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Rock Psychédélique Anglais - Un Peu D'Acide Dans Votre Thé?

par lou 22 Novembre 2012, 09:57

http://www.seedfloyd.fr/_media/guide-du-routard-floydien/granny-takes-a-trip/waymouth-pink-floyd-ufo.jpg?w=600DOSSIER

 

 

 

 

 

 

Rock Psychédélique Anglais

 


 

Un Peu D'Acide Dans Votre Thé?

Avec des «si» on mettrait le rock dans un ampli de verre. Et on l'admirerait, sans se poser plus de questions. Par exemple, que serait devenu un Syd Barrett capable de garder le cap ? Ayant su limiter sa consommation d'acide, gérer la pression, et plus généralement exploiter rationnellement son fichu don. Rappelons que le Madcap avait bâclé les sessions de Piper....d'une façon toute personnelle. Se contentant de poser des brouillons de guitare, laissant aux autres le soin d'en   extraire du cohérent. Le psyché anglais en est resté marqué pour l'éternité. Enfantant trois groupes sublimes, bien loin des accords de base/solo de slide du blues boom. Formations ayant trouvé la recette de la jeunesse éternelle. Concoctions quasi mystiques, tant l'architecture qu'on y visite est totalement inédite. Et sera, par la suite, bien mal recopié et plagié. Ce que les Rolling Stones avaient cherché à faire dans leur (aussi confuse qu'opportuniste) période psyché, eux l'ont réussi. Et pourtant l'époque était féconde (Timebox, VIP's) en combos gouteux. Chose pas vraiment étonnante, c'est finalement à  Sell Out qu'on pense le plus, en écoutant nos clients d'aujourd'hui.

 

http://thestrangebrew.co.uk/wp-content/uploads/2012/03/TangerineDream.jpgJe prends Kaleiodoscope, par exemple. Qui avait génialement dosé le sucre et les pilules pour son  premier album. Tangerine Dream (1967) s'écoute comme un rêve, si rapide qu'il en paraît dément. Mélodies parfaites, arrangements géniaux, harmonies grandioses, chausse trappe multiforme et multicolore. Comme nous voilà loin (si loin) de la confiture de courge des Jason Crest, et autres petits gagneurs. Même un intitulé aussi nunuche que Mister Small The Watch Repair Man, survit les doigts dans le nez à son importable appellation. Et Flight From Ashiya a la sale manie de ridiculiser la concurrence, dès que lâché sur une compilation. Aucun (je dis bien AUCUN) groupe anglais n'a poussé aussi loin son truc. N'a réussi à autant jouer sur la vibration d'une époque, pour en faire son identité. Ce côté candide, qui permet de sublimer son propos. D'affirmer quelque chose, en y croyant vraiment. Si tout est sacré dans le rock, alors Kaleidoscope est sacrément profane. Parole de mécréant. Leur seconde tentative (Faintly Blowing, 1969) est une bête bien différente. Comme si ils avaient troqué le marchand de fringues baba, contre la salle de musculation. Le morceau titre  évoque étrangement les Smoke et Creation. Attention, le groupe n'est pas devenu une machine à tabasser,  mais son propos est plus vitaminé. La diction de Pete Daltrey a évolué vers quelque chose de beaucoup plus assuré qu'avant. Toujours aussi british, soit dit. Oh, à l'occasion, on retrouve ce qu'on a jadis aimé chez eux, bien sûr. Mais c'est pour mettre en valeur, une énergie nouvelle, dans un morceau complexe et burné. Sinon, les chansons sont toujours à tomber, et le talent intact. Évidemment, tout ceci n'a pas marché. Ecoutez If You So Wish, pour bien mesurer l'ampleur de la surdité qui sévissait alors. Alors, le groupe (rentabilité oblige) a remis le compteur à zéro, et s'est rebaptisé Fairfield Parlour. L'album From Home To Home a un sérieux coup dans l'aile, dès le départ. Fini la main de Midas, la grâce absolue, perdu le don. A la place, une série de morceaux accrocheurs (l'horrible In My Box) et un peu prévisibles. L'invention de jadis soigneusement mise à la disposition de quelque chose de, beaucoup moins, risqué. Les refrains sont particulièrement gluants et faciles à mémoriser. Tic révélateur. Un truc aussi consternant que Bordeaux Rose fait mal aux oreilles. Tant on imagine le groupe affamé, adressant de grands signes à la foule, pour se faire payer un sandwich. Par instants, la magnificence passé ressurgit bien (Emily) avant de se suicider sur un riff piqué à un western spaghetti. Les fans de Pink Floyd première façon doivent, de toute façon, avoir entendu Sunny Side Circus, au moins une fois. La voix nasillarde, les changements d'accords bancals, ces yeux fous qui roulent tout du long, du Syd tout pondu et tout flamboyant.

http://1.bp.blogspot.com/_dymn98HnOYg/RyUXFl1nVJI/AAAAAAAAAHI/AcoBQz3iQ3A/s320/Tomorrow.jpgBien sûr, le disque est encore un bide commercial. Ensuite (signe du destin) le groupe a enregistré ce qui devait, logiquement, être le morceau thème du second festival de Wight. Sous le pseudo tragi-comique de I Luv Wight. Résultat, leur chansonnette neuneu a été doublée par les inconnus Great Awakening, et une version d’Amazing Grace. Ce qui s'appelle amener son pot de vaseline à la partouze. Et se faire enfiler jusqu’au trognon. Très grande perte que celle de Kaleidoscope. Supposez qu'ils aient décroché la timbale des Moody Blues, la face du monde en était changée à vie. Un truc qu'aurait difficilement pu faire le gars Syd, c'est être membre de Tomorrow, par contre. Même si le futur le destinait à croiser (brièvement) la route de Twink. L'unique album du groupe (1967) est d'un très haut niveau, d'une compétence musicale extrême (Steve Howe, pas le dernier rigolo désaccordé venu). Et n'autorise aucune errance créatrice. Par contre toutes les audaces sont permises, la machine fonctionne à plein rendement. Ecoutez Colonel Brown, histoire banale d'un vieil homme à la fin de sa vie. Que du bonheur concentré en deux minutes, parfait single pop british. Recette éprouvée et imparable. Le disque est bourré de ce genre de pépites. Moins glorieusement nigaudes que Kaleidoscope, avec assez de patchouli pour laisser deviner l'année de parution. Ma favorite reste Revolution, tout de même. Son intro bien far out, son refrain  imparable (Revolution...Now) et ses brefs flashs baroques, modèle Sky Pilot. Tout cela imbriqué vicieusement, monté en machine infernale, pour joyeusement vous exploser dans les oreilles. Proposée en bonus, la version mono n'est pas triste non plus. Moulinée au phasing, et pressée d'en finir.  Il fallait aussi oser refaire Strawberry Fields Forever mieux que l'original, dix fois plus lysergique. Et il y a le hit  merveilleusement crétin (Auntie Mary's Dress Shop) aux relents d’Angleterre Victorienne autant que de Carnaby Street. Pas un instant de relâchement à signaler (l'album tourne en boucle, ici) par un des tous meilleurs groupes anglais. A signaler (toujours dans les bonus) les titres d'Aquarian Age. Projet solo de Twink, juste après Tomorrow, et avant les Pretty Things. Good Wizard est anecdotique autant qu'erratique, mais 10 0000 Words In A Cardboard Box (qu'on retrouvera sur Think Pink) c'est du vrai, du vif argent qui dépote sa pilule de sunshine. Pour être complet (hélas) il faut signaler que la réédition nous entraine AUSSI  du côté de quelques  borborygmes solos de Keith West (le chanteur). Accompagné par Ronnie Wood, Aynsley Dunbar et Steve Howe, il donne dans le Bowie première façon. Sorte de variétoche maladroite, et inintéressante, qu'aurait pu facilement reprendre un hippie du calibre de Sacha Distel. J'avais pensé inclure Tyrannosaurus Rex dans l'article, mais il y a tellement à dire qu'on leur réservera un papier en plein.

 

http://www.popsike.eu/pix/20071125/290185569533.jpgUn mot sur Pussy, quand même. Tant leur unique album (Pussy Plays 1969) regorge d’inventivité et de maitrise.  L'auditeur a certes les trous de nez au frais, mais les pieds bien racinés au sol. We Built The Sun, par exemple, se ballade entre vocaux cosmiques et sons menaçants, sans plier une seule fois les genoux. Nous voilà presque dans le heavy psyché première façon. Le chef d’œuvre se nomme ici Comets, avec une utilisation géniale de ce machin impossible qu'est le theremin. Bidule qui sonne ici à la fois comme le violon d'Erich Zann, et le mugissement du taureau onaniste. L'album est court (sept morceaux) mais intense comme le magnésium. En rab sont proposés les morceaux de Fortes Mentum, premier nom du groupe. Sorte de cuisine grandiloquente et mal assuré, qu'on quittera vite pour se repasser Pussy. Et voir passer les fantômes de Tragedy In F Minor, majestueux comme un convoi funèbre silencieux. Goutez à ce que ces les années soixante anglaises ont enfanté de meilleur. Avant que la gale progressive n'ait posé ses mains sales partout.

Laurent

 

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