c'est très classique ! Nous vivions vraiment notre musique dans le son. Qu'est-ce que la musique si ce n'est qu'être du son organisé. La déconstruction sonore faisait partie de notre organisation sonore et musicale. Idem pour le sax.

Dominique : Le changement de nom était un aboutissement, pour en finir avec les tâtonnements des formations précédentes et peut-être par ce que nous avions trouvé notre style de musique. Beaucoup de séquences d'impro. La flûte, le sax en délire, le dialogue entre les différents musiciens : le free jazz tout ce que vous voulez, mais surtout : OMINTONE  et Le chao électro-acoustique.
C'est vrai que lorsque je réécoute Psychose, j'ai l'impression que mon sax va creuver.
Quand on parle des influences, je n'aime pas beaucoup.  Zappa et autres,  à vrai dire, j'ai plutôt écouté après. Les créations du groupe se faisaient au fur et à mesure des impros sur scène et aussi en répétitions où nous pouvions de temps en temps se lancer bien bien longtemps en live. Donc chacun apportait sa pierre à l'édifice du morceau, on partait sur un thème et on brodait ; mais de là à être classé dans telle ou autre catégorie ou autre muse : NON. En fait, on écoutait que très rarement de la musique ! Des influences çà voudraient dire qu'on n’était pas capable de créer notre propre musique ! Nous avons créé notre musique, j'insiste, celle qui nous plaisait.

Patrick : Oui effectivement, on composait nos morceaux à partir des impros. En répétition, on partait sur un thème et dès que quelque chose attirait notre attention, on commençait à le structurer et à le mettre en forme pour en faire quelque chose qui se tienne. Maintenant concernant les influences, les jeunes ont des difficultés à se rendre compte qu'à notre époque les disques ne circulaient pas comme maintenant et ça coûtait cher un disque ! Nous musiciens, on pensait plutôt à garder notre argent pour acheter du matériel ! Et nos influences en réalité c'est ce que nous avions appris à l'école de musique ou au conservatoire. Rien d'autre ! Savoir faire un accord majeur, un mineur, un accord dissonant, un rythme complexe, savoir ce qu'est une fugue ! un contrepoint, des tonalités différentes, c'est super ! Quand on sait ça, à partir de là on cherche. Ce n'est pas Zappa qui a appris les doigtés de sax à Dominique ! Je me souviens avoir joué la première fois The house of the rising sun en lisant ce morceau sur une partition. Idem pour satisfaction des stones et je n'avais pas intérêt à me planter sinon le samedi suivant je n'étais pas repris ! Plus de beau costume rouge et de noeud papillon ! À l'époque il n'y avait que 3 radios : Europe 1, RTL, et France Inter ! Le chef d'orchestre achetait un disque quand il le trouvait et c'est tout, après c'était Salut les copains, Âge tendre et tête de bois... C'n’est pas là qu'on pouvait entendre des groupes super !

Amado : Ben évidemment ! Avant les Johns, je ne jouais nulle part, excepter que j'apprenais à l'Académie de musique ! Et ce n’est pas dans Sheila ou Claude François que je pouvais trouver quelques choses ! Si des rythmes bien carrés... (Rires) Charley, caisse claire, grosse caisse... leb.a.ba de la batterie !

Patrick : Parfois, nous étions deux en répétitions, Dominique et moi nous cherchions. Dominique faisait des harmonies tellement complexes qu'il m'était difficile avec mes 6 cordes de placer un accord, alors la seule solution c'était encore de démultiplier son effet en désaccordant ma guitare, et en essayant de tirer mille sons possibles avec toutes les pédales. Ma guitare ne ressemblait plus du tout à une guitare, mais à un synthétiseur ! J'avais aussi placé des contacteurs sur mes frettes pour déclencher je ne sais plus quoi ! Un petit boitier spécial fait sur mesure.
Et quand je disais à Dominique, putain c'est compliqué, il me répondait oui, mais c'est super, mais c'est pas grave, on balance un mi-majeur ou un ré après et on retombe sur nos pieds !
Il était très content Dominique, normal qu'après on soit en polytonalité ! Dominique était un organiste très créatif !


F : Un concert des Omintone, entre 71 et 73, cela ressemblait à quoi ? Votre plus beau souvenir en live ?


Amado : Destruction totale de l'Harmonie, atmosphère sombre et planante parfois, couleurs sonores froides, son métal de la guitare de Patrick, les staccatos de flûte de Jean louis qui n'avait rien a envié à un Ian Anderson, rythmes pesants, timbales qui développent l'aspect symphonique avec le mellotron. Un son d'orgue très puissant et très épais et les fameux clusters de Dominique.


F : La maquette d'un LP est mise en boite en 71. À l'écoute des morceaux proposés sur votre myspace, on ne peut que regretter que cette maquette n'ait pas trouvé de producteur. Souvenir douloureux ?

http://www.patrickdorobisz.com/johns/bande2.jpg

Dominique : Souvenir douloureux oui. Vraiment dommage de n'avoir pu sortir ce disque. Il y avait une carrière à faire. Peut-être avions-nous le talent de notre musique, mais pas le talent de nous vendre.

Amado : taratata... après on avait deux agents artistiques avec des intérêts contradictoires ! Comment on pouvait faire ?
Patrick : Souvenir effectivement très douloureux....Mais comme cité un peu plus haut, n'étant pas sur Paris, d'autres ont profité de cette veine et se sont engouffrés dans la place. Et ils sont devenus les précurseurs..... En reprenant certains de nos trucs. Par ailleurs, les producteurs n'étaient pas prêts pour recevoir ce type de musique. Un groupe ou deux sur Paris suffisaient. Pourtant, le public avait soif de cette nouvelle musique. Et puis, il y avait des jeux de lumière très impressionnants, liquatron, stroboscopes, projecteurs.... une vraie folie sur scène !


F : Les bandes existent-elles toujours, et si oui, as t'on une chance de les entendre prochainement ?


Dominique : Patrick a la responsabilité de quelques bandes récupérées qu'il doit encore remastériser (3 ou 4 morceaux). Les autres bandes ont brûlé dans un studio. Le master du LP a disparu. Peut-être qu'il y a des gens qui ont des enregistrements live....Voir Patrick pour les enregistrements : si seulement on pouvait ressortir quelque chose !!! À voir !!! Avec peut-être askstudio et relations FUZZINE!

 

F : Près de 40 ans plus tard, quels souvenirs gardez-vous de cette période ?


Dominique : 40 Ans après les souvenirs, en restent extraordinaires : une période assez courte de notre jeunesse finalement, mais que l'on savoure encore. Nos concerts, la défonce sur scène, nos festivals, avoir remonté Joel Daydé à Paris après Malaval, nos passages aux clubs parisiens, une certaine reconnaissance. Et le regret de n'avoir pu faire carrière.

Amado : Et pourtant, toutes les répétitions étaient enregistrées sur le 4 pistes Sony !

Patrick : Je suis devenu compositeur en partie grâce à mon expérience dans le groupe, pour surmonter la dépression qui guettait, j'ai très vite repris une bande pour commencer mes expériences répétitives aléatoires à la John Cage qui lui était connu aux Beaux-Arts (J'étais étudiant dans cette école). En 74, j'ai été contacté par une productrice de France-Inter, mais les autres membres du groupe ne voulaient plus reprendre. Dégoutés par ce que nous avions vécu. Tous nos efforts pour rien... Nous avions aussi rencontré des soucis d'argent... Il y avait des rivalités au sein de la direction artistique qui a tué la poule aux yeux d'or.... Les concerts se faisaient de plus en plus rares. On nous demandait de faire du Bal ! Et toute une vague commerciale avait envahi la France. Par ailleurs, j'étais très malade, il m'était impossible de continuer physiquement. Je perdais connaissance.

Amado : Ouais jusqu'à 3 fois par jour, avant le concert et après et une fois c'est arrivé en plein milieu du concert, c'est Dominique qui a repris aussi sec aux pédales de basses ! Dans l'enregistrement, on l'entend !

Patrick : Je ne me souviens plus.

Amado : Forcément !

Patrick : Je reprends : Johns Omintone reste pour moi l'un des meilleurs groupes qui est allé très loin dans l'exploration musicale. Mais c'était trop tôt ! Jouer devant 5000 personnes à Malaval ! Nos mains en sang, à Dominique et moi après avoir tout cassé sur scène. Les sandwichs dans le camion ! Les filles au concert, une époque très cool. Discipline de fer au sein du groupe, pas de drogues, pas d'alcool, pas de filles aux répétitions, seulement plus tard quand tout allait bien.... Un groupe peut-être un peu trop sérieux... (Nous étions des adolescents très sombres en fait ! Peut-être un côté romantique noir ! ).

Jean-Louis :Le meilleur souvenir live reste pour moi les deux concerts du gibus à Paris où nous nous sommes rendus compte que le public appréciait notre musique.Souvenir de cette époque pour ma part inoubliable pas de nostalgie seulement un sentiment d'inachevé, d'être passé à côté de quelque chose de très grand. Au risque de paraitre prétentieux, je pense que musicalement nous étions trop en avance.

Amado : Un super boeuf (Triangle, ...) mais je ne sais plus où ? Sinon c'était le pied. J'adorais jouer tous les concerts même quand il y avait des musicos frimeurs qui venaient nous emmerder !


F : Que pensez-vous de la situation musicale actuelle, notamment en ce qui concerne la question du téléchargement ?


Patrick : Beaucoup trop standardisée même dans le rock progressif ! Inutile de parler des harmonies classiques qui envahissent les radios avec le beau comme seul objectif ! !
Je suis favorable au téléchargement gratuit qui permet la découverte et la connaissance. La musique comme un objet de connaissance et non comme un produit de supermarket !

Dominique : Pour ce qui est de la musique actuelle : c'est vraiment fou le nombre de groupes que l'on peut découvrir sur myspace! Si seulement on avait eu çà à l'époque. Pour ce qui est du téléchargement : j'en suis de la vieille école avec les CD (mes initiales).


F : Que sont devenus les Johns Omintone?


Dominique : Patrick est compositeur, il expérimente toujours de nouvelles voies, actuellement pour le piano préparé et le piano computer. (www.patrickdorobisz.com) il s'est accroché et fait sa carrière, c'est devenu son boulot. En ce qui me concerne, j'ai fait découvrir avec fierté mon passé musical à mes filles et petits-enfants qui n'en revenaient pas. Je prépare mon nouveau concert privé de Noël pour eux. Sax et Orgue... Et oui toujours pas guéri.

Patrick : Jean-Louis comme Amado se sont retirés du monde musical, mais Amado qui a conservé sa mythique et précieuse Ludwig, refera un solo de batterie dans mon studio avec vidéo...Quand il a vu mon studio, il m'a dit : " faut surtout pas que Dominique voit çà ! Il va devenir fou ! Il va jouer sur tous les claviers ! ". Il n'est pas exclu malgré les distances qui nous séparent que l'on refasse un boeuf ensemble...Et j'ai toujours en tête d'écrire pour orchestre symphonique en mettant le groupe avec ses clusters d'enfer au sein de l'orchestre pour réveiller la musique contemporaine !

Dominique : il parait que U2 arrête sa carrière après cette tournée, il ya a une place à prendre et si on refaisait U 4.


Entretien mené par Lou.

Merci à Dominique, Jean Louis, Amado et Patrick. On vous souhaite de trouver un label courageux et volontaire pour nous sortir ce disque ! Tenez nous au courant !

Lien : http://www.myspace.com/johnsomintone


 

commentaires

Clovis Simard 28/05/2013 03:37

LA RÉSURRECTION C'EST MATHÉMATIQUES.(fermaton.over-blog.com).

lou 05/11/2012 09:33

Je vous invite a aller sur le myspace du groupe afin de les contacter

szymanski 04/11/2012 19:31

mon frere patrick zoltek bassiste a joue un tps avec vous,auriez vous des photos il est decede et ns recherchons docs ses filles et moi merci d avance c etait en 71 72

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