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Roazhon Rock City - Part.2 - Dominic Sonic

par lou 4 Janvier 2011, 15:21

http://dominicsonic.free.fr/sonicphoto/Dominic_Sonic01.jpgDominic Sonic

Entre le rasoir et l’enclume

Cet après midi, j'ai appris une nouvelle totalement par hasard : ce soir Dominic Sonic donne le tout dernier concert de sa tournée "Cold Tears Tour", dans un fameux troquet Rennais, gratis ! Mon sang n'a fait qu'un tour : il fallait que j'y aille, coûte que coûte, tant pis pour la place de concert achetée chère, je n'irais pas aux concerts que j'avais prévus. J'annule tout, tant pis pour les potes aussi.

Car d'une part j'adore cet album "Cold Tears" sorti en 1989. Des morceaux simples mais habités. Pas le genre de trucs tape à l'œil non, le genre de disque qui a une âme. D'autre part parce que j'ai raté toutes les occasions (nombreuses) de voir ce que donnait ce Cold Tears Tour entamé il y a 2 ans.

Enfin, il y a le lieu. Parfait pour ce concert. A savoir le "Bistrot de la Cité". Super bistrot, situé en face de la légendaire "Salle de la Cité", autrement appelée "Maison du Peuple". Salle centenaire célèbre pour ses concerts de rock'n'roll historiques et ses meetings politiques de la LCR et FO.

Le bistrot d'en face est donc à l'image de la salle : ambiance prolo rock'n'roll voir punk. Déglingué mais chaleureux. Pas une chaise, pas une table qui ne soit pas bancale mais on s'en fout. La platine vinyle, elle, derrière le bar, tourne en permanence, le Picon-bière coule à flot et quand la vessie est pleine on va à "la secouette", le joli nom poétique donné aux toilettes. Je ne parlerais pas des quelques godemichés servants de portes-manteaux ou des quelques slogans anarchistes visibles ci et là sur les murs, non, tout le monde aura compris le tableau je pense. C'est le genre de troquets qu'on trouve un peu partout en Bretagne (sûrement ailleurs aussi évidemment) où l'on se sent de suite comme à la maison.

Donc voilà. Dominic Sonic, Vincent Sizorn. Debout dans un coin du bar avec leurs énormes amplis et la boite à rythmes et la magnéto à bandes sur une mini scène haute de 20 cm. Le bar rempli de tous leurs potes. Chaude ambiance, amicale, rigolarde. Ça chahute, il fait chaud, on s'entasse, on se touche, on trinque, on s'embrasse, on cause avec les voisins qu'on a jamais vus mais qu'on aborde comme de vieux potes. Bref ici on n'est pas fiers, on est bien. Et puis tout l'album Cold Tears défile. Superbement joué. Avec en plus quelques bonus comme ce Cocksucker Blues qui donnerait des frissons si les paroles n'étaient pas si obscènes.

C'est fini. Le public fait tout ce qu'il peut pour empêcher les 2 compères d'arrêter, les forçant à retourner sur la scène par 2 fois. Dominic et Vincent jouent une dernière fois ensemble en se regardant dans les yeux et riants comme des enfants, s'enfilent un dernier shot de vodka cul-sel avant de lâcher un triste "à dans 10 ans".

La tournée "Cold Tears Tour" avaient commencée en ce même lieu voici deux ans, en voici des images :
http://www.youtube.com/watch?v=nmtzHOerKWU
La boucle est bouclée.

Merci Dominic.


Bumble Bee 

 

Chronique de Cold Tears

 

 

Convulsion de violence, crever la bave aux lèvres, enfer portable sans le mode d'emploi. Mais payé content. Comme si les Stooges revenaient faire la loi en ville. Image d'un rock and roll dont la recette s'est perdue. Électrifier le début des années 90. Dix ans presque intégralement consacrés à recevoir de la merde dans les oreilles. Karcher auditif, coton tige grand format. Attaque psychotique, à la barre à la mine, à la scie électrique, même. Cold Tears, Les Larmes Froides, un iceberg dans chaque poche. Et un breton pour nous sauver la mise. Qui a bien pu monter le chauffage ? La glace est rouge, comme la fureur, comme la vie. On n'avait plus l'habitude de ces disques qui lâchent les chiens pour rien, des accords à sous munitions qui éclatent en vous coupant les jambes au niveau du bassin. Minimalisme affiché, revendiqué, d'une boite à rythmes (pas besoin de Phil Collins) et de quelques guitares. Chef, on balance les fumigènes ? Rallumez plutôt la lumière, mon petit Ducon. Le soleil envahit la pièce, mais comme le film se casse à ce moment, on aperçoit juste les gouttes de sang sur l'écran. Putain, on va jamais en sortir vivant.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/4/7/0876623005742.jpgOk, du calme, interrogeons les survivants. En gros, leurs discours se recouperaient plutôt bien, mais pour leur desserrer les mâchoires, c'est tout un boulot. Riffs stoniens, simples et tranchants, frottés d'ail. Vielle recette pour éviter à la blessure de se refermer. Bo Diddley pour le beat, et quelque chose du meilleur Bowie (le ton méprisant et excédé) pour achever de glacer le gâteau. Rythmique de base en acoustique, redoublée en électrique, chaud-froid-chaud. Et cette chanson sur fond de simili orgue de barbarie,La Loi Des Pauvres Gens, qui nous rappelle que notre vie peut basculer dans les dix minutes. Danger sur la ligne, rock and roll. Le cordon de sécurité s'est fait plus resserré, les hommes en verts tirent à vue. Imaginez la catastrophe si les radios s'étaient emparées de cette poignée de verre brisé, et l'avaient frotté sur les ondes. D'autant qu'une fois passé la première couche de napalm, apparaissent des influences psychédéliques. Celles qui font dériver Praying For The Lord(quelle idée) vers des climats arabisants, pour brouiller la piste. Et deux reprises bien tendancieuses, encore du sel sur la plaie. LeCold Turkey de Lennon, dynamité à la wha wha, terrible histoire de manque, cerveau écrabouillé entre deux shooteuses. Et (bonus du CD) le Cocksucker Blues des Stones, chef d'œuvre d'obscénité maudite. Recraché façon agression au patin à glace, direct sur le front. Dites chef, et le bassiste, il est porté disparu ? Parce que les White Stripes (rires) sont en slip dans rue, et ils font la gueule. Le rock très pur est une dope dangereuse, nécessitant d'être bien coupé. Sinon, vingt ans après, on se reprend à découvrir que le chef d'œuvre de Dominic Sonic s'est bonifié avec le temps. Et qu'il il a, lui, bien vieilli. Arrivée des premiers secours. Dans le quartier, on danse sur les trottoirs et on jette sa télé par la fenêtre. Fête sauvage.

 

 

Laurent

 

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