Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rock Français - Spirit Of The Matter - Zuble Land

par lou 28 Septembre 2010, 15:39

Rock Français

 

Spirit Of The Matter

 

Zuble Land

http://www.montceau-news.com/images/SPIRIT%20OF%20THE%20MATTER%202009.jpgOn ne peut que se féliciter encore et encore de l’existence de label comme Soleil Zeuhl ou Muséa, qui permettent aux musiques originales et progressives de subsister dans un système où le profit à court terme justifie à lui seul la merdasse de la production actuelle. C’est donc avec un plaisir non feint qu’au sein de la redac’, on a appris que les Spirit Of The Matter avaient enfin signé leur premier album officiel, après trois essais intéressants en auto production.

 

C’est en effet à la sortie du Miroir A Trois Faces que l’on avait faites la rencontre du trio au sein de Fuzzine, il y a tout juste un an. Un album qui nous avait charmés par sa construction mélodique et son originalité, consacrée par un morceau bien dans son époque maussade, La Réalité. L’occasion idéale pour nous de revenir avec Ian sur cette consécration musicale qu’est la sortie de Zuble Land, aux fortes réminiscences zeuhl et progressives, voire psychédéliques. Un monde imaginaire et satirique au travers d’une évolution musicale où l’accidentelle côtoie la maitrise harmonique, pour une plongée sonore originale qui rappelle les délires du Gong et la SF des seventies.

 

 

Fuzzine : Bonjour Ian. Nous nous retrouvons quasiment un an après notre première entrevue où nous vous avions découvert à travers le titre La Réalité sur votre troisième album, autoproduit comme les deux précédents, le Miroir à trois faces. C’est un peu l’anniversaire de notre fanzine, et en même temps le vôtre, puisque vous venez de sortir officiellement votre quatrième album sur un label, et pas n’importe lequel, l’excellent Muséa ? Une fierté ? 

 

Ian : Musea est un label dédié au rock progressif et à la musique psychédélique ou expérimentale et on a vraiment pris le fait qu'ils nous aient choisis pour sortir un disque comme une reconnaissance. C'est toujours plaisant d'être apprécié par des professionnels ou un public à qui votre musique s'adresse particulièrement. C'était d'autant plus bienvenu aussi qu'actuellement les maisons de disques ne misent que très peu sur la nouveauté et donc sortir en cette période, avec une musique aussi peu commerciale et formatée que la nôtre, c'était presque miraculeux ! C'est surtout important pour nous que les albums puissent être entendus et que nous puissions à l'avenir placer les projets suivants.

 

Fuzzine : Comment se sont déroulées les démarches avec Muséa ? Et envisagez-vous de ressortir vos albums précédents ?

 

Ian : Nous avons simplement envoyé un cd démo de Zuble Land sans y croire plus que ça étant donné tout ce qu'on lisait sur l’effondrement du marché du disque et les marges de manœuvre de plus en plus limitées des maisons de production. Ils nous ont cependant choisis avec un comité d'écoute et ont décidé de miser sur nous. Concernant les albums précédents, on trouverait vraiment dommage que "le miroir à 3 faces", qui n'a existé que sur internet, ne soit jamais édité sous la forme d'un cd ou d'un vinyle, car c'est un album qui reste important dans l'histoire du groupe, mais peut-être sera-t-il plus facile de le faire sortir à l'avenir, maintenant que nous avons trouvé une brèche. Nous avions eu des propositions


avec le miroir, de la part de labels plus ou moins importants, mais qui par malchance avaient reculé, devant la conjoncture qui ne se prêtait à aucune prise de risque c'est vrai. Entre parenthèses, que ce soit pour nos albums ou pour tout autre album de tout autre groupe, cette attitude est finalement assez dommageable, car au final plus les labels s'enfoncent dans un conformisme ou une ligne à suivre, plus le paysage musical est pauvre et moins les gens auront la curiosité d'aller vers la nouveauté. Mais peut-être que c'est une spirale et qu'ils n'ont pas vraiment le choix non plus.

  http://c4.ac-images.myspacecdn.com/images02/140/l_f225bdbbbe1d40d9905ef1173a65b96f.jpg

F : À l’époque vous nous parliez déjà de Zuble Land. Comment se sont passés les séances studios ? 

 

I : Comme pour "le miroir à 3 faces" nous avions enregistré live dans le 8 meters square studio en avril 2009 en totale improvisation. Seule exception, un thème que nous avions travaillé pour "space cheap trip", qui se trouve au tout début de l'album, qui revient à la fin et qui intervient partiellement en milieu du disque un peu comme un fil conducteur. Ces heures de prises de son live étaient restées dans les cartons le temps que l'on finalise "le miroir à 3 faces" et nous avons ensuite attaqué les overdub de "Zuble Land" d'août à décembre 2009, d'abord au Moka club puis au Stu-stu à Paris. Au final, nous n'avions pas le souvenir d'avoir passé autant de temps en studio à travailler sur un disque. Mais il se trouve que Eljibi et moi-même apprécions les heures passées derrière une console où le temps ne compte plus vraiment. Rémi lui préfère nettement les sessions d'enregistrement live et il a la faculté de savoir tout de suite dans quelle direction aller sur une impro, avec un jeu de batterie toujours très subtile qui est vraiment très appréciable quand on joue ensemble. C'est important quand on improvise de se sentir porté. 

 

F : Zuble Land semble être la suite logique de votre travail, s’imbriquant parfaitement avec le Miroir à trois faces. Vous confirmez ?

 

I : Les deux albums se sont enchainés assez rapidement et s'imbriquent assez bien c'est vrai, malgré le fait qu'ils soient très différents. Cela tient au fait que nous sommes plus dans une recherche musicale évolutive que dans une démarche de changement pour le changement et donc on n’hésite pas à réutiliser des schémas qui nous avaient semblé intéressants, car de toute façon, on sait maintenant qu’assez naturellement, chaque album apporte ses surprises et ses sonorités inattendues. Avoir un style particulier, dans toute expression artistique, est quelque chose de difficile à obtenir, car ça ne se décrète pas. Quand on crée un groupe à partir d'individualités toujours différentes, la mayonnaise prend ou ne prend pas et quand on touche à ce qui semble être un style personnel, ce serait vraiment dommage de casser cette fragile alchimie en forçant vers une direction qui ne nous correspondrait pas. 

La continuité entre le Miroir et Zuble Land tient aussi au fait que la base live des deux albums a été enregistrée au même endroit et dans des conditions similaires avec la contrainte voulue d'une prise de son stéréo sur 2 pistes uniquement ! C'est d'ailleurs une des caractéristiques de tous nos albums.

 

F : Zuble Land serait donc une planète imaginaire. La référence à Magma est du coup évident. C’est quoi l’idée de départ ?


I : C'est en tout cas la première fois que nous avions un concept d'album aussi clair avant de commencer des sessions d'enregistrement en improvisation. Quand on jouait, le propos de l'album était très présent à notre esprit. Le cosmos de façon général et en particulier cette mystérieuse planète Zuble. C'est une idée simple qui comme souvent les idées les plus simples peut donner un champ infini d'investigation, qui a été exploité par Magma avec leur excellent kobaia, aussi par Gong ou encore en musique classique avec Gustav Holst et ses planètes (un disque que j'aime beaucoup). Zuble Land est notre version de ce type de voyage et d'exploration du cosmos véhiculé par la force de la musique. C'est très différent de kobaia qui théorisait beaucoup le propos. Notre voyage est moins sérieux et même parfois assez gaguesque dans les sonorités. On tient à garder cet aspect dérisoire ou comique dans la musique en parallèle à un aspect plus dramatique, car la vie comporte cette ambivalence aussi.

Zuble Land c'était aussi pour nous un retour à nos années lycée, quand du haut d'un bus qui traversait la Saône-et-Loire on voyait le panneau de ce mystérieux village qui porte le nom de Zuble. Les habitants disent zublé (le nom vient de Ublaie), mais depuis le lycée on a toujours prononcé ce nom à l'anglaise comme bubble car ce village en pleine cambrousse prenait ainsi un aspect surréaliste qui nous fait encore rire aujourd'hui. Au lycée toujours, on avait fait de Zuble une planète, déjà, sur laquelle se rendaient trois astronautes, sorte d'archétypes de séries SF, griffonnés sur des cahiers (ceux-là mêmes qui figurent au dos de la pochette du disque). Avec le temps nous avons fini par ressembler à ces astronautes, mais comme la Nasa ne nous a pas jugé assez sérieux pour nous confier une navette, on a logiquement envoyé nos alter ego en trait de stylo à bille explorer Zuble à notre place.

 

F : Sur cet album, on sent moins vos influences, et l’album résonne d’une manière originale, mais toujours en accord avec ce son que vous développiez sur le Miroir à trois faces. Une certaine maturité ?

 

I : Il y a vraiment une très grande unité musicale et sonore sur Zuble Land et il a été conçu comme un voyage, avec un départ, une phase d'exploration et une arrivée (ou plutôt un voyage de retour). Certaines sonorités sont devenues notre marque de fabrique, je pense à l'harmonium assez monstrueux ou bien encore au theremin fantomatique ainsi que d'autres sons qui interviennent de façon récurrente, mais à côté de ça nous sommes toujours dans une recherche constante au niveau des sons, dans des directions qui correspondent à nos aspirations. Les influences du groupe ont tendance à se noyer dans un style qui est maintenant très personnel et c'est plutôt une bonne chose. Avoir une identité en musique est quelque chose de rare. On pense que le groupe a obtenu cette identité clairement définie depuis "Le miroir à 3 faces".

 

F : Zuble Land est entrecoupé de message parlé, qui donne une certaine coloration à votre album, comme pour mieux renforcer l’impact désiré. Du coup, l’album parait très imagé, c’est une volonté ou un accident du aux répétitions ?

 

I : Les voix ne sont jamais ajoutées de façon innocente. Parfois c'est pour faire passer des messages, comme de brefs éclairs, en lien direct avec l'état de notre société au moment où l'on réalise l'album, ou alors elles peuvent aussi être là pour produire un effet comique. Suivant la musique à laquelle on les associe, une voix et des mots peuvent prendre une toute autre signification et c'est vraiment amusant de jouer avec ça. Notre musique est essentiellement instrumentale, mais le fait de pouvoir entendre à certains endroits une voix humaine surprend l'oreille et rend attentif. Généralement aussi l'auditeur, pour une raison que je ne saurais expliquer aime entendre des voix avec la musique.

 

F : On ne peut donc que se féliciter de la sortie officielle de Zuble Land dont je vais m’empresser de m’acheter. Existera-t-il une version vinyle ? Comment s’est passé le travail d’Artwork de la pochette ?


http://c3.ac-images.myspacecdn.com/images02/145/l_63267520279c40bbbcf893d9c5e2a3fe.jpgI : Pour l'instant, il s'agit d'un pressage cd uniquement et une édition vinyle n'est pas à l'ordre du jour même si l'album Zuble Land se prêterait bien à ce type de pressage, c ar il a été conçu de façon à pouvoir éventuellement être découpé en deux faces tout en restant cohérent. C'est une pièce en 2 actes avec un début et une fin puisque je le rappelle il s'agit d'un voyage avec une phase d'exploration. La pochette a aussi son histoire. J'avais pensé à un dessin d'enfant pour cet album et j'ai demandé à Maya, la fille de Eljibi si elle pouvait réaliser quelque chose pour nous, avec comme base de travail : dessine-moi la planète Zuble. Le résultat fut très probant puisqu’au premier jet Maya réalisa les dessins qui figurent sur l'album, ainsi que la typographie "zuble Land". Cela nous a beaucoup fait rire avec Eljibi de constater que Zuble était une sorte de grosse patate où il n’y avait rien à part quelques cratères. C'est vrai pourquoi dépenser autant d'énergie et d'argent pour aller visiter un tel endroit ? Cela correspondait tout à fait à l'idée de l'album et là encore au côté dérisoire de la condition humaine et de l'aventure spatiale qui en guise de conquête n'a pas conquis grand-chose. Nous avions au moins conquis le rêve d'une grosse patate marron peuplée d'individus fort sympathiques ne sachant s'exprimer qu'avec deux voyelles, ce qui n'est pas rien !

J'ai ajouté les personnages au dos de la pochette qui sont tels que je les aurais dessinés 25 ans en arrière. Le premier personnage est une marque déposée Eljibi qui avait créé l'astronaute Paul Ochon étant lui-même enfant. Le dessin est une interprétation que j'ai faite de son personnage. Quand on travaillait sur Zuble Land, une amie m'a également signalé l'existence d'un menhir à Zuble comportant la gravure d'une idole chevelue (terme employé par les archéologues) et datant du néolithique. Un graphisme stylisé de ce menhir, qui est en passe de devenir le logo du groupe a également finis sur la pochette de Zuble Land et un titre lui est consacré, "Ublaie stoned". Le menhir est devenu un cadeau des habitants de Zuble en offrande aux astronautes, ce qui vous l'imaginez bien a un peu plombé la fusée pour le voyage de retour. 

 

F : Zuble Land fera t’-il l’objet d’une tournée ?

 

I : Tout dépendra des ventes et de la capacité de Musea ou tout autre producteur à nous aider à produire une tournée, car seuls on ne peut l'envisager. Mais d'un autre côté, nous n'avons jamais considéré les albums comme des cartes de visite, mais comme des oeuvres à part entière. D'ailleurs la plupart des oeuvres majeures, véritables pierres angulaires de l'histoire du rock n'ont existé que sous la forme de galettes en plastique. Ce n'est nullement un problème, car le public à qui on s'adresse est très attaché au support disque, comme nous le sommes également. L'écoute attentive d'un disque chez soi, dans son intégralité, reste un plaisir magique, et c'est dommage de passer à côté. 

 

F : Où en est votre projet Mammouth ?

 

I : "Mammouth" est déjà dans la boite (une grosse !) et il ne reste que quelques détails de mixage à régler. Cet album aura ceci de particulier que toutes les prises de son en improvisation ont été enregistrées dehors en rase campagne. Cela nous a donné une sonorité assez exceptionnelle et inédite. Imaginez un harmonium d'église ainsi que divers instruments électroniques, une batterie et une guitare jouant dans l'herbe au milieu des prés le jour le plus chaud de l'année 2009 et ça vous donnera une idée de l'atmosphère "Mammouth". On proposera bientôt l'album en écoute sur myspace ainsi qu'à Musea en priorité, voire à tout autre label. L'important étant, au-delà de toute autre considération, que la musique puisse être écoutée.

F : Finalement, ça va vraiment mal ? 

I : Pour reprendre un extrait du futur "Mammouth" : le peu qu'on vous en dit vous cache ce qu'on vous tait. Mais déjà j'ai trop parlé. Seul le silence...

 

 

Entretien mené par lou.

 

LIEN :

Myspace

Mammouth


commentaires

Haut de page