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Rock Underground - Mick Farren - Le poète Saoul engueulait l'univers

par lou 28 Septembre 2010, 15:09

Rock Underground

 

MICK FARREN

 

Le poète Saoul engueulait l'univers

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/7896387.jpgParfois vous avez encore la chance de vous réveiller en vous disant : « Putain, je l’ai fait, j’y suis arrivé ». C’est votre victoire personnelle,  celle que tous les pisse froid eux  mêmes doivent bien vous reconnaître, en dépit de toute leur mauvaise foi.  Voici donc une interview énorme, du moins pour le Lou et moi, passée trop inaperçue l’an dernier, et dont une version imprimée a été miraculeusement retrouvée.

 

Petits punks, avez-vous donc une âme ?  Vous qui vieillissez si mal, avec pour seule ambition de fourguer les restes de vos jeunes années. Fuzzine a débusqué un de vos maîtres. Qu’il ait prôné l’anarchie  avec les Deviants, œuvré dans la presse underground, la radio pirate, expérimenté la délicatesse des flics de Sa Majesté, ou connu le déshonneur d’être viré de son propre groupe, Mick Farren a défriché du terrain. Plus que n’importe quelle marionnette de Malcom Mc Laren n’en pourra jamais rêver. Et avec beaucoup moins de succès.

 

Qu’importe, le guru des Pink Fairies est de la race des semeurs. Qui savent bien qu’après eux viendra la mauvaise graine perfide. Rencontre avec l’homme depuis son exil californien. Le ton est toujours caustique, et le propos tranchant.


 

Lou/Laurent : Le premier Deviants est sorti en 1968. Que pensiez vous du soit disant « Eté de l’amour » ?  Une bonne question avec de mauvaises réponses ?

 

Mick Farren :Je ne me reconnaissais pas dans naïveté des hippies. Mais pendant quelques semaines j’ai vraiment cru que des choses cruciales pouvaient changer. Bien sur, par la suite, le monde nous a rattrapés, et tout est parti de travers.

 

L/L : A quoi ressemblait alors la vie dans un groupe underground ? Un combat ou une nécessité ?

 

MF : Définitivement un combat  et pratiquement une lutte. Les possibilités étaient immenses, la débauche sans fin. Si vous y surviviez.

 

L/L : Après avoir rompu avec les Deviants, vous avez sorti Mona. 40 ans après, ce disque divise toujours. Quel était le but ? Juste un énorme doigt d’honneur ?

 

MF : Je faisais tout mon possible pour exprimer ma propre folie, et celle de l’époque. Par le son. Bien sur que c’était un énorme « Allez vous faire mettre ». Ecoutez le solo de violoncelle.

 

L/L : Les Deviants, Mona, vous étiez le producteur du Think Pink de Twink, tous des collectors très onéreux aujourd’hui. Quel destin pour ce que le rock anglais avait de plus dément. Si on vous avait dit ça à l’époque…..

 

MF : J’aurais éclaté de rire. Et je serais parti me défoncer.

 

L/L : L’album Vampires Stole My Lunch Money est sorti sur Stiff en 1978. Comment considérez-vous les punks anglais ?

 

MF : Ayant partagé le combat du MC 5, du Velvet et d’Iggy, je voyais les punks comme une extension de ce que nous avions entamé. Avec des cheveux et des morceaux plus courts. Mais c’était la même rébellion.

 

L/L : Vous avez touché au journalisme. Parlez nous de International Times, de Oz, et de toute la presse alternative. Quel était l’impact ? Pensiez vous aller dans le bon sens, et sauver les gens du gros business ?

 

MF : Je ne pense pas que nous ayons sauvé les gens. Nous disions une vérité différente, et montrions d’autres sortes d’images. Je pense qu’à l’époque nous avons eu un impact important. Sinon, ils n’auraient pas tenté aussi fort de nous coller en cabane. C’était aussi très difficile, réclamant beaucoup de créativité.

 

L/L : Il est surprenant de découvrir que Terry Stamp (Third World War) était très méprisant envers les Pink Fairies. Alors que vous disiez beaucoup de bien de son groupe, le comparant même aux MC 5.  C’était vraiment dur d’avoir tous les gens unis pour la révolution ? http://2.bp.blogspot.com/_gqkKnEwtrBY/RwtDkycxsaI/AAAAAAAAAEI/rs1Ht6k2pmI/s320/farren.jpg

 

MF : Parfois c’était impossible. Hey, vous êtes français, vous devriez savoir. Les anarchistes se battent avec les communistes, les trotskystes avec les maoïstes, et les stalinistes veulent tuer tout le monde. Quelquefois, je pense que si la révolution triomphait, je serais fusillé dans les premiers mois.

 

L/L : La musique pop s’est souvent appuyée sur la politique, comme le Street Fighting Man des Rolling Stones. Il est donc possible d’unir les deux ?

 

MF : Ce qui peut arriver de mieux à une chanson, c’est d’être un hymne à la révolution.

 

L/L : En 1970, pendant le festival de Wight, vous avez mis un grand coup de pied dans le cul du business musical, en montant votre festival annexe, totalement gratuit. Dans que but ?

 

MF : C’est une histoire longue et  compliquée. J’en parle dans mon autobiographie (ndlr Give The Anarchist A Cigarette) et il y a eu une émission télé à ce sujet.  Le festival était devenu si agressivement commercial qu’on sentait poindre le désastre. White Panters, Hells Angels, radicaux français et autres actions concertées, qui partaient de la scène gratuite. Pour détruire les barrières. Pendant que les Doors, Jimi et les Who jouaient, et que tout le monde se donnait du bon temps.

 

L/L : Vous souvenez vous d’être venu à Paris en 1973, pour un festival en soutien à la liberté en Grèce ?

 

MF : Effectivement. Avec Artur Brown, Pete Brown, Pink Fairies et Third World War (et Komintern). Mais c’était quelque chose comme un brouillard de hash, de gin, avec de beaux travestis complètement cinglés, et une organisation totalement chaotique. Je crois qu’à un moment, on a piqué la Mercedes du promoteur.

 

L/L : Le vide dans la musique aujourd’hui, est-ce encore le moteur d’une révolution culturelle ?

 

MF : A part les basiques, je ne sens aucune sorte de révolte dans  la musique d’aujourd’hui. C’est un produit de consommation courante.

 

L/L : Parlez nous de ce gars qui vous a aidé à financer Ptoof. Est il toujours en vie ?

 

MF : Son nom était Nigel Samuel. Son père est mort quand il avait 18 ans, en lui laissant un empire immobilier, ce qui l’a rendu un peu fou. Il est décédé depuis longtemps. Mais pas avant d’avoir tenté de financer une révolution dans les Caraïbes.

 

L/L : Que faites-vous maintenant ? Toujours résident aux USA ?

 

MF : Je vis à Los Angeles, parce qu’en ce moment c’est trop compliqué de retourner en Europe.  J’écris, j’enregistre de la musique ici et la, et j’ai un livre qui va sortir bientôt une histoire d’amphétamine. Je tiens un blog aussi (http://doc40.blogspot.com/).

 

L/L : Vous n’échapperez pas à la question sur Obama. Espérez-vous quelque chose de neuf avec lui. ?

 

MF : J’ai de grands espoirs avec Obama. Notamment qu’il amène quelque chose qui s’avérera être une nouvelle forme de socialisme.  Je soupçonne toutefois qu’il soit un genre de puritain. Et ça peut être un problème.

 

L/L : Où est la contre-culture aujourd’hui ? Est-elle encore utile ?

 

MF : Elle est sur Internet. Et elle sert beaucoup.

 

L/L : On aime se la jouer underground, par chez Fuzzine. Donnez nous des conseils pour bien vieillir.

 

MF : Suivez vos instincts. Allez aux extrêmes. Défoncez vous, n’ayez pas peur du temps qui passe. N’ayez pas peur de la faucheuse.

 

L/L : Etes vous toujours en contact avec les ex Pink Fairies ? Je me souviens d’une interview en 1984, où vous étiez très dur avec Twink ?

 

MF : Je suis toujours dur avec Twink. C’est un bandit. Je suis en rapport avec les autres, mais ils ne feront plus jamais rien, même si j’aimerais retravailler avec eux.

 

L/L : Pourquoi cette fascination pour Elvis ?

 

MF : Lui et Kerouac m’ont mis sur le chemin de la vie. Sans cela, je me serais probablement engagé dans l’armée, où j’aurais attaqué des banques.

 

L/L : Quel est votre avis sur les téléchargements illégaux  et les gens emprisonnés ?

 

MF : Je crois à la musique gratuite, et j’emmerde les corporations. Mais les musiciens doivent manger, le problème est la.

 

L/L : Finalement ce livre (Keep It Together, fantastique récit de la saga Deviants/Pink Faries, à lire d’urgence) devrait-on le donner à chaque groupe débutant. Juste pour apprendre ?

 

MF : Pourquoi pas ? Avec Candide, Kafka et Burroughs.

 

L/L : Ron Asheton des Stooges vient de disparaître. Tous ces soldats de votre jeunesse qui rejoignent le paradis, vous êtes porté sur ce genre de nostalgie ?

 

MF : Le culte des morts pue.

 

L/L : Nous voulons intituler cet article « Le poète saoul engueulait l’univers » d’après Arthur Rimbaud. Vous êtes ok ?

 

MF : Ca me parait bon.

 

Article paru à l'origine dans le Fanzine Vapeur Mauve.

 

Avec un immense merci à Rich Deakin, sans qui tout ceci serait resté à l’état de projet.

Laurent, avec l’appui de Lou.

 

 


 

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