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Pub Rock - Dr Feelgood / Le ticket non modérateur

par lou 9 Avril 2013, 09:32

PUB ROCK

 

Dr. Feelgood

 

Le Ticket Non Modérateur

http://orange75.pagesperso-orange.fr/Orange_75/DrFeelgood4.jpg 

Lee Brilleaux aura donc vécu pour deux choses. La première était son groupe, la seconde un goût immodéré pour la chopine. Sa mort, le 5 avril 1994, n'avait provoqué aucun emballement des médias. Pas de net à l'époque, la nouvelle n'avait été connue que plusieurs jours (au moins) après. Et puis, un certain Kurt Cobain avait choisi de se faire sauter le caisson, tout juste deux jours avant. Emportant dans son sillage toute une ribambelle de pleureuses plus ou moins sincères. Je suppose que tous ceux qui avaient (tant bien que mal) grandis avec quelques albums de Doctor Feelgood  se sont sentis un peu orphelins. Souvenir de ce Bonnie Moronie, qui résonnait tellement loin de celui de Johnny Winter. Infiniment plus terre à terre. Les cours finissaient vers dix heures, le samedi. Et j'avais (déjà) l'habitude de trainer chez le disquaire du boulevard. Ce jour-là, j'ai emmené Stupidity, presque par hasard. Pour en avoir lu une bonne chronique. Et parce que les deux gonzes sur la pochette étaient cool.  Un guitariste à tête de maboule, et un grand flandrin qui boulottait son harmonica.  J'ignorais alors à peu près tout de la  lame de fond du pub rock, qui avait si bien préparée la déflagration punk. Dans une Angleterre lasse des parvenus (avec sono mammouth, concerts camps de concentration, et albums concept rasoirs) une nouvelle génération était revenue à des dimensions infiniment plus humaines. Retrouvant l'esprit d'origine, et bourrant les pubs enfumés soir après soir. Musique archi simple, agrémentée de reprises pointilleuses.  Qui au grand jamais ne sombrait dans l'égo et la démonstration gratuite.

 

http://www.drfeelgood.de/images/77may_06.jpgA ce jeu, Doctor Feelgood était le meilleur. Transmettant le message des premiers Stones et des Sonics, du muscle et du nerf. Vous trouverez toujours des gens pour vous dire qu’après Sneakin Suspicion (1977) et le départ de Wilko Johnson, les choses n'ont plus jamais été pareilles. C'est qu'on ne remplace pas un tel individu. Avec sa dégaine de psychopathe, son jeu de scène robotique, l'ancien prof de lettres était un cas à lui tout seul. Armé d'une simple Telecaster, jouant sans médiator, Wilko réalisait la parfaite synthèse de Chuck Berry et de Pete Townshend. Abjurant à coup d'accords tranchants et de solos crépitants toutes les mauvaises habitudes que la musique avait pris depuis des années. Bien aidé par un chanteur pas moins inquiétant, au gosier rocailleux. Et qui soufflait dans son harmonica, à réveiller tout Roncevaux. La rythmique Big Figure/Sparko poussant au cul. Comme des routiers évacuant le camion hors de la bande d’arrêt d'urgence. La formule a survécu à bien des choses, le groupe existe d'ailleurs encore (sans aucun des membres d'origine). Mais le souvenir est vivace.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41gLrnnzt4L._SL500_AA300_.jpgPour l'entretenir, voici un joli coffret (3 CDs et un DVD) à visser d'urgence dans toutes les oreilles. All Through The City (With Wilko. 1974-1977) compile donc les quatre premiers albums, un CD de démos et de live, et vingt-trois apparitions télés de l'année 1975. Le tout agrémenté d'un magnifique livret. On notera que rien (ou presque) n'a ici vraiment vieilli. Protégée de la frivolité des modes par les rigoureuses intentions du départ, la musique du bon Doctor claque plus que jamais au vent. Portés par une énergie absolument effrayante, les morceaux (courts) s'enchainent avec la détermination d'un vol de pavés, dans une manif. Vous serez bien embarrassés d'y chercher un message sociologique autre que celui du bon temps roulé. La révolution c'est après le concert ; pendant on écoute, on sue, et on prend son pied. A ce titre, le live Stupidity est mon favori, et un des meilleurs albums en public que je connaisse. Wilko avait dû batailler sec pour le sortir tel quel, d'ailleurs. La maison de disques voulant quelque chose de beaucoup plus propre. Enregistré dans des bleds aussi marrants que Sheffield et Southend On Sea (soit la Creuse et la Lorraine) l'album dégage une force incroyable, derrière une technique en apparence limitée. La basse, notamment, est un régal permanent. Comparez les deux versions de Back In The Night, par exemple. La première, bridée par le studio, est un blues-rock qui peine un peu dans les côtes. Pendant que son homologue live crache le feu, la slide semblant se vautrer dans du napalm.   Et, alors que le groupe assomme un de ses classiques, des images familières viennent à la mémoire.

Wilko, les yeux fous, en train de tournoyer façon électrocuté. Brilleaux tripotant son micro, comme si une crise de priapisme soudaine le condamnait à s'exhiber du gourdin. Ou entamant une série de pompes totalement obscènes. Et les deux diables derrière, imperturbables et infatigables. Affichant des dégaines tellement normales qu'elles en font presque peur.  Se lancer dans I'm A Man, c'est affronter  un laminoir, qui va vous réduire en fines galettes.  Par curiosité, on s’arrêtera sur Sneakin Suspicion, dernier album de la formation originale. Enregistrement ultra pro qui tire déjà vers les ficelles du rock-blues. Il est fort dommage qu'on n'ait pas inclus ici les BBC Sessions 1974/77.  Au moins pour la reprise de Rock Me Baby. Moins déchainé que Stupidity, on y entend un Doctor Feelgood déjà tout à fait compétent. Précis et scrupuleux à l’extrême. Oubli d'autant plus crétin que ces BBC Sessions, sont vendues au prix du pétrole sur Internet. 

 

Le DVD est sans  surprises, puisque  les meilleurs moments (un concert du 8//11/1975) existent déjà dans le commerce. L'image est un peu sombre (modèle FR3 Morbihan d'époque) et le son un rien sourd. Mais si vous montez le volume, attention au retour d'Attila. Véritable assaut psychotique, la dizaine de titres interprétés se mesure en coups de lames et de massues. Comment Brilleaux ne se casse pas les dents sur son  harmonica, comment la Telecaster de Wilko tient le choc, impossible de savoir. Big Figure martelant un kit basique, Sparko aussi costaud que son futal est moche, pas besoin des vomissures scéniques de Roger «Choucroute» Dean pour faire quelque chose de bien. Totalement dénué de glamour (le costard de Brilleaux à l'air d'avoir été porté par un terrassier) les quatre zèbres ravagent un (trop court) set qui n'a comme but que de faire gigoter les gens. Leur donner un peu de bon temps, les  empêcher de penser à Supertramp et à Queen.  Preuve sans appel que Doctor Feelgood était dix fois meilleur en incendiant les planches, que sur un plateau de télé. Comme le groupe à l'air de s'ennuyer, dans une molle émission «pop». Devant un parterre de gamines mal fagotées et rougeaudes. Troupeau de niaises se tortillant mollement, comme elles l'auraient fait avec les Rubettes ou Shorty.  Le meilleur moment (très abstrait, tout se passe dans le regard) est quand même cette interview avec un journaliste finlandais. Le pauvre gars manque (c'est patent) de se prendre un marron par Brilleaux, quand il annonce que question Rhythm'n' Blues, l'Angleterre est un désert. Gonflé le mec. Ou inconscient.

http://www.uncut.co.uk/sites/default/files/imagecache/article/2012/04/drfeelgood130412w.jpg

Bref,  ce coffret (bel aspect) ne se fiche vraiment pas de la gueule du client. C'est rare. Et bien sûr, une fois conquis, le novice se précipitera sur ce modèle de documentaire rock qu'est Oil City Confidential. Le chef d’œuvre de Julian Temple, racontant (par survivants interposés) la saga du premier Doctor Feelgood. Avec clarté, intelligence et précision. Comme un morceau du groupe, quoi. Déjà, nous est épargné le troupeau de ce que Léo Ferré nommait les «spécialistes».  Bandes de raseurs, délivrant (le petit doigt en l'air)  un cours magistral. Au contraire, ont été privilégiés les proches, ceux qui avaient un rapport humain avec le groupe. Il fallait oser demander l'avis de Mme Brilleaux mère, soit. Mais cette vénérable Lady a la patate de son fils. Pour rester simple, tout est organisé autour de Canvey Island, le fief du groupe. Un bled à l'est de Londres, qui vit au rythme des torchères et des cuves de pétrole. Maître de cérémonie, Wilko (chauve) ne s'est pas apaisé, alors que ses deux compères sont du genre bedonnants/placides. Aucun égo enflé, aucune frime. Jusqu'à se faire filmer chez le coiffeur, ou arpentant benoîtement les rues de leur ville. Demandez à Jagger ou à Page d'en faire autant.  De vieux bouts de films noirs pimentent la sauce, surgissant ici et là, sans jamais donner dans la redoutable vision arty, si  redoutée. Scandaleusement sous-estimé de nos jours (misérables), la  grande aventure du Doctor Feelgood original reste écrite en rouge sang. Dans l'Histoire de ce rock anglais qui, depuis, renie sans cesse ses plus illustres heures.

Laurent

 

commentaires

Morgan 07/06/2013 07:11

Bonjour,
The Straits, groupe composé d'ex musiciens de Dire Straits, débarque à Orange le 13 Juin 2013. Ils reprendront les plus grand succès de Dire Straits le temps d'une soirée au Théâtre Antique.
Pour réserver les places, direction http://www.3emeacte.com/ville-orange.
A bientôt pour un concert de folie!

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