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Presse Underground - QUETTON

par lou 12 Mars 2010, 15:06

Peu de magazines créés à la fin des années 60 sont encore présents de nos jours. Quetton est l'un de ces quelques survivants et a fêté ses 42 ans en 2009. Pour en apprendre un peu plus au sujet de la presse underground en France qui mieux que Yaset - le  fondateur de Quetton – pouvait répondre à mes questions.


Amaury : Avant tout il me semble important de contextualiser la naissance du magazine. Dans quel cadre fut-il créé ?

Yaset : La presse – avec de la fuite dans les idées - était triste, morne, casse burnes, et aussi grise que le papier sur laquelle elle s’imprimait. Brigitte Bardot fréquentait d’autres animaux que les fachos et les chiens.

À Londres le Pink Floyd du Sieur Syd Barrett créait l’événement, tandis que Gène Vincent rockait partout où l’on voulait encore l’entendre. Ici, en France, des anarchistes aimaient un certain Léo Férré et les revues de rock étaient des sortes de fanzines bunkers produites par des clans pour ces clans.  Les admirateurs de Buddy Holly, Eddie Cochran, Jerry Lee Lewis, Gène Vincent, Little Richard, Bo Diddley ou  Chuck Berry n’appréciaient guère ceux des Kinks ou des Beatles, Rolling Stones, Pretty Things, Who, Yardbirds, Small Faces, Animals, Hollies, Manfred Mann…  http://www.littleshiva.com/myspace/quetton-41-cover.jpg

Mohamed Ali perdait son titre de Champion du Monde de Boxe pour refus d’aller se battre au Viet Nam.  Le Ché se faisait assassiner. Le professeur Banard se tapait la première greffe cardiaque de l’histoire de la médecine. Et Otis Redding mourrait dans un accident d'avion.

C’est dans cette ambiance que QUETTON fut créé, le 12 juin 1967, histoire d’amuser les rockers et de contraindre les anarchistes à s’adonner à une rigolade stupide et contagieuse.  Vaste, très vaste travail !  Mais qu’importait ce boulot, QUETTON venait de naître, et non de Dieu, la plaisanterie allait durer… un sacré foutu bout de temps bordel de merde.

La machine était en route, le mouvement underground était né.  Bientôt, des centaines de titres existeraient — rien qu'en France, parmi les meilleurs des meilleurs, on saluera post mortem, THE STAR SCREWER, HOJALDRISTA, PIEDS NICKELES SUPERSTARS, ACTUAL HEBDO, LE PARAPLUIE, etc.  Sur un rayon parallèle, mais sur une étagère autrement financée, ou trouvait aussi, ZINC, ACTUEL, FLUIDE GLACIAL, L'ECHO DES SAVANNES, HARA KIRI HEBDO (futur CHARLIE HEBDO) et d'autres... 

A : Quel est le contenu d'un magazine de QUETTON ?

Y : QUETTON c'est vraiment toute une histoire. Un journal généraliste, c'est un joyeux bordel. Dans ses pages, on trouve de l'info politique ou autre. De l'analyse littéraire ou non.  Des critiques rudes ou pas. De la BD ou du dessin. Des photographies. De la poésie. Des textes sans sens. De la méchanceté gratuite aussi. QUETTON est une synthèse de tout ça. WILLEM a écrit un jour qu'il n'y a que dans QUETTON que l'on pouvait voir ce qui était dans QUETTON. J'aime cette formule.

QUETTON existe pour le bonheur des Scélérats, des esthètes et des Lecteurs Para Normaux. De même, s'est-il toujours dressé CONTRE les ouvriers normaux ! Ceux qui par leurs attitudes, renoncent, leur vote, offrent la scie à qui entend couper la branche sur laquelle ils sont – au demeurant – bien peu souvent assis. Alors QUETTON, il n'y a pas de milieu possible, on l'aime QUETTON ou on le déteste. La majorité des numéros mélange, en un bazar organisé, tous les styles dont il vient d'être question. Moi, le « responsable » du titre... je synthétise tout ce qui arrive par la poste ou le net. L'équipe étant géographiquement totalement éclatée sur Cherbourg, Rennes, Paris, Toulouse, Marseille, etc. Mais aussi en Belgique, Angleterre, Allemagne, Hollande, il n'y a jamais de réunion de rédaction digne de ce nom. Les auteurs envoient leurs travaux et, de plus en plus... je les publie quand le pognon est là. Et ce bon dieu de pognon il manque souvent.

 

A : Justement, comment fait-on pour financer et distribuer un tel journal aujourd'hui ?

Yaset.jpgY : Longtemps, le n°3 finança par exemple le n°4, qui finança le n°5. Mais cet état de relève est aujourd'hui un souvenir. Beaucoup de numéros de QUETTON sont à présent « échangés » contre d'autres revues, contre des bouquins, DVD, entrées à des concerts ou à des festivals, chocolats classieux, peintures, dessins, etc. Il existait antan de très nombreux libraires qui écoulaient le type de presse auquel QUETTON appartient. Nombreux parmi ces libraires sont aujourd'hui à la retraite. Pire, certains sont décédés. Alors..., ce sont tous les FAISEURS du titre qui autour d'eux balancent qui 3, qui 6, qui 10, qui 25 exemplaires. À côté de ceux-là, un réseau de fidèles d'entre les fidèles, quand il le faut, crache au bassinet pour qu'un numéro voit le jour.

 

Mais tout est plus dur qu'antan. Le coût du timbrage d'un seul exemplaire est devenu dingo. L'impression d'un numéro ! S'il n'y a pas un imprimeur ami qui casse les prix, relève de la folie pure. Et il y a aussi la concurrence du net.

 

À deux reprises, la Municipalité de Cherbourg a subventionné QUETTON. Mais depuis la moitié des années 90, la subvention impose un tel flicage du titre et de ses collaborateurs, que j'ai décidé d'avancer seul dans la tempête, malgré les récifs qui se rapprochent de toutes parts. En clair, pour QUETTON, je ne demande plus de subvention à qui que ce soit. Conséquence directe de ça... QUETTON sort quand il sort. Pas assez souvent, soit. Mais il sort toujours entièrement libre de son contenu et du choix de ceux qui habitent les pages d'un numéro. C'est frustrant quelque part, bien sûr ! Je reçois tant de boulots de tant de gens, que QUETTON devrait pouvoir sortir 6 fois l'an. La « matière » écrite ou graphique est là. Mais pas le fric, on l'a vu. La liberté conservée est à ce prix d'exister sans ce putain de fric. Qu'importe dès lors si le journal relève de plus en plus de l'O.V.N.I éditorial. QUETTON est là. Il n'est pas las.

 

QUETTON est vrai, authentique, sincère, il n'est pas une marchandise parmi d'autres, balancé au pays du commerce. Le marketing n'entre pas dans nos pages et la recherche du produit « consensuel » destinée à plaire au plus grand nombre je n'en n'ai ouvertement rien à foutre. En voulant plaire à tous, QUETTON se serait trahi.

 

A : Quel avenir pour QUETTON alors ?

 

Y : Il se peut que par certains, l'ensemble de mon travail écrit ou sculpté soit perçu comme hérétique perte de temps. Et après ? Conquérant de l'inutile, faute d'avenir... je tue le temps ! Et je lève le majeur de ma main droite contre les dogmatiques de l'art, contre les censeurs de l'art, contre les autocenseurs de l'art, contre les modes dans l'art, contre l'art voué au seul fric, contre l'art politiquement « acheté » (j'ai des noms à donner, qui n’en veut ?). Alors ? Ben Mort aux cons et vive la liberté (l'un n'allant généralement pas sans l'autre).

 

Propos recueillis par Amaury.

LIEN :

QUETTON


commentaires

Gérard 10/05/2010 20:56


Mon salut sur toi mon vieux Yaset, et que la route de l'âne soit encore longue !


ROCKING YASET 12/04/2010 08:38


PS/ Amaury me fit trop boire sans doute !
"QUEL AVENIR POUR LE QUETTON" ?
Toujours le papier, mais de plus en plus de Net sans doute. De fait QUETTON disparaîtra en même temps que D.L. WOLF et CH. LEVEAU-LIVACHE, mes deux -indispensables-Collaborateurs depuis les
origines du titre, et moi même. L'aventure n'aura JAMAIS été triste chose assez rare pour être soulignée.


ROCKING YASET 12/04/2010 08:29


Merci pour ces lignes. J'ajoute que QUETTON sort itou une Rubrique intitulée MUSIQUE HE-RO-CI-QUéE, (Les 750 000 meilleurs disques). Ce qui est loin des 300 meilleurs de Rock & Folk, ou des 100
meilleurs des Inrocks. Ah putain ! Quel tas de feignasses.


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