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Psychédélique - The Devil's Kitchen - La Face Cachée

par lou 22 Août 2011, 17:28

Rock Psychédélique

 

The Devil's Kitchen

 

La Face Cachée

A force de chercher des grands anciens à questionner, on a fini par tomber sur une pub pour Devil's Kitchen. Obscur groupe californien, dont on réédite ces jours ci un album entier d'inédits. Le genre de chose qui éveille à peine notre curiosité, tant c'est devenu commun. Seulement voilà, avec leur tout petit pédigrée, ces gars-là étaient en résidence à la Family Dog de Chet Helms. A l'époque dite bénie. Enfin presque. Vous voyez le plan gros comme la sono du Grateful Dead. Des témoins d'un temps d'espoir et d'acide, mais vu du côté de l’arrière salle. Pas de danger de revenir avec trois caisses de lieux communs, et douze kilos de poncifs archi connus. Sans compter la couche de prétention et de condescendance. Brett Champlin nous raconte sa jeunesse. Et c'est bien intéressant.

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Laurent : Qui êtes-vous, que faisiez-vous dans le groupe ?

 

Brett Champlin : Hello, je suis Brett Champlin, guitare rythmique et chant. Occasionnellement à la basse, quand Bob (Laughton) passait à la slide. J'ai écrit notre première chanson originale (City). Mais avec le temps, il est apparu que le champion du groupe était Robbie (Stokes) avec son jeu phénoménal. Lui et Bob se sont mis à composer des morceaux, et à les chanter. On a commencé à étirer les morceaux de plus en plus (influence du Grateful Dead).

 

L : Comment êtes-vous venu à la musique et au rock ?

 

BC : Quand j'avais douze ou treize ans, en Floride, je jouais du saxophone, dans une fanfare scolaire. Je me suis mis à acheter des disques de rock, avec l'argent que je gagnais en tondant des pelouses, ou en distribuant des journaux. Au départ, j'avais tendance à me diriger vers des instrumentaux, joués au sax (Johnny And The Hurricanes). Mais après avoir ramené quelques Buddy Holly et Richie Valens, j'ai décidé qu'il me fallait une guitare et chanter.

 

L : Une question que je suis curieux de poser à quelqu'un de votre génération. Avez-vous grandi avec une éducation très stricte, un héritage des temps anciens. Etait-il important de transgresser les règles ? Si oui, qui ont été les musiciens qui vous ont aidé à libérer votre esprit ? Quel a été le mur le plus dur à abattre, entre le racisme, la bigoterie, l'ignorance et l'intolérance ?

 

BC : J'ai grandi dans l'ombre de l'armée. Mon père était officier de carrière, et on bougeait beaucoup. Nous avons vécu à St Louis, Chicago, en Virginie, en Floride, à Heidelberg en Allemagne, au Texas et en Californie.  Chanter et jouer de la musique n'étais pas considéré comme violer les règles, et un certain niveau de rébellion était toléré. C'est au collège, où j'ai commencé à jouer, que les choses ont évoluées. Le folk (Bob et moi étions membres de la Folk Art Society du campus) que nous pratiquions était vraiment plus radical que le rock, qui était principalement de la pop. J'étais à la fac, en Californie, à Oakland, et mes potes et moi écoutions beaucoup de R’n’B, comme James Brown ou Bobby Blue Band, ou encore les Righteous Brothers. J'avais été le vice- président de l'Inter-Racial-Undertsanding-Club, dans une école à trente pour cent noire et trente pour cent blanche. Une chose qui nous rapprochait était la danse et la musique. A la fac, alors que je jouais du folk,  je participais aussi à des soirées plus chaudes, avec des groupes de blues. Quand j'ai commencé avec ce groupe, OM, le répertoire était moitié Chicago Blues, et beaucoup de pop anglaise, qui en était dérivée, comme les Rolling Stones ou les Animals. Au lycée, les droits civiques, les mouvements féministes et pacifistes étaient très présents. J'ai joué et chanté pour ces causes, contre la guerre du Vietnam pendant toutes mes années de collège. Tout semblait logique, la contre-culture, la jeunesse, l'évolution. On faisait ça en tant que groupe, avec des tonnes de copains qui venaient pour l'occasion.

 

L : Donc, Devil's Kitchen est devenu le groupe résident à la Family Dog de Chet Helms. Comment est-ce arrivé ?

 

BC : On donnait un concert avec un groupe nommé The Land Of Milk And Honey. Des vieux hippies de San Francisco, qui étaient là depuis le début, et qui connaissaient tout le monde. L'un d'eux, Harvey Morrison, est devenu notre manager et nous a fait rencontrer Chet. Au moment précis où celui-ci cherchait à ouvrir une nouvelle salle de concert. On a fait partie du lot.

 

http://3.bp.blogspot.com/_SAevTiHHVv8/SjV6Ed52E4I/AAAAAAAADfQ/maoCpKCsmGA/s400/DevilsKitchen_SF_1969%5B1%5D.jpgL : Parlez-nous de Chet. Il est certainement un gars important dans la contre-culture américaine, mais pas aussi connu que Ken Kesey ou Tim Leary. Quelle était la principale différence entre lui et, disons, Bill Graham ?

 

BC : La principale différence, à mon avis, n'était que la largeur de leurs ambitions. Ils étaient tous les deux patrons de la musique et des musiciens. Ils aimaient tous les deux produire de grands événements, qui remettaient en cause la pensée des gens, et leur conception du divertissement. Bill était un meilleur homme d'affaire, et son idée d'un grand concert dépassait dix ou mille fois celle de Chet. Celui-ci se battait toujours avec le coté business, quand je le côtoyais. Et je suis pratiquement sûr que Bill lui donnait un coup de main, pour les concerts de la Family Dog. Ils aidaient vraiment les musiciens en général, tous les deux, et nous en particulier.

 

L : Qui était le visiteur moyen de la Family Dog ? On imagine qu'il avait des ennuis avec les flics, des trucs comme ça. Quel était le vrai impact du Vietnam et de la drogue ? Vous avez vraiment cru à la révolution ?

 

BC : Le visiteur de base était un vieux hippie de la baie. Le Fillmore recrutait largement sur le marché touristique. Les événements y étaient suffisamment gros et promus pour que les gens viennent en avion, en train, fassent des centaines de kilomètres, juste pour l'occasion. La Family Dog était bien plus calme et discrète. Il était assez courant d'y voir des membres de l'élite Rock & Roll y trainer, ou passer la nuit à écouter les autres. Je me souviens d'une soirée avec Eric Clapton et Stevie Winwood, après la fin d'un concert au Cow Palace. Ils sont venus en coulisses, faire la fête avec les musiciens, puis écouter du bord de la scène. Parfois, après que Janis Joplin soit devenue trop connue pour une salle si petite, elle continuait à rentrer, sans être annoncée, pour faire le bœuf.  C'était le genre d'endroit où, en jetant un œil dans le public, on voyait Jerry Garcia, planté là à  nous écouter. Ou Elvin Bishop, qui se faufilait pour s'assoir, durant un set. Le but était de faire bouger les choses, et d'avoir plus de gens exprimant leurs opinions, ou demandant à être entendus. Je pensais alors que c'était plus une révolution sociale, une révolution en douceur. Plus fondamentale que politique, dans la mesure où cela autorisait les concepts alternatifs d'éducation, de business, et de société. D'autres formes de carrières, de distractions, de styles de vie, de relations, devenaient plus communs et tolérés.

 

 

L : Vous avez un album d'inédits qui sort. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Aucune chance à l'époque ?

 

BC : Tout a débuté en 2006, quand Wolfang Vault à posté un concert à la Family Dog. En disant quelque chose comme «voici un groupe inconnu du nom de Devil's Kitchen, live en 1969...». On leur a écrit, et ils nous ont contactés en demandant si on voulait bien signer un contrat discographique. Pour qu'ils puissent vendre des téléchargements de cet enregistrement, qui venait de  la succession de Bill Graham. Ils voulaient savoir si on pouvait fournir d'autres bandes.

 

 

Robbie et Steve (Sweigart) en possédaient cinq ou six chacun. Mais Wolfang Vaults était seulement intéressé par le concert, qu'on pouvait spécifiquement dater. Il nous est donc resté beaucoup de matériel sur les bras. Puis, le père d'un copain de mon fils Justin à fait écouter notre musique à son propre père. Ce gars est un collectionneur de musique psychédélique, qui a produit deux ou trois albums, pour le marché du collector (Lysergic Sound Distributors). Il nous a contactés pour voir si on avait d'autres bandes, et si on voulait sortir un disque... Tout est parti de là. A l'époque, quelques labels voulaient nous signer, mais on avait refusé. On avait beaucoup d'amis qui avaient franchi le pas, et ils parlaient tous des maisons de disques comme d'une bande d'escrocs à éviter.

 

L : En attendant, vous avez joué avec un paquet incroyable de grands noms.

 

BC : Notre meilleur souvenir est d'avoir jammé avec l'Allman Brothers Band à Cincinnati, Ohio. Juste quelques mois avant qu'ils ne décrochent le pompon. Il y avait un fabuleux sens du partage et de la camaraderie. Une compétition amicale entre pratiquement tous les groupes qui tournaient à l'époque. Je me sens incroyablement chanceux d'avoir fait partie de cette scène.

 

L : A votre avis, quand l'été de l'amour a-t-il viré au cauchemar ? Est que Woodstock n’était pas simplement la fête qui cachait la pierre tombale ? http://1.bp.blogspot.com/_SAevTiHHVv8/SjWC3HWlnAI/AAAAAAAADgo/tivC-envsk8/s400/DKB-NewCommittee-11291968%5B1%5D.jpg

 

BC :   L'été de l'amour (1967) était en fait celui avant que le groupe ne monte à San Francisco. J'avais fait du stop jusqu'à la baie, après avoir quitté le lycée. Pour passer l'été avec mes potes de la fac, découvrir l'herbe, les Diggers, le mouvement pour la liberté de parole. J'allais aux concerts à l'Avalon Ballroom, aux rassemblements dans Golden Gate Park. Ensuite, je suis retourné à l'école, avec l'idée de  rassembler le groupe, et de le sortir de là. Je pense que la question est plus en rapport avec le début de l'exploitation du mouvement de la jeunesse, quand il est devenu commercial. Ou peut-être l'apparition des speed freaks et de l'élément criminel avec eux ? Woodstock et Altamont  feraient de bons points de repères, pour ce tournant, je pense. Mais pour moi, c'est le moment ou la garde nationale a tiré sur des étudiants à Kent State, qui marque le passage d'une époque à une autre. Notre groupe s'est dissous en juin 1970, juste quelques semaines après Kent State.

 

L : Je prépare mes questions devant un poster d'Easy Rider. Pensiez-vous à l'époque que le film parlait votre langage. Ou était ce juste une promenade snob, sur un mode de vie dans le coup.

 

BC : Les deux. J'aimais ce film, et The Trip aussi. Je pensais que la musique était bonne. Deux histoires hollywoodiennes. Basiquement, ils tentaient de capturer l'air du temps, en racontant quelque chose, et en laissant les dialogues et le décor refléter l'époque. Dans un sens, c'était réussi, dans l'autre pas tant que ça. L'élément clé était de capturer le changement de mentalité, dans un film. On ne parlait pas de la scène musicale, des hippies, ou même de San Francisco. A mon avis, c'était une tentative pour regarder les conflits internes, qui menaient les gens à prendre des drogues ou à adopter un mode de vie alternatif. Tout ceci était très Los Angeles. Et montraient comment les choses que nous faisions étaient copiées, déformées, et avaient autant de retentissement. Si vous aviez trouvé la route où se passe la dernière scène d'Easy Rider, 20 ans plus tard, les types dans le camion auraient eu les cheveux longs, et fumé de la dope. Et les hippies auraient sniffé de la coke, en BMW.

 

 

L : Qu'avez-vous fait (et faites toujours) après la séparation du groupe. Il y avait de l'amertume ? Les autres sont-ils encore tous de ce monde ?

 

BC : Premièrement, j'ai continué à jouer. Avec Robbie, pendant un moment, en trio. Un nouveau batteur, et moi à la basse. On avait fusionné avec un autre groupe nommé Coal Dust, et on s'appelait Coal Kitchen. Mais il y avait trop de guitaristes, et trop de musiciens en général. J'ai quitté le groupe, coupé mes cheveux, et suis retourné à l'école. Que j'ai à nouveau quittée, pour voyager à travers l'Europe et le Moyen Orient, pendant un an. Puis, je me suis installé à Chicago, marié, deux fils, un bon niveau d'étude. Je me suis orienté vers la programmation, dans les technologies de l'information, analyse des systèmes et consultant en management pendant des années. Maintenant que le groupe a été redécouvert, la maintenance du site est devenue un passe-temps. J'ai participé à la sortie du disque, et me suis même mis à jouer du blues, ici à Chicago. On est tous en vie. J'ai eu une greffe du foie, il y a deux ans. Et Robbie une chirurgie du genou, l'an passé. Steve a une hépatite C, mais il contrôle la situation. Bob a toujours mangé équilibré, et n'a pas pris autant de dope que les autres. Il a une santé de cheval.

 

L : Vous écoutez toujours de la musique ? Comment vivez-vous l'âge d'Internet ?

 

BC : Des musiques nouvelles ? Oui. Je produis une démo, à l'occasion, pour un groupe local, ou aide à la promotion d'un nouveau talent du coin. Mes deux fils sont musiciens. J'aime une grande partie de la musique d'aujourd'hui.

 

L : Quelle est votre opinion sur le téléchargement libre, les gens qu'on arrête pour avoir volé quelques chansons à un business riche à crever. 

 

BC : La question présuppose beaucoup de choses, qui, je pense, ne sont pas claires. L'industrie de la musique est très vaste, et tout n'est pas rose. Je suis pour tout ce qui permet aux musiciens d’être entendus par un maximum de gens. Et de vivre de leur musique. La réponse n'est pas simple. Je n'aime pas voir quelqu'un aller en cabane, sans avoir utilisé la violence. Mais en tout il y a de l'abus.

 

L : Que savez-vous de la France ?

 

BC : Je crois que je suis français, du côté de la 17eme ou 18eme génération. J'ai visité votre pays plusieurs fois, et j’espère y revenir. Avec même, parfois, l'idée de me retirer dans le Midi. Ma première visite était à Paris, en 1971. Je trainais avec deux groupes de rock. Des américains expatriés. La scène musicale balançait bien. La meilleure amie de ma femme a épousé un ingénieur français, on était au mariage à Paris, en 1996. J'ai pris du temps pour me balader en Champagne-Ardenne, et visiter le petit village de Champlin. Nous avons passé deux nuits à Charleville-Mézières, pendant un festival international de marionnettes. Fantastique. Il y a une autre ville nommée Champlin, que j'aimerais visiter un jour, aussi. J'aime la France, j'aime le peuple français.

 

L : Dernière (mais très dure) question, votre ile déserte. Une personne, un film, un disque, un livre, un instrument de musique.

 

BC : 

Megan Fox.

Le Cinquième Élément/The Big Lebowski/ O Brother, Where Art Thou?

Mon Ipod. Pile ou face entre The Elektra Sessions (Paul Butterfield Blues Band) et Compounds And Elements (compilation de Brian Eno).

Un manuel de scoutisme.

Et bien sûr une guitare (harmonica en second).

 

Interview mené par Laurent.

 

LIEN :

http://www.devilskitchenband.com/


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