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Psychedelic Folk - Tyrannosaurus Rex / Le secret de la licorne

par lou 25 Mars 2013, 10:25

PSYCHEDELIC FOLK

 

Tyrannosaurus Rex

 

Le secret de La Licorne

http://farm4.static.flickr.com/3577/3637588589_ec8a269744.jpg

Rarement ai je lu, dans Rock And Folk (grande époque) chronique plus catastrophique que celle d'un concert de T Rex en 1973 (ou 72). A part l'effondrement de la salle, on voit mal ce qui aurait pu aller plus mal lors de cette soirée. Sans compter (même source) quelques allusions assez glaciales, ici et la. Le succès vient lentement, bouffe tout sur son passage, et vous laisse en slip. A regarder vos anciens fans se précipiter chez la nouvelle sensation du jour. Comme lorsque on reconnaissait des membres d'Alice Cooper, au milieu des pandémoniums d'Aerosmith. Marc Bolan reste, avec les gerbeux Queen, un des chouchous de la presse rock anglaise. La plus nationaliste qui soit. Rééditions et compilations maintiennent le personnage hors de l'oubli, avec un souci du détail qu'on aimerait voir appliqué à bien d'autres. Et, c'est un fait, tout le monde aime les hits simplistes de T Rex. Sortes de malabars à l’arôme aussi puissant qu'artificiel. Au moins Bowie donnait une dimension Nietzschéenne à son personnage (pas si feinte que ça, en plus). T Rex n'était qu'un avatar de la mode, vite digéré, au milieu de cet océan de vacuité qu'était le glam rock. Lequel n'en laissa pas moins, sans aucune pitié, sur le carreau des gens aussi excellents que Silverhead (deux parfaits albums). Quand le succès lui dilata le ciboulot, Bolan n'était pas un bleu. Il ramait depuis presque dix ans, en clone de Donovan, ou au sein d'un groupe psyché totalement frappé du nom de John's Chidlren. Les démos réalisés sous la houlette de Simon Napier Bell (manager des Yardbirds) sont même sortis au début des années quatre vingt. Et, en dépit de tant d'affronts faits à la sacro sainte crédibilité rock, Marc Feld (son vrai nom) et Tyrannosaurus Rex méritent la médaille du psyché anglais, avec grande croix de l'underground. Autant que les Deviants par exemple. Ne serait ce que par la présence de Steve Took, aux percussions. Ce personnage complétement maboule (grand amateur de dope, et mort très jeune en 1980) était d'ailleurs un des membres fondateurs des Pink Fairies. Quand ceux ci ne dépassaient pas le stade de la bande d’énergumènes, semant la panique dans les clubs de Londres, sous la conduite de Mick Farren et Twink. Avant d’être adoubé par John Peel (référence ultime de l'époque) le duo se produisait, archi fauché, dans le métro. Et a laissé trois albums assez particuliers. Bien loin des grattages primaires suggérés par des rééditions boueuses, les nouvelles éditions remastérisées autorisent enfin l'audition d'un univers riche et coloré. Et je ne résiste pas à la tentation de faire transpirer mon camarade Sébastien (angliciste distingué, dés qu'il a un verre dans le nez) avec le titre complet du premier LP (Juillet 1968). Tous en chœur, My People Were Fair And Had The Sk In Their Hair... But Now They're Content To Wear Stars On Their Brows. Ouf, ça va mieux en le disant. Sous une pochette absolument épatante (personne n'a, heureusement, eu l'idée monstrueuse d'en changer) nous sont proposés une quarantaine de morceaux. Soit les mixages mono (favoris de Bolan) et stéréo, une face de single, et quelques démos. Travail sérieux, le client n'est pas pris pour une truffe. Sur le plan strictement musical, tout ceci respire l'influence d'Incredible String Band, première évidence. Mais un ISB lâché chez Tolkien, où les elfes tiennent la console. Jeu de guitare primitif (vraiment) pulsion obstinée des bongos, voix chevrotante (ce qui vieillit le plus mal) distillation d'un parfum entêtant/attirant. On parlera de folk, pour simplifier les choses. Tout ceci restant aux somptuosités de Nick Drake, ce que le Fardier de Cugnot est à la dernière arnaque d'Apple.

 

http://991.com/NewGallery/T-Rex--Tyrannosaurus-Rex-My-People-Were-Fa-514836.jpgDémarrage hasardeux, performance limité, trajectoire incertaine, mais attachant et assez cohérent. Pas une petite affaire, quand on lâche deux caractères aussi différents dans un studio Bolan sérieux et arriviste. Took absolument dément, qui rêvait de verser de l'acide dans les réservoirs d'eau de Londres. Selon les notes de pochettes, c'était la première production de Tony Visconti, et l'ingénieur du son était aux ordres de la maison de disques. Conséquence, le mixage stéréo fut, Bolan dixit, un désastre. Tangiblement, les versions monos claquent mieux que leurs plus sophistiquées cousines, qui ont une regrettable tendance à mollir dans les cotes. Ceci posé, reste l'envoutement de ces mélopées/siestes sous un champignon. Point noir, la récitation (par John Peel) d'une histoire pour enfants. Certainement idéal pour le coté far out, mais coupant carrément l'influx nerveux. Un petit mot sur Debora (face A du premier single) bien plus qu'une plaisante rengaine. Tout l'avenir de Bolan (son art du leitmotiv imparable) repose ici. Encore simple et frais. Mais déjà déterminé. Pas de changements énormes sur le second album (Prophets Seers And Sages The Angels Of The Ages, Octobre 1968) la formule se peaufine. Le son et l'instrumentation ont gagné en assurance, mais a été sacrifié l'esprit totalement parti du disque précédent. Et si Bolan est l’âme du groupe, l'évidence se dessine quand au rôle important de Took. Renforçant aux angles, empêchant souvent la routine de s'installer. Néanmoins, à ce point de l'histoire, il est légitime de se demander si le duo pourra répéter longtemps sa formule. D'autant qu'il vient d'aligner deux bides commerciaux. La réédition ajoute une quinzaine de démos, et le single One Rich Rock.

 

http://lesitesansnom.pagesperso-orange.fr/Musique/T/Trex/unicorn.jpgLe sursaut créatif, coup de rein salvateur, viendra avec Unicorn(Mai 1969). Un vrai album psyché anglais, comme on aime. Avec un travail évident des vocaux, une instrumentation (un peu) plus chargé. Et tout un tas d’embellissements magnifiques. Sans compter que Steve Took a délaissé sa quincaillerie. Dés qu'une poussée devient nécessaire, c'est un vrai kit de batterie qui intervient. Chaque morceau déboule fier sur lui, prenant du temps pour présenter ses arguments. Un vrai régal de détailler l'espace sonore élégamment meublé. Presque bien peigné (pas trop non plus). En feuilletant le livret (avec une loupe) on apprend que le duo passait beaucoup de temps chez Tony Visconti, à écouter ce la concurrence. Faites leur confiance pour avoir bien assimilé ce qui accroche. Je suis même à peu prés persuadé que Twink (ami de Took) y a péché beaucoup de choses pour son Think Pink. En attendant Unicorn déroule dans la sono, pour dispenser un méchant panard. L'histoire du vilain petit canard, qui devient prince psychédélique. Avec des idées, du goût, et visiblement plus de moyens pour s'exprimer. Allez, on leur pardonne d'avoir (encore) gâché un beau morceau (Romany Soup) par un interminable récitatif de John «j'suis toujours la» Peel. La version démo est bien meilleure. Niveau bonus, trois faces de singles à signaler. Pewter Suitor reprend la vieille recette des débuts, pour un résultat mitigé. Les vocaux hurlés lassent vite. King Of The Rumbling Spires est mu par un riff électrique, qu'on jurerait piqué chez Black Sabbath. Puis redoublé par un bien joli clavier. Bel effort, qui méritait le hit. Do You Rememberpoursuit cette intéressante démarche. Qui se rapproche beaucoup de ce que faisaient les Master's Apprentices (album avec le fauteuil) à la même époque. Pour autant, c'est le dernier disque du duo avec Took. En total désaccord avec celui qui restait le boss. Sous le label Tyrannosaurus Rex, Bolan sortira encore le désolant Beard Of Stars, avant de voler vers d'autres horizons. Disque bouffi, lardé de solos ridicules, collés n'importe où, et surtout n'importe comment. Il existe aussi un live officielle capturé en 1969 (For The Lion & The Unicorn In The Oak Forests Of Faun) qui est, parait-il, une vraie bouse. Dommage. Et pourquoi ce nom de groupe à rallonge, au fait ? Bolan voulait simplement quelque chose qui rappelle la plus grande créature a avoir arpenté la terre. Modeste, toujours.

Laurent

 

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