Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rock Français - Baba Scholae / Interview de Jean-Yves Labat de Rossi

par lou 22 Janvier 2013, 09:13

ROCK FRANCAIS

 

Baba Scholae - Entrevue avec Jean-Yves Labat de Rossi

 

http://1.bp.blogspot.com/-UXhjQo9SP78/UP5Vtnlh-_I/AAAAAAAABYQ/UJUWYXOpqjM/s320/Baba+Scholae+-+Jean-Yves+Labat+de+Rossi+-+1969.jpg

La sortie des catacombes du disque des Goths l'an passé avait l'effet d'une bombe dans le milieu. Quarante après, il était désormais possible d'écouter le travail de Frascone et ses comparses sans pour autant se ruiner l'âme et le portefeuille en courant après deux 45tours confidentiels mais au combien cruciale dans l'histoire du rock français. Dernièrement, c'est un live des très classieux Dynastie Crisis qui était ressorti des oubliettes des maisons de disque. On pense également à la sortie du LP d'Acanthus, ex-Unity, combo français qui avait gravé une BOF complètement génialissime pour un nanard cinématographique. Et on en oublie. A défaut de s'enthousiasmer sur le microcosme actuel de la musique, bien souvent stéréotypé et insipide, faisant la part belle aux spéculateurs virtuels, le monde de la réédition nous ouvre les portes d'un univers musicalement disparus, mais au combien vivant.Combien d'albums, français notamment, sont restés dans les placards de maison de disque frigide?

 

Mais tel un phoenix renaissant de ses cendres, et par le biais de mélomanes passionnés, notre époque revoit ressurgir régulièrement des bandes perdues, réhabilité par un travail acharné de quelques amoureux des sixties.

 

http://www.advitam-records.com/images/artistes/babascholae.jpgBaba Scholae, donc. Groupe composé de Jean-Yves Labat de Rossi (multi instrumentiste), Steve Baylis (batterie), John Arthur Holbrook (guitare, chant), Alan Jones (basse), Jules Vigh (guitare, mellotron et Woody Woodbine (chant). Qui aurait pu rester une énigme dans l'histoire de la pop française. Quand en 67, cette jeune troupe se forme sur les cendres naissantes du rock psychédélique. Un parcours atypique qui les verront enregistrer à Londres en 69 un album qui ne verra point le jour. Alimentant les rumeurs les plus folles, et les légendes les plus tenaces. Aujourd'hui sort enfin le disque de Baba Scholae, 69. L'occasion pour nous de nous replonger quarante ans en arrière avec Jean-Yves Labat de Rossi sur la génèse d'un groupe devenu mythique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fuzzine : Bonjour Jean-Yves, et merci d'avoir accepté cette entrevue. L'idée est donc de revenir sur votre époque Baba Scholae, dont les bandes viennent d'être exhumées des tiroirs du rock et de la pop. Situez nous le contexte de la création du groupe (rencontre avec les autres membres, vos débuts, etc)?


Jean-Yves Labat De Rossi : La première formation date de 1967. A l’époque, j’étais étudiant aux Beaux-arts à Paris, et je souhaitais pleinement vivre ma passion du Rock’n’roll. Petit à petit, au fil des rencontres, un premier groupe s’est constitué avec Jules (guitare), Pears (drums), un autre guitariste (Alain ?), un bassiste (Gérard ?) et un saxophoniste dont j’ai malheureusement oublié le nom… Notre QG était le café Bonaparte et notre lieu de répétition une cave humide de la Montagne Sainte-Geneviève. Ainsi est né le Baba Scholae… (Tiré du livret CD)

 

http://2.bp.blogspot.com/-hmv3v8-nA1U/UP5VpVJ_uFI/AAAAAAAABYI/vHOdaTjkY1M/s320/Jean-Yves+Labat+de+Rossi++%28a+l%27epoque+de+la+creation+du+Baba+Scholae%29+-+photo+Jurgen+Wollmer+Paris+1967.jpgFuzzine : Ou vous situez vous pendant les événements de 68? Et comment en êtes vous arrivé à la musique? Vos premiers émois musicaux?

 

J-Y L. de R. : En 68 j’étais étudiant à l’Ecole Nationale Supérieur des Beaux Arts à Paris. En mai 68 j’ai créé un mouvement : « le CLARP » (Comité de Liaison, d’Action Révolutionnaire et de Propagande). J’étais donc très actif au sein du mouvement étudiant.
J’ai vraiment découvert ce qu’était la musique à l’écoute des œuvres pour orgue de J-S Bach et je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai fait l’expérience de mes premiers émois musicaux, alors que je jouais (improvisations) de l’orgue en cachette dans l’église de mon village !

 

 

 

 

 

 

Fuzzine : Vous venez donc de sortir 69, album qui n'a jamais été sorti à l'époque. Comment ce projet a t'il vu le jour, et comment cela s'est il organisé? Et surtout, pourquoi si tardivement?

 

J-Y L. de R : Les bandes master ont été considérées comme perdues pendant plus de 40 ans, mais elles dormaient paisiblement (trop bien rangées) dans les archives de mon « partner in crime » John Holbrook, avec lequel je n’ai jamais cessé de coopérer, tant sur le plan artistique que sur celui des techniques de la prise de son. Il les a retrouvées à l’occasion d’un récent déménagement, et m’en a immédiatement fait une copie fidèle avec les moyens dont on dispose aujourd’hui, et que l’on n’aurait jamais imaginés à l’époque, même dans nos rêves les plus fous, c’est-à-dire en me gravant un CD (rires).

Je suis quand même étonné par l’accueil qu’il reçoit. C’est incroyable que ce disque plaise à ce point à mes petits enfants et à leur entourage. Mais que voulez-vous « Rock’n’roll is here to stay » et, croyez-moi, après avoir survécu à onze années passées à Woodstock, ce n’est pas un vain mot !

Fuzzine : A l'écoute de l'album, on est impressionné finalement par l'avance que vous aviez sur d'autres groupes pop français, voire même anglais, je pense à l'école de Canterbury. Il y a des réminescences de Soft Machine, Caravan et surtout de Gong. L'album fut d'ailleurs enregistré à Londres. Fréquentiez certains musiciens de cette mouvance?

 

J-Y L. De R : Pas vraiment. Les musiciens que je fréquentais à l’époque et pour cause (nous vivions tous ensemble dans une villa de la Vallée de Chevreuse) étaient ceux du Baba Scholae. Nous nous tenions volontairement hors du circuit « trendy » de façon à ne pas perdre notre temps en de vaines dissipations et aussi pour pouvoir travailler en toute quiétude sans recevoir les opinions diverses des uns et des autres…

 

Fuzzine : On imagine que vous avez tourné durant cette période, pour autant on ne retrouve pas de traces dans la presse (Il est vrai que la presse rock en France a surtout vu le jour aux débuts des seventies). Quelles étaient vos relations avec cette dernière? Des souvenirs de concert?

 

J-Y L. De R : Nous ne tournions pas ou vraiment très peu. Nous avons donné quelques concerts : Le Marquee à Londres, Le Rock’n’roll Circus et la Mutualité (concert pour les Black Panthers avec le Chicago Art Ensemble) à Paris , le Papagayo à St Tropez, et c’est à peu près tout. Nous ne nous préoccupions pas du tout de la presse, on s’en foutait totalement !

 

http://www.audiofederation.fr/wp-content/uploads/BabaScholae69.jpgFuzzine : Baba Scholae a longtemps été une "légende" dont peu connaissait l'existence. Or, on le voit sur le net, la sortie de votre LP a suscité un vif intérêt de par le monde. Comment expliquez vous cela, à l'heure de la musique consumériste et dématérialisée?

 

J-Y L. De R : Je pense que cet album suscite un vif intérêt parce qu’il est tout d’abord un témoignage authentique de la musique « prog » de cette époque, que sa qualité sonore est de très haut niveau, et que le Baba Scholae était un véritable groupe « underground », plongé dans sa musique, sans concession aucune (commerciale ou autre) et dont ce disque est le reflet. Nous ne cherchions pas à plaire, et avoir du succès n’était vraiment pas note motivation.

 

Fuzzine : Comment les membres de Baba Scholae se positionnaient dans une france non pas marquée par le blues rock mais la pop yéyé franchouillarde?

 

J-Y L. De R : Le Baba Scholae n’a jamais essayé de se positionner en France, nous étions considérés au mieux comme des « ovnis » dans ce monde de pop yéyé franchouillarde et de rock à la Johnny !

 

Fuzzine : Une question que je trouve pour moi pertinente, la musique des sixties est fortement empreinte de son époque et de son évolution sociétale. Peut on dire que Baba Scholae était politisé?

 

J-Y L. De R : Oui, on peut, sans aucun doute, dire que le Baba Scholae était politisé : Une bande d’anars !

 

Fuzzine : Pourquoi, au final, le disque n'a t'il pu voir le jour à cette époque, et comment le groupe s'est il dissout? Des regrets?

 

J-Y L. De R : Un jour Jules (Vigh) me parla d’Olivier Mosset en des termes qui m’incitèrent à faire sa connaissance. A l’époque il était à Zanzibar Productions, qui soutenait des projets underground. Je le rencontrais donc et peu de temps après, à sa demande, Jules et moi passions une audition, en studio, dans des conditions très Rock’n’roll, avec les moyens du bord : n’ayant plus d’instrument, j’utilisais en guise de guitare rythmique un violon (le seul instrument qui ne nous avait pas été volé à Londres), dont j’avais hérité d’un de mes oncles. Je regrette aujourd’hui de ne plus avoir cet enregistrement d’improvisations, dont je garde un excellent souvenir.

Sur les recommandations d’Olivier Mosset, Zanzibar Productions décida de financer le Baba Scholae. Alors, je suis reparti en Angleterre (Londres et Liverpool), à la recherche  de nouveaux musiciens (ceux qui apparaissent sur le disque à l’exception de Christian Piat, qui nous quitta pour des raisons de santé) pour reformer le groupe. Nous achetons du matériel, louons une maison dans la Vallée de Chevreuse et, après quelques mois de répétitions, nous sommes prêts à enregistrer. Nous le ferons à Londres, aux studios IBC, que John Holbrook venait de quitter pour se joindre au Baba Scholae.
A Londres, bis repetita, un de nos « roadies » nous a volé l’argent prévu pour l’enregistrement. Heureusement Olivier Mosset est une nouvelle fois intervenu (c’était limite) et nous avons pu finir le disque. Nous avions les masters (des acétates à l’époque), mais nous n’avons pas pu le presser faute de moyens. (Extrait tiré du livret CD)

http://gonzai.com/wp-content/uploads/2012/11/M-Frog-Woodstock-Photo-Richard-Gibbs-1974.jpgFuzzine : Dans les années 70, on vous retrouve dans le groupe Utopia, vous fréquentez la scène rock US, connut Woodstock, bref à mille lieux de la vie européenne. Une envie à la Kérouac?

 

J-Y L.De R : Non, pas d’envie à la Kérouac. Après un premier séjour en 69, je me suis installé à Woodstock en 70 tout simplement parce que ma belle mère y avait une maison et que je devais quitter la France (because insoumission / A ce moment là je devais être incorporé (résiliation de sursis « because »  mai 68…). Ne voulant pas me soumettre, je suis reparti en Angleterre puis, de là, à Woodstock, avec ma femme enceinte, John Holbrook, deux valises et mes masters. Extrait du livret CD). On pourrait dire : the right place at the right time! J’y ai vécu et travaillé 11 ans (solo, Utopia, etc…) avant d’aller vivre à New-York dans les années 80.

 

Fuzzine : Quelle relation avez vous garder avec Todd Rundgren ?

 

J-Y L.De R : Excellentes, si ce n’est qu’on ne se voit plus beaucoup (il vit au milieu du Pacifique). Nous nous sommes revus à Paris lors d’une de ses tournées européennes et se fût un plaisir de nous retrouver à cette occasion.

 

Fuzzine : Quand on scrute votre trajectoire, vous apparaissez clairement comme un activiste culturel (on ressent ici l'influence des années 60). Dans les années 90, vous montez en pleine guerre en Bosnie reformer la chorale éclatée de Sarajevo – alors composée de Serbes, de Croates et de Bosniaques. J'ai lu que vous les aviez  fait chanter dans la cathédrale de la ville,  puis permis de les faire passer par le tunnel de l’aéroport en direction de la France. Racontez nous un peu cette aventure?

Dans le même ordre d'idée, vous avez remis cela avec la tournée "D'une Seule Voix" entre israélien et palestinien. Comment voyez vous votre action, et que vous inspire la situation actuelle du conflit israelo- palestinien?

 

J-Y L.De R : Raconter l’aventure « Sarajevo » ainsi que « D’Une Seule Voix » en quelques lignes est impossible ! Vous trouverez sur le site d’Ad Vitam Records nombre d’infos concernant ces projets qui, je l’espère, vous permettront de vous en faire une idée. Pour résumer et pour faire simple je citerai l’écrivain Daniel Rondeau qui disait de moi : « Parce que la musique est son métier et la passion de sa vie, et qu’il n’acceptait pas la violence faite aux innocents… » Je vois mon action comme un acte de résistance face à la barbarie, en mettant la musique au service d’un certain humanisme. Pour répondre à votre question, la situation actuelle du conflit israélo-palestinien me plonge dans la plus profonde tristesse, m’indigne, me révolte et m’écœure … Néanmoins je ne renoncerai jamais à l’espérance et continuerai toujours à me battre même s’il n’y a jamais de victoire…

 

14) Je ne vous embête pas plus. Une dernière question : l'album de Baba Scholae a été édité en CD. Pourquoi ce choix, et non pas dans un premier temps en LP ?

 

J-Y L.De R : Pour des raisons d’ordre technique, l’album du Baba Scholae a été édité en CD dans un premier temps et sera édité en LP vinyle très prochainement.

 

Entrevue mené par Lou. Certaines réponses sont tirés de l'excellente entrevue de Laurent Thorin réalisée sur le livret CD.

 

LIEN :

Ad Vitam Records

The Strange Experience Of Music

commentaires

Haut de page