Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Power Pop - Big Star / Le Gentil Terminator

par lou 31 Juillet 2012, 10:18

POWER POP

 

 

BIG STAR

 

Le Gentil Terminator

http://drbristol.files.wordpress.com/2009/06/big-star-alexs-house.jpgLe «power pop» vous dites ? Ah oui, de chouettes morceaux, le couplet en arpèges à la Byrds,  le refrain grand luxe, ça peut être gouteux. Surtout avec les belles harmonies de rigueur. Par exemple le Shake Some Action des Flamin Groovies, article de retraite monastique. Problème, tout le reste de l'album est minable. Notre question du jour sera donc simple, peut-on sortir un disque entier d'un tel calibre, sans se planter au bout de quinze minutes. Et je parle pas d'une compilation. Sinon les Romantics seraient les rois du monde. Pas plus que d'une chanson fun fun modèle Josie Cotton (salement accrocheuse, sous ses airs nunuche). Qu'est-ce que vous voulez, je suis resté scotché au premier Best Of  Bomp, alors je  veux un miracle par minute. Badfinger m'ayant endormi. L'idée semblait bonne, mais tout ça sentait le petit lait, pas la dimension miraculeuse que le genre peut avoir. Cette cosmogonie atomique, à donner envie de chanter sous la douche. Gros silence dans la boutique, le client est tatillon, on va pas pouvoir lui refiler les Barracudas, il connait déjà. Allez, on a ce groupe maudit, Big Star, si monsieur veut bien se donner la peine d'écouter de quoi Alex Chilton était capable. Surtout qu'on voudrait fermer le magasin, demain on a une journée promo vous comprenez. Tenez, on vous donne leurs deux premier albums, le troisième en rab, ça vous plait pas on les reprend. Et le rideau de fer est retombé, avec un bruit de couperet.  Ah les rats, imaginez que ça ressemble à Cheap Trick ou à ELO leur truc. Ou un mélange des deux. Une tartine rancie et gluante, une hybridation contre nature, bref un piège à cons. Je suis bon pour expier, aller écouter Wicked Lady à Lourdes en guise de pénitence. M'infuser du blues rock au napalm à tous les repas, me refaire une santé. 

 

http://2.bp.blogspot.com/-zUoZa7uNSjg/TWj-Qs0tg8I/AAAAAAAAAHE/6hrudx37R3Q/s1600/bigstar.jpgSurtout quand on vient de prendre une baffe pareille, deux albums parfaits expédiés  en plein front. Et plutôt que de me faire livrer un wagon de superlatifs ronflants, j'essaye d'analyser. Voyons, Big Star c'est le groupe, composé d'humains on dirait (ils ont eu assez de galères pour le prouver).  Des visages normaux, pas l'air d'avoir douze bras ou des tentacules dans le dos. Donc le secret est ailleurs. Envisageons les choses à froid. En remettant (youpi) le premier album, #1 Record qu'il s'appelle. Et on le trouve à tout petit prix. Autant que le second, Radio City. Oh des disques sans histoires, en apparence. Propres sur eux, vous leur laisseriez tenir le volant sans méfiance. Et c'est l'erreur à éviter. Parce que (ricanements infernaux) Big Star double en quatrième position, grille tous les feux. Et fait des queues de poisson à vos certitudes. Alors qu'on les jugeait tout juste capable du tour du quartier, sans caler au démarrage. Le paysage défile sur des mélodies parfaites, des arrangements de rêves. Tout va terriblement vite. A peine le temps de se demander comment, et surtout pourquoi on marche. Du grand art, qui laisse voir le sang et magnifie la cicatrice. Ça a l'air simple en apparence. De la belle musique, bien  jouée, bien chantée, bien ficelée. Comme les Eagles ? Tout de suite les mots qui fâchent. Essayer voir de sonner aussi facile  en restant furieusement hors norme. Rien ici susceptible de plaire à la ménagère. Celle de moins de 5000 ans ou sa grand-mère défoncée à l'acide. Nan, le batteur est trop futé. Une façon de faire rouler son tempo transfiguratrice.  C'est quoi ce foutu piège sucré ? Pourquoi ce groupe est si intelligent, si beau, si écraseur impitoyable de concurrence. Et sans une tache de gras. Qu'est-ce qui vous touche à ce point ?  Pincez-vous (et rendez-moi le même service) ce coup-ci votre cuir et votre mauvaise foi Stonienne ne vous protégeront pas. Icare en savait quelque chose, lui qui s'est fraisé la poire à voler trop haut. Big Star, c'est le même problème. Une telle altitude qu'on chope le torticolis à les regarder évoluer. Mis en joie (qui pourrait résister ?) je chausse mes bottes de sept lieux (modèle compétition) et me précipite sur le troisième disque. Third (non ?) qu'il s'appelle. En fait, les démos d'un hypothétique Big Star 3. Puisque la gloire et eux....  Là j'accroche pas du tout, damned. Allez savoir, les ingrédients ont l'air d’être les mêmes. Mais la sauce colle quelque part, les grumeaux ont envahi la délicate cuisine, j'sais pas. Le groupe devient ordinaire, humain, capable de se viander grave. Dans le fond ça rassure. Tant de richesses, c'était presque inquiétant.  La seule chose qui me fait flipper, c'est qu'à l'écoute je me crois en train de subir la FM la plus franchouillarde/atroce/vomitive.

 

http://lesousmarinjaune.com/wp-content/uploads/2010/04/Chris-Bell-I-Am-the-Cosmos.jpgTous ces plans atroces, subis, redoutés, endurés viennent de chez Big Star. Leur destin misérable aura été d’être  mis à sac, détournés, empuantis par des marchands de dégueulis pseudo poétique. Avec leurs textes à  pisser de rire. Et leur tournures pourries,  prévisibles dix ans à l'avance. Attention, le pompage en est aussi venteux que ceux qui siphonnent. Eux sentent le saucisson rance, Big Star nous attriste quand il merdouille. Deux bijoux, pour relever la confiture, quand même. Deux reprises (Velvet et Kinks) qu'on dirait crucifiés sur le soleil, tellement elles irradient. Absolument impitoyables pour la concurrence, aussi. Tout un album de ce niveau, je demandais le contrôle anti dopage directement. Et Lucky Luke s'éloigne en chantant sa chanson. C'est déjà la fin d'une belle aventure, ma chronique doit s’arrêter, sinon le sponsor va gueuler. Reviens, t'as pas parlé de l'album posthume de Chris Bell (tout est posthume ici, quelle tristesse le monde du rock).  Mais si Chris Bell, le guitariste de Big Star. Décalqué en bagnole, fin 1978. Donc voilà son carnet de paroles, avec les grilles d'accords. Le truc s'appelle I Am The Cosmos. Titre idéal pour un sanglant retour en pleine poire. T'est le cosmos, toi ? Faut le prouver, ou se préparer un petit stage goudron/plumes. Trois quatre...  Et là je dis non. Ça peut pas durer, ce bazar.  De nous faire réviser nos listes de disques pour l'ile déserte. De s'imposer dans nos certitudes en marbre. Je disais donc Chris Bell, et son album/cahier de brouillon, qu'il aurait aussi bien pu intituler Je vous la mets ? Les doigts dans le tarin, sans seulement bouger de mon canapé. Passons sur les rocks, trop forcés, avec la voix qui dérape. Non, visiblement, le boogie de bucheron, c'est pas son truc. Il sait pas gérer son espace. Nous reste la fabuleuse poignée chansons lentes. Pas dépressives, mais à l'affectif drôlement entamé. Ça sent la promenade solitaire dans une ZUP totalement hostile. L'heure de rentrer qui se fait attendre, et les tonnes d'idées noires. Avec rien, des bouts de chansons simples, des arrangements embryonnaires/squelettiques. Du triphasé affectif, obtenu à partir d'une pile totalement plate.  A la limite, on a peur. La trouille de ce que l'entité Big Star aurait pu accomplir si le bon goût et la raison avaient eu voix au chapitre. Allez au morceau douze, oui celui qui s'appelle Though I Know She Lies.  Trois minutes trente-cinq d'amertume, de corde au cou et de tête dans le mur d'en face. Soleil froid et envie d'ailleurs. Le genre de mouchoir que tout le monde a eu (aura encore) envie d'écrire. Du fond de son trou. Sans jamais y arriver. Parlez de tout ça à votre psy. Logiquement, il doit y avoir des pistes à explorer, dans votre vie en lambeaux. Trois disques qui proposent des débats, organisent des symposiums, tiennent un congrès de la gueule cassée. Et vous accompagnent pour le bain de solitude, dans la grande foule anonyme. Psychique autant que physique.

 

Laurent

 

LIEN :

Thirteen

Though I Know She Lies

 

commentaires

Haut de page