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Roky Erickson - La Beauté Du Diable

par lou 20 Novembre 2012, 09:57

ROKY ERICKSON

 

La Beauté Du Diable

 

http://blogs.dallasobserver.com/dc9/roky_erickson.jpg

Le plus étonnant dans la carrière (appelons comme ça son temps terrestre) de Roky Erickson, c'est à mon humble avis qu'il soit encore vivant. Nick Kent lui consacre un chapitre assez terrifiant, dans l'Envers Du Rock. Traitant son sujet sous l'angle du vrai cinglé, lâché dans un monde show business  où la frime creuse fait loi. Si vous avez lu l'énorme bouquin consacré aux 13Th Floor Elevators, vous connaissez la saga de Roky. L'asile, la dope, la  mère abusive (l'épisode des dents pourries...) tout ce qui a construit une histoire infiniment triste. Convenons que ces pauvres Elevators n'avaient pas de chance, non plus. Véritables clones des Freak Brothers, ils accumulaient les plans foireux. Dans un Texas plus porté sur les flics que sur les hallucinogènes. Pas moyen de se défoncer tranquillement. Ajoutez une maison de disques totalement malhonnête, puis l'un d'eux  qui se fait descendre par sa femme, pour achever un triptyque façon Jérôme Bosh. Vitrail  à plusieurs dimensions, dont on ressort totalement secoué. Encore une fois (cocorico) c'est Philippe Garnier qu'il faut remercier, pour avoir sauvé, seul dans son coin, l'ami Roky de l'oubli total. Qui d'autre, en 1976/77 pouvait avoir du temps à consacrer à ce sport risqué. Tout ceci a abouti (pourquoi et comment ?) à un album sur CBS en 1980. Petit ruisseau certes. Mais enfantant  un véritable océan de bandes live, compilations et autres témoignages (l'excellent Gremlins Have Pictures). Et on recommandera, encore une fois, au novice d'avancer à pas comptés, dans cette jungle. Où le meilleur (assez rare) tutoie allégrement le pire (l'album enregistré dans la chambre d’hôtel, avec le bruit du ventilateur tout du long). Bref, venez respirer les vapeurs de souffre, entrez dans le château en Transylvanie.

 

http://1.bp.blogspot.com/_uB-0D-gV8mY/SK9rNm7lrmI/AAAAAAAALF8/LWwqAGfD3r4/s400/roky+ericksonLE disque sacré s'appelle Roky Erickson And The Aliens, et eut-il dépassé le cercle des initiés, qu'on aurait un peu plus rigolé dans ces années-là. Foin de délires lysergiques, c'est du costaud. Morceaux courts, ramassés sur eux-mêmes, véritables paquets de nerfs. Qui vous déchirent directement au rasoir (pourquoi perdre du temps) d'un mouvement rotatif du poignet. Agression/rétraction de la lame, et au suivant. C'est si simple. Rock anguleux, jamais lourd ni déphasé par la violence qu'il entend refléter. Aucune référence au blues, pour se donner un peu d'air. Toute la chaleur des fours de l'enfer stagne vers le bas. Là où les damnés cuisent sans beurre. Fini la lévitation opiacée. Production Stu Cook (voir l'article sur Creedence) ce qui ouvre déjà une piste de réflexion. Pour être tout à fait franc, les Elevators sont loin d’être mon truc. La cruche électrique (surtout à forte dose) fatigue assez vite. Donc bienvenue dans un univers assez, comment dire,  particulier. La cervelle (fort amochée) de Roky mélange milles choses, et ça fait pas mal de bruit. D'abord, les films d'horreur à trois balles, avalés quand il était gamin. Ensuit tout son univers schizophrénique, où les démons et autres goules sont omniprésents. Le bonhomme à un jour certifié n’être pas humain, ça renseigne sur la taille des bestioles qui lui galopent au plafond. Mais reprenons du début. Première chanson, Chien à deux têtes (prière du temple rouge). On y apprend de suite que l'auteur (quel cachotier) a bossé au Kremlin, avec un clébard équipé d'une double tronche. Évidemment, des comme ça, c'est pas tous les jours. Guitare suraigu, riff Black Sabbath dans les gencives, bienvenue dans la nuit éternelle. Où crépitent les flambeaux de l'inquisition. Aucune chance d'échapper au jugement de plomb. Roky chante comme si le Cornu le tirait par les pieds, la tête ailleurs (tu parles). Et pendant que des diacres dégénérés (forcément) et bossus remettent du feu dans la cheminée, une plâtrée de classiques s'écrivent, au fronton du grand fourneau. Je me suis promené avec un zombie, Me cherches pas Lucifer, La nuit du vampire, tels seront les nouveaux mots d'ordre. D'une Eglise peu à cheval sur l'éthique, mais pointilleuse (oh combien) sur la respectabilité rock and rollienne.

http://3.bp.blogspot.com/-JzPLTpOAUFs/TblXn074VGI/AAAAAAAAAHM/5IYs8lmKRfw/s1600/gremlins-have-pictures.jpgLes gonzes derrière ont appris le boulot dans un grimoire maudit, trouvé une nuit d'orage. Alors que le ciel s'ouvrait et pissait du souffre. Dans le fracas des amplis trafiqués par Belzébuth. Nosferatu se faisait coincer à la fin du film, retournant à la poussière d'un coup d'arc électrique sur son crane d’œuf. Chose que Roky et ses Aliens aux nerfs d'acier (pas un qui s'oublie dans une exhibition hasardeuse) ont parfaitement soin d'éviter. Les prises de courant rougeoient uniquement à la demande, au service d'un boogie venimeux, râpeux comme la vérole sur les parties basses d'un évêque. Fer rouge tatouant les esclaves, dans la centrifugeuse des maudits. Armée de la nuit, répandant la parole d'un prophète irresponsable. Un disque comme il en sort un tous les milles ans, miracle non homologué par le clergé. Mais générant son lot de croyants. Allez comprendre comment on ingère la parole du démon. J'ai évité d'écouter le dernier album, avec un groupe du nom d'Overkill River, trop peur d’être déçu. Par contre, dans mon petit cénacle à moi, je place très haut, la compilation Gremlins Have Pictures, plus haut évoquée. Un fier assemblage d'inédits et de classiques live et en studio, entre 1975 et 1982. Je vous arrête tout de suite avec votre eau bénite, la prise de son est correcte, sinon parfaite. Rangez votre goupillon. Et en dehors du rock à calmer les mustangs, le disque présente quelques belles balades, assez touchantes. L'autre spécialité de Roky. Quand son cerveau détraqué se calme, et l'envoi de Stonehenge aux pyramides d’Égypte (cf I've Been Always Here Before, à pleurer tant c'est beau).  Et puis il y a  la reprise d'Heroin, qui vous injecte un venin bien différent de celui de Lou Reed (mais pas moins dangereux). Si vous vous intéressez au bonhomme (attention, c'est toxique) je recommande  (humble disciple de votre perte spirituelle) Casting The Runes, un live, apparemment officiel, enregistré à Austin en 1979. Set ouragan, avec le groupe (les Explosives) menaçant de défoncer les murs,  portant haut le patron. Qui en avait, aussi, sous la chaussette ce soir-là. Je me rappelle avoir reçu le disque une semaine d'orage (si si) signe évident de malédiction (et de retard du facteur).  Pour finir sur une note apaisée, restons sur le souvenir d’All That May Do My Rhyme, l'album de 1995. Un disque surprenant, venant d'un être aussi tourmenté. Notre homme apparaît fatigué sur la pochette, mais il est en forme incontestablement. Allant jusqu'à nous faire sa voix stridente sur la version électrique  de Starry Eyes.  Ton général presque country (vocable à employer avec de grandes précautions). Beaucoup de guitare acoustique, de chansons introspectives, comme si les démons avaient enfin décidé de nous lâcher la  grappe. Niveau surprises, un duo (beau) avec la chanteuse Lou Ann Barton, et le propre frangin de Roky au tuba (??) sur un morceau. Écoutez You Don't Love Me Yet, amusez-vous à regarder passer le fantôme de Dylan. Pour les amateurs, les cinq titres du maxi de 1985 sont repris ici, mais sans la plupart des  solos ridicules qui défiguraient les morceaux électriques. Et comme personne n'est parfait (heureusement) les deux rocks déboulent à la manière d'un bison cocaïnomane. Retrouvant les riffs simples et efficaces des pionniers, autant que la hargne des (jeunes) Rolling Stones.  Haunt butant hélas sur une fin maladroite. Le CD  offre un bonus gratiné, que je vous laisse le soin de découvrir. Un album pour fans confirmés. Il existe deux DVD de Roky, dont l'un où il est accompagné par les Black Angels. Ces choses maudites ne sont, évidemment, disponibles qu'en système américain. Artiste influent en dépit de ses errances, Roky est un des héros de la rédaction de Fuzzine. Papier dédié à notre copain Louis.

Laurent

 

LIEN : If You Have Ghosts

 

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