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Rock Français - Johan Asherton

par lou 12 Novembre 2009, 16:47

Aurais je assez chanté ses louanges, mais Johan Asherton a bien voulu m’accorder une entrevue. Rencontre avec le plus grand artiste français actuel.  Scandaleusement passé sous silence par quatre-vingt-dix-neuf pour cent des médias.  Trop occupés à tracer des graphiques de rentabilité, pour perdre du temps avec quelqu’un qui cite Marc Bolan et JK Huysmans.  Ça tombe bien, Johan s’en fout. Ce qui l’intéresse, c’est sa musique. Nous aussi. Je tape ceci en écoutant son dernier album live (Live At Cinema Jean Vigo) enregistré à Genevilliers le 7/02/2009, et j’ai, comment dire, les mâchoires sur les genoux. Toujours ce si bel alliage, si simple en apparence. Une voix, dix doigts, et six cordes. Surtout rien de plus.  Le sauveur est en ville, portez la bonne parole.  Et quand il s’attaque à ces grands écorchés que sont Tim Hardin ou Jackson C. Frank, les baltringues de la concurrence sont autorisés à se cacher sous le tapis. Pour y peaufiner leur tout petit répertoire, et capitaliser sur le goût atroce d’une génération. Les pauvres.

 

 

Laurent : Présentation, premières influences.
Johan Asherton : Je suis né à Paris en 1958. Mes parents étaient musiciens classiques, et m'ont toujours soutenu dans ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis mis à la guitare en 1970, et ai commencé d'écrire mes premières chansons en écoutant Hendrix, T. Rex et les Beatles. Et tout ce qui se faisait à l'époque. Des gens comme Dylan, Cohen, Tim Hardin, David Blue, Kevin Ayers et Nick Drake sont venus un peu plus tard.


L : Premier et dernier disques achetés.

JA : Axis: Bold As Love d'Hendrix, et Pieces de Manassas, qui vient de sortir.


L : Reprenons ta carrière dans l’ordre. Il y a d’abord eu les Froggies, groupe de rock intègre ?  Puis du blues. C’est important le blues ? Avant de te lancer en solo. Les critiques de God’s Clown étaient élogieuses. Ça t’a surpris, pour un disque aussi dépouillé ?
JA : Les Froggies, parce que les Dogs m'ont montré qu'un groupe français pouvait vraiment jouer du rock tel que je l'entendais dans ma tête. Le blues est très important, puisqu'à la base de toute cette musique. Et j'ai eu envie de m'immerger dedans, avec le Liquid Gang. Mon premier album God's Clown est paru en 1988, très influencé par Nikki Sudden, qui m'a démontré qu'on pouvait fusionner Bolan, Syd Barrett, les Stones, Neil Young et Dylan comme si de rien n'était. Ce disque a été très bien reçu, ce qui m'a bien sûr fait plaisir, mais il n'est pas si dépouillé que cela, je pense.


L : Parlant de ce premier album solo, le verra t’-on enfin, un jour, sortir en CD ?

JA : Il est sorti à l'époque en vinyle, cassette et CD. Mais surtout en vinyle. J'espère le voir réédité un jour.


L : Tu as participé à des compilations hommage à Dominique des Dogs, Nikki Sudden, consacré un disque à Marc Bolan. La noblesse du geste avant tout ?
JA : Il me parait important de rendre hommage aux gens qui nous ont beaucoup apporté. Il y en a bien d'autres, mais je n'en finirais pas.


L : Certains de tes disques sont distribués uniquement au Japon. Explique-nous un peu ce paradoxe ?
JA : C'est valable pour beaucoup d'autres artistes. Les Japonais sont d'éternels curieux de tout, très branchés sur des trucs assez exceptionnels, que ce soit en musique, littérature, cinéma.

L : Il y a aussi ce côté littéraire. Qui sont tes auteurs favoris ? Tu as même consacré un album à un poète écossais.

JA : J'ai mis en musique Phantastes, de l'écrivain George McDonald (http://fr.wikipedia.org/wiki/George_MacDonald)/et mes auteurs préférés vont de Huysmans à Henning Mankell, en passant par Boris Vian, Maupassant.  Il y en a tellement...

L : Grâce à toi, j’ai découvert les préraphaélites (http://www.canalacademie.com/L-art-nouveau-les-preraphaelites.html). Comment définirais-tu le fan moyen de Johan Asherton ? Un dandy en devenir ?
JA : J'ai l'impression de toucher toutes sortes de gens, âges et milieux confondus, ce qui me plait beaucoup. J'ai horreur des prétendues élites - si tant est que le dandysme en soit une. Le vrai dandysme se trouve bien souvent dans l'inattendu le plus complet, à mon sens.

L : Ton opinion sur l’état actuel de la musique, la télé-réalité et le business omniprésent. Ça t’intéresse, t’indiffère ou te déprime ?
JA : Un peu tout cela en même temps... Je ne me pose plus trop de questions depuis longtemps. J'ai une idée assez claire de ce que je veux faire, et comment le faire.


L : Les lois contre le téléchargement illégal. C’est utile ou liberticide ?
JA : J'aime surtout l'idée que les tous les ayants droit soient rétribués. Si les disques ne se vendent plus, si les artistes ne se voient plus proposer que des concerts gratuits ou aux entrées, il deviendra impossible de continuer à vivre pour créer.

L : On peut parler un peu de Nick Drake ? Même si on a dû te faire le coup mille fois. Tu pourrais lui dédier un album entier ?
JA : Son influence dans ma vie, tant humaine que musicale, est immense. Je lui ai implicitement dédié mon album The Moon, Soon (1995) et à part une reprise ou deux, je ne me verrais pas m'attaquer à sa musique.

L : Tes projets maintenant ?
JA : Des rééditions de certains de mes albums, l'écriture de nouvelles chansons, différents projets avec mes groupes (The Aoifes, The Marauders), et finir d'écrire un petit roman commencé il y a longtemps.


L : Ton île  déserte. Une personne, un disque, un livre, un film, une guitare.

JA : Ma girlfriend, et une bonne vieille Gretsch White Falcon. Pour le reste, il y en a trop !

 

Entretien mené par Laurent.

 

http://www.asherton.hinah.com/news/

http://thatsallfolk.free.fr/?tag=johan-asherton

 

Chronique

Johan Asherton. Live At Cinema Jean Vigo. Fuzzine.

 

 

Combien de disques achetez-vous par an ?

Je veux dire pas par réflexe, juste pour faire retomber la pression. Non, de ces bijoux qui vont remplir vos après-midi de déprime, ou vos dimanches matin trop lucides. Ceux que vous défendriez au fusil à pompe ?

Du genre qu’on refuse de prêter, voire même d’écouter autrement que pour des raisons de solitude interne.

Celle qui se nourrit de l’instant, et de cette douleur si douce qu’on s’est habitué à la porter.

Il y a certains Neil Young, Tim Hardin, Nick Drake, Jackson C. Franck.

Les mots délicatement embrochés sur les arpèges. Et puis la voix qui raconte des histoires.

A ce club très fermé, vous êtes priés d’ajouter Johan Asherton. 

Live At Cinema Jean Vigo, c’est le concert rêvé. La candeur du personnage/troubadour, les belles chansons qui s’enchaînent, et l’assistance attentive. Jeu égal avec le récent Tim Buckley, pas moins. Musique fragile pour sentiments à fleur de peau. Qui vous accompagne sur un quai de gare tôt le matin. Quand le futile devient insupportable.  Et que le temps lui-même s’écrase gentiment.

L’horizon est si loin, la boite aux lettres bien vide.

Et demain ressemble à un chemin toujours plus étroit.

La voix a pris une ampleur incroyable dans la sono. La guitare ponctue doucement. Le tout tape directement au cœur. Si longtemps que Johan nous distille sa lumière veloutée.

Les yeux sont lourds, et la pauvre condition humaine impose des devoirs constants. En guise de récompense, il existe des disques comme celui-là.


 

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