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Rock Underground - Husky / Entretien

par lou 28 Février 2011, 11:21

Rock Underground

 

HUSKY

 

Une Vie De Chien

http://a1.l3-images.myspacecdn.com/images01/4/2255e7a7a8485d28372ce1ba6de92b61/l.jpgOn vous en aura déniché des impossibles, des bricolos de l'accord juste et de l'expression tordue. Pour tout dire, c'est le truc qu'on adore. Sortir de l'ombre ces types qui inventent de nouveaux nœuds à chaque riff, partent dans d'improbables tresses, et réussissent à se faire leur coin de place au soleil. Ce coup ci, c'est tombé sur Husky, trio de Caroline du Nord, avec deux albums à son actif.

Deux puzzles, plutôt. Capables de rouler sur les vertes prairies de l'Allman Brothers Band dans l'instant, et d'embrayer sur des ruines étrusques comme ça, sans même mettre leur clignotant.  Autant leur politique du sens giratoire est particulière, autant leur musique est dépaysante. Merci à eux de nous avoir envoyé leurs réponses dans deux formats, pour être sur qu'on les lise bien. Ces gens sont simples, sans doute parce qu'ils pratiquent la musique à coté de leur boulot quotidien. Et dans ce monde de tronches enflées, souvent pour pas grand chose, ça rassure sur le genre humain.

 

 

Laurent : Qui êtes vous, que faites vous dans le groupe ?

 

Phil :  Je joue de la guitare et des claviers. Je m'occupe aussi de l'enregistrement et du mixage de nos albums. Mark et moi avons commencé à jouer ensemble il y a longtemps, dans différents groupes. A la fin de cette période, on s'est associé avec Nate.

 

Mark : Mark Hadden, basse. Phil et moi avons été dans les mêmes groupes depuis 1992. Vers la fin 1999 nous avons monté Husky. Dans le but de tuer le temps, boire des bières et faire du bruit.

 

Nate : Je suis Nate, le batteur. Au début il y avait moi, Phil et deux autres gars. On jammait en tombant quelques mousses. Quand les deux types sont partis, Phil a ramené Mark, avec qui il avait déjà joué. Les chose se sont enchainées de là.

 

L : Premier disque acheté, premières influences.

 

P : Frontiers de Journey. Je l'adorais. Send Her My Love est toujours la chanson d'eux que je préfère. Mes premières influences venaient du monde entier, comme aujourd'hui.

 

M : Joan Jett And The Blackhearts, I Love Rock And Roll. Mon influence actuelle est la gamme pentatonique mineur, comme beaucoup de musiciens.

 

N : Le premier disque que j'ai acheté avec mon propre argent était Tears For Fears, Songs From The Big Chair. Parce que j'aimais une fille qui était là-dedans. Avant ça, c'était Bruce Springsteen. Après, j'ai découvert toutes les sortes de punk et de hardcore.

 

L : Comment décririez vous la musique d'Husky ?  Êtes vous un soi-disant groupe de Stoner-Psychédélique-quelque chose ?

 

P : Je ne suis pas sûr de ce qu'on est. Kraut psychédélique épique, du sud de l'Amérique, peut être ?

Il y a du blues et du post rock là-dedans aussi. Donc je ne sais pas.

 

M : Rock instrumental.

 

N : Husky joue du kraut psychédélique sudiste. Je pense qu'on a débuté comme «stoner», dans la mesure où on écoutait, et écoutons toujours, ce truc là. Mais nous avons grandi, et dépassé le stade d'adoration de Kyuss/Clutch. Non pas qu'il y ait quelque chose de mauvais avec ces groupes, je les aime, et il y a beaucoup d'eux dans ce que nous faisons. Mais beaucoup de gens utilisent ça comme une formule, au lieu d'essayer de trouver leur son.

 

L: Parlez nous du rock allemand, comme il est dit sur le Myspace. J'ignorais que les groupes allemands avaient atteint les oreilles américaines.

 

P : J'adore ça.  Can et Neu, spécialement. Ce beat mécanique est si hypnotisant. Et c'est bon pour danser, aussi. A mon avis, cette musique est également idéale pour penser.

 

M : Personnellement, j'adore le krautrock pour son coté répétitif. Par nature, c'est plutôt désintéressé, plus axé sur le tout que concentré sur un seul instrument ou joueur. 

 

N : Pour être honnête, à part Kraftwerk et Hawkwind, je  n'en n'ai pas entendu beaucoup.  Phil et Mark m'y ont initié. Après, j'ai fait mes recherches, et pensé que Husky était comme du kraut organique. C'est mieux que «Stoner», «Rock a riffs» ou «Sludge». Ça nous classe à part, je n'aime pas trop être rangé dans un casier. http://2.bp.blogspot.com/_W8BxmcUmLgc/TKUw6ct1-1I/AAAAAAAAHa4/2SEIuEunaEY/s1600/husky-sea_king.jpg

 

L : Vous avez cette chanson intitulée Mayas contre Martiens. Que diriez vous de la Terre, à quelqu'un d'une autre planète ?

 

P : Je lui dirais que la Terre est pleine de gens incapables de s'entendre. Mais qu'on y mange bien.

 

M : Ne crois pas ce qu'on te dit. Et seulement la moitié de ce que tu vois.

 

N : Je lui dirais que, bien qu'il y ait beaucoup de démence, nous sommes des gens très sympas. Ne nous jugez pas aux extrémistes et aux politiciens qui font le plus de bruit.

 

L :  Gardez vous un œil sur les nouvelles ? Parlez-nous de vos peurs et de vos espoirs.

 

P : Je regardes les infos sur le câble, tous les jours. C'est une habitude. J'ai beaucoup de sujets d'inquiétudes, spécialement quand je pense à mes deux gamins. Mais la plus grande partie de ceci n'est pas sous mon contrôle.

 

M : Je regarde peu les nouvelles. De peur de croire ce que Ted Turner veut me faire avaler. Et c'est un abruti.

 

N : Ma peur est qu'un extrémiste mette la main sur une vraie arme de destruction massive, et fasse réellement du dégât dans le monde. J'espère toutefois que, d'une façon ou d'une autre, nous les terriens puissions apprendre à nous supporter. Pour pouvoir transformer l'humanité en une grande fiesta, flottante dans l'air. Je ne prête pas beaucoup d'attention aux nouvelles, il y a rarement du positif.

 

L : Husky est un groupe totalement instrumental. Pourquoi ce choix difficile ? C'est un genre de suicide commercial de nos jour. Vous y pensez ?

 

P : Aucun d'entre nous ne voulait chanter, et nous ne connaissions aucun chanteur qui nous semblait correspondre à ce qu'on faisait. Il semble que les chanteurs amènent un certain niveau de dramaturgie, et nous sommes des mecs très relax. Pas de prise de tête chez nous. Mais c'est certainement un défi d'essayer d'écrire de la musique intéressante, sans paroles. C'est drôle. Nous avons des buts très réalistes, puisqu'ayant tous la trentaine bien entamée, avec des boulots et des familles. On ne vise pas les étoiles, on tente juste de faire une bonne musique et de rigoler. Je ne vois pas ce qui pourrait nous aider avec un chanteur.

 

M : Les choses se sont mises en place comme ça. J'ai abandonné l'idée de gagner de l'argent avec la musique il y a longtemps. Donc, oui, je me fous d'avoir un gros succès commercial. Si ça arrive, tant mieux. Mais on a toujours nos jobs.

 

N : Quand le groupe s'est monté, on écrivait pas vraiment de chansons sous la forme couplet/refrain. Les vocaux ne collaient jamais. Les gens nous disaient qu'on avait besoin d'un chanteur et on répondait «d'accord, tu t'y colles». Personne n'a jamais relevé le défi, donc c'était au delà du choix. Depuis le début, on a jamais pensé en terme de succès commercial, juste essayé de faire une musique qui nous plaise. Quand je vois des groupes comme Pelican, Russian Circles, Tides et n'importe qui qui a du succès, ca relève plutôt de l'ordinaire d'être instrumental. Ça me dérange ? Pas vraiment.

 

L : Qui est le fan moyen de Husky ? Un marginal ?

 

P : Je ne suis pas sûr qu'il y ait un fan moyen. Je connais des gamins et des grands parents qui semblent nous apprécier. Mais je suis sûr que dans le lot il y a plusieurs marginaux et des administrateurs en chimie moderne.

 

M : On ne rejette personne en tant que fan. Assez bizarrement, si on est sur la même affiche que d'autres groupes de Stoner, les nanas votent pour pratiquement à chaque fois. Elles semblent apprécier de n'être pas totalement détruites par un concert.

 

N : Barbu, musicien, aime la bière, a probablement déjà expérimenté avec les hallucinogènes. Oh, et les gonzesses en rut. Elles nous aiment ! Je crois pas qu'on a encore recensé de cas sociaux.

 

L : Pensez vous que la crisé économique puisse changer la façon dont les gens s'identifient à la musique ?

 

P : Certainement. Les gens vont vers la musique quand les temps sont durs.

 

M : Oui. A l'échelle mondiale, le divertissement en général permet de supporter les aspects les plus cruciaux de la vie.

 

N : Je pense que quand la vie devient dure, les gens se tournent vers la musique et les arts pour sortir la tête de leurs problèmes. Je ne sais pas si ça va changer qu'ils ont à la musique mais par bonheur ça les inspire pour en créer.

 

L : Que pensez vous d'Obama ?

 

P : Il est certainement plus subtil que la plupart de ceux avec qui il doit composer. Ça doit être frustrant pour lui d'avoir d'avoir de si grandes idées, et de rencontrer une résistance aussi forte de gens qui veulent que rien ne bouge. Même si ça inclut des systèmes et des programmes complétement ringards. J'espère qu'il en est conscient.

 

M : C'est un bouc émissaire, comme tant d'autres.

 

N : D'abord, laisser moi vous dire que je suis du genre «Aimez votre pays, haïssez votre gouvernement». Je pense qu'il a hérité d'un vaste sandwich à la merde, et qu'il a essayé de gérer ça au mieux.

 

http://a3.l3-images.myspacecdn.com/images01/99/5204f3aed222f8b0516a227dc24f2449/l.jpgL : Prochaine étape dans votre carrière ? J'ai entendu parler d'un troisième disque.

 

P : Oui, il devrait arriver à la fin du printemps, ou au début de l'été 2011, et il s'appelle Garnet. Il y a quelques années, Mark et moi avons découvert ces merveilleux amplis de guitares nommés Garnet, construits au Canada, dans les années 60/70. Ils ont un circuit à tubes, avec un design unique,  ils sonnent superbement. Et ils crachent comme l'enfer.

On en parlait pour le nouvel album, après The Sea King, et on décidé d'enregistrer un disque uniquement avec eux. Donc on s'y est collé, en trois séances étalées sur quelques mois. Dans une salle de concert locale nommée Tremont Music. Je suis en train de repasser quelques pistes de batterie par ces amplis. Vraiment impatient que les gens entendent ça.

 

N : On doit sortir un nouveau disque et donner des concerts,  j'espère pour une tournée ou deux.

 

L : Conseillez-nous de nouveaux groupes ou sons.

 

P : Mon groupe favori est Dungen, de Suède, ils m'arrachent la tète. The Nationals sont formidables aussi. Et j'aime vraiment Maserati.

 

M : Ancestors, Black Pyramid, Maserati, Gomer Pyle, Colour Haze. Ce sont les groupes relativement nouveaux que j'écoute.

 

N : Je suis vraiment dans la nouvelle scène régionale d'ici. Je vois beaucoup de groupes, et tous m'influencent. Parmi mes favoris, 2013 Wolves, For Science ! Andy And The Doorbum (voir sur Myspace et Facebook). Aucune idée de ce qui est dans le coup, je suis plus influencé par les sons du passé. Tout sonnait plus chaud dans les années 60/70.

 

L : Que savez vous de la France ? Vous avez déjà joué ici ?

 

P : Vous avez de grands groupes de pop électronique. J'adore Air et M 83, je suis un gros fan de Stereolab. Si je paumais ma collection de disques, je courrais racheter ces groupes très vite. Husky viendra peut être chez vous en 2013 ?

 

M : Je pense que la scène française est bonne, bien que je n'y sois jamais allé. J'adorerais visiter.

 

N : Pas grand chose. Je suis un produit de l'école publique. Vous avez des catacombes là-bas, ok ? J'aimerais les visiter. Et voir ces fiestas dans les bars, ainsi que des spectacles. Ce serait chouette de jouer la bas.

 

L : Votre ile déserte. Un être humain, un instrument, un livre, un film, un disque.

 

P : Un être humain ? Avec moi ? Ma femme. On trouve toujours quelque chose à se dire. Le livre ? Quelque chose de réaliste, j'aime la vraie vie, rien de particulier en soi. L'instrument, une bonne vielle guitare acoustique, Martin ou Guild. Le film, certainement Kill Bill volume un et deux. Le disque, aujourd'hui ce serait Band Of Gypsies, parce c'est mon humeur du jour. Demain la réponse peut être différente.

 

M : Ma femme, un piano (j'aurais le temps d'apprendre à jouer) et vous gardez le reste. Ça me rendrait dingue, quoique ce soit.

 

N : Je voudrais me la péter, et dire Mandela ou Gandhi. Mais je vais y aller une nana super canon et guitariste. Si elle amène sa gratte, on pourra taper le bœuf. L'instrument, ma batterie. N'importe quel bouquin de Charles Bukowsky. Le Parrain serait mon film, il y a beaucoup de nuances dedans. Le disque, je tricherais en disant une intégrale de Led Zeppelin. Ils ont défriché beaucoup de terrain, dans leur carrière.

 

Entretien mené par Laurent

 

LIEN :

Myspace

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