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Rock Critique - Philippe Paringeaux / Rock français, le grand complexe. Part 1

par lou 19 Mars 2013, 10:43

CRITIQUE ROCK

 

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Philippe Paringeaux 

 

 

 

 

 

 

It's only rock And roll et autres bricoles



 

Dans n'importe quelle religion (horrible mot) il y a un grand maitre. Un élu, désigné par l'archange réglementaire. Qui sait tout, et instruit les ouailles. Son aura sera célébrée à vie, son influence universellement reconnue. Et même dans le rock (fête païenne par excellence) on baisse la tête devant certains noms. La maitrise scénique de Jagger, le génie de Townshend ou la technique de Jeff Beck. Ça calme. Bien sûr, ils vivent (vivaient/vivront) à travers leur musique, encore fallait-il nous les raconter. Nous les narrer, analyser, amener sur un plateau (d'électrophone). Je vous parle d'un temps (que les moins de vingt ans...) où la profession de rock critique était belle et remplissait sa mission sacrée avec honneur. Avant d’être noyautée par des publicistes. À qui le business avait acheté un faux cuir (trop grand) et enseigné ses principes. Comme par exemple, ton nez tu boucheras mais notre merde tu vendras. Ou encore, ta veste tu retourneras dans le sens du vent. Bien sûr que ça a marché. Les gamins mangent ce qu'on leur donne, les yeux fermés. Essayez de trouver de l'information musicale SERIEUSE sur la toile, je vous souhaite bonne chance. Une fois passé les sites marchands (et leur opinion de clientèle bidon) il reste si peu de choses de confiance. C'est l'époque qui veut ça. L'affreuse dématérialisation gagne du terrain chaque jour. Et bientôt, des commandos viendront bruler vos bouquins. Avant de vous greffer une carte bleue sous la peau. Valable pour douze téléchargements et une tablette tactile.

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Putain, on se croirait dans du Philippe Paringaux. Vous voyez ce que c'est qu'une bonne influence ? Tôt ou tard, on trahit ses racines. Et on avoue (pas honteux du tout) que oui, on a toujours voulu imiter quelqu'un. Sans bien sûr y parvenir. Pour mesurer le gouffre qui nous séparera toujours du maitre de Rock And Folk, arrive aujourd'hui une compilation de ses articles entre 1968 et 1973. Les saintes écritures, en gros. Si vous avez déjà essayé de gribouiller trois lignes bâtardes, It's only rock And roll et autres bricoles se reçoit comme la charge d'un tricératops. Fantastique coup de boule. Même si on est un vieux client, le panard s’avère gigantesque. Après une longue intro (un peu trop) où un aréopage de plumitifs rend un bel hommage au géniteur, on plonge dans le dur. Et l'évidence se fait jour : tout était à inventer dans la critique rock française de l'époque, d'accord. Certains se seraient donc contentés de baliser le désert, préparer le terrain d’atterrissage des copains. Pas Paringaux. Lui, a d'entrée planté des menhirs en guise de bornes. Pire, les a incrustés dans le paysage. Bienvenue à qui viendrait derrière. Apostolat casse gueule s’il en est : imposer une écriture SERIEUSE et CREDIBLE sur le rock. Au pays du béret basque et du gros rouge. Du même genre, vous avez la muraille de Chine, les pyramides, ou l'asséchement d'un océan au buvard. Un truc impossible, le treizième job d'Hercule (ce rigolo). Dans une contrée à l'ouverture d'esprit microscopique. Et aux relents anti-tout-du-moment-que-c'est-nouveau. Pas gêné, le gars Paringaux s'est mis à écrire sur Otis Redding, les Stones ou Led Zep. Comme on révérait d'y arriver après vingt ans de ratures, et de brouillons foireux. Véritable leçon de bon goût et d'intelligence, tous les papiers ici présentés s'apparentent à des mètres étalons. Élégance du style, balancement impeccable des phrases, impossible de lutter. Et pourtant, le Rock And Folk grande époque (en gros jusqu'à 1975) avait son lot de rédacteurs aux doigts d'or (mon idole personnelle était Benoit Feller). Puis la source miraculeuse s'est tarie en 1973. Sans qu'on sache bien pourquoi. Après deux ultimes papiers sur les Beatles (le passé constructeur) et Bowie (l'avenir opportuniste autant que fabriqué). Dégout des nouvelles méthodes, peur de se répéter, lassitude, inutile de gloser. Quand on a tant donné en si peu de temps, on peut de toute façon prétendre à l'oubli. Au lieu de mal vieillir, comme le groupe de Brian Jones. Là, je parle seulement des articles de fond, environ un tiers du livre.

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782859207120.jpgPlaisir de redécouvrir aussi les «Bricoles», ces courtes nouvelles quasi abstraites. Apparemment sans autre but que celui d'une écriture pour l'hédonisme. Sur l'instant. En s'y attardant, on découvre le commentateur social subtil et acéré. Renvoyant (comme tous les grands auteurs) son époque face à un miroir sans pitié. J'aime les gens qui vous font lire entre les lignes. Autant que ceux qui sont capable de VRAIMENT chroniquer un disque. En se débrouillant pour que les mots sonnent comme la musique. Quand vous avez deux colonnes à remplir, et une grande pince à trancher en perspective, pas question de raconter sa vie. Noblesse du geste, Paringaux se coltinait tous les classiques de son temps. Artiste du clavier, pas moyen de le prendre en défaut. Qu'il parle de Leonard Cohen, des Who ou de Pink Floyd, il balance du marbre gravé profond. Jamais un mot bouche-trou, jamais une phrase bâclée, une virgule sacrifiée. Rigoriste et passionné. Équation qui s'est perdue, au fur et à mesure que la musique devenait mauvaise. Pour être complet, il faut dire un mot du bouquin de feu Philippe Koechlin, l'autre tête pensante de la rue Chaptal. Mémoires de rock et de folk aurait pu (et dû) être un monument aussi, mais échoue à tenir la route. Au prix d'un bel effort toutefois (Koechlin souffrait de leucémie) qui coupe toute envie d'ironie facile. Ce recueil de souvenirs, sans prétentions aucune, est trop dilué. Hachant un parcours qu'on devine passionnant, mélangeant tout trop vite. On pardonne, rien que pour le passage sur Miles Davis. Une devinette pour finir. Qui a dit, modeste, parlant de Paringaux «je suis sa plus belle création». Indice, c'est aussi un Philippe, et son nom commence par un M.

 

Laurent

 

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