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Sam Nolin - Do It Yourself!

par lou 17 Janvier 2010, 19:33

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Sam Nolin fait de la musique que l'on appelle Lo-Fi. Pour être hype et à la mode, on peut même dire que ça ressemble à de l'Anti-folk. Il s'amuse à créer des montages sonores avec des instruments divers qui, au final, donnent des chansons. Ce (jeune) artiste lillois un peu touche à tout a déjà sorti un album (disponible gratuitement en téléchargement sur son Myspace) et en prépare d'autres pour son label Ahoya Records. Évidemment, tout ça reste assez confidentiel. Mais en France c'est une vieille habitude routinière maintenant. Les Artistes sont condamnés à rester à l'écart. Donc dans « l'Underground », pour rester poli. À noter que Sam Nolin fait aussi parti d'une association qui organise des concerts chaque semaine sur Lille (http://www.myspace.com/folkadhocsessions). Toujours est-il qu'il a sympathiquement accepté de répondre à quelques questions pour Fuzzine.


Fuzzine : Vous avez déjà sorti un album nommé «Sunrise & Supermarket » sous le nom de Sam Nolin. Un nouvel album est à venir ainsi qu'un disque de reprises de vos influences. Mais alors, quelles sont vos influences?

Sam Nolin : Question fastidieuse. À part ma muse, j'écoute énormément de chose, notamment des disques incroyables et oubliés de la fin des années 60 et début 70, comme "Pass the distance" de Simon Finn (qui est mon disque préféré), "Time of the last persecution" de Bill Fay (un disque paranoïaque complètement barré, absolument démentiel), ou encore le premier et unique Jackson C. Frank qui est, de loin, ce que le folk anglais à produit de meilleur.
J'écoute les vieux classiques aussi, je ne crache jamais sur un bon Stooges ou un bon Television. En fait, tout ce qui sort du label Elektra, à l'instar de Tim Buckley et des Doors (pour ne citer qu'eux) sont des groupes que j'affectionne tout particulièrement. J'ai eu envie de pousser la chansonnette en écoutant Goodbye & Hello et L.A Woman.
Pendant ce temps là, en France, je voue un culte sans limites à "Obsolète" de Dashiell Hedayat (ainsi qu'à "La devanture des ivresses"), je suis un grand fan de Gainsbourg (Ha Melody !) et de Bashung. J'aime des artistes beaucoup plus mainstream comme Polnareff, même les premiers Johnny, "L'olympia 67" est un live fantastique. Tout ce qui sort de chez Vogue (Antoine, Françoise Hardy) me touche beaucoup aussi.

J'écoute de plus en plus de musique expérimentale voir concrète (j'ai découvert cette scène en écoutant du Krautrock) et toute la vague allemande des années 70 a réellement eu un énorme impact sur la musique d'aujourd'hui : des groupes comme Can, Faust ou Neu!, était vraiment visionnaires. Aujourd'hui, je suis néanmoins toujours impressionné par des artistes comme Luc Ferrari ou Xenakis. J'ai déniché il y à peu Cholagogues de Figueras, David Toop et Paul Burwell, un disque incroyable. Je suis très attiré par la noise et les déviances soniques surtout Sonny Sharrock, surement l'un des 3 meilleurs guitaristes de tous les temps, Sonic Youth bien évidemment, Keiji Haino ou encore Naked City.

En parlant de déviances soniques, mon style de musique préféré est, incroyablement, le hard rock. J'ai une adoration sans borne pour AC/DC, je joue sur une Gibson SG, et j'utilise la même pédale que Angus : la fameuse TS-808 de Ibanez, un must ! J'écoute énormément Black Sabbath et Deep Purple... Par contre je déteste Led Zeppelin, va savoir pourquoi, je trouve ça au final peu original et je préfère écouter un bon Leaf Hound qui lui apporte un truc !Je suis un grand malade de Musique Black: j'ai fait une reprise de Marvin Gaye pour une compile et "What's Going On" est sans conteste l'un de mes dix disques préférés. James Brown aussi, sans oublier Sly Stone, Gil Scott Heron, Millie Jackson, Nina Simone ou Hendrix et cela jusqu'au début du rap avec Éric B & Rakim...

Et pour le Jazz, Coltrane comme tout le monde, mais aussi Pharoah Sanders, Albert Ayler et tout ce qui sort de chez Impulse au final. Dans les groupes récents, je suis un inconditionnel d’Au revoir Simone, les disques solo de John Frusciante me fascinent et "When" de Vincent Gallo fut ma principale influence pour "Sunrise & Supermarket" ( tout comme son travail visuel d'ailleurs).
Je vais conclure en parlant de mes goûts "honteux" avec lesquels on me charrie: j'adore le progressif. C'est censé être très mauvais bla, bla ,bla, mais la première période de Yes, par exemple, est vraiment à redécouvrir, certes ça à parfois mal vieilli, mais beaucoup moins que des disques comme Big Generator qui sont aujourd'hui inécoutables. Désolé c'était un peu long et j'en ai oublié les trois quarts !sam-2.jpg


F : Vous avez travaillé, entre autres, avec Toby Goodshank des Moldy Peaches. Racontez-nous.

S : C'est tout simple, je travaille avec un label qui s'appelle Ohayo Records qui a notamment sorti des disques du label "Olive Juice" (créé par Major Matt Mason) en France, et dont un disque de Double Deuce (autre groupe de Toby Goodshank). Benoit (Nuage Nuage, Diagonable Stable), le guitariste avec lequel je joue dans O'Folk Brothers (mon groupe principal) est très fan et tient ce label. Toby est venu jouer par chez nous l'année dernière et pour l'occasion Benoit lui a proposé de faire un split single avec nous. Ce qui a donné ce disque : Half-Broken, Grotty Books Shop.

F : Vous jouez dans de nombreux projets musicaux. Vous faites notamment des concerts à New York. Une réussite ou vous voulez aller encore plus loin ? Parlez-nous un peu de vos différents projets.

S : Transition facile avec la question précédente, puisque Toby m'accompagnera lors de l'un de ces concerts ainsi que Nil Nosma et Louis Aguilar. Je ne pense pas que l'on puisse parler de réussite, finalement il suffit d'aller à New York... La vraie réussite serait de réussir ces concerts et de vendre des disques, ce qui est un autre problème. Pour ce qui est des différents projets, j'en ai beaucoup moins qu'avant et beaucoup de disques qui ont résulté de ses projets seront probablement uniques. Je préfère me concentrer sur des projets concrets et éviter de refaire certaines erreurs musicales qui m'ont fait perdre plus de temps qu'autre chose.
Reste donc mon projet solo : je viens de finir de composer mon troisième album (probablement du punk médiéval) et je me penche à l'heure actuelle sur le line up, improbable, pour faire quelque chose d'encore différent des autres disques. Ajoutez à cela l'enregistrement d'un album ambitieux avec les O'Folk Brothers suivis d'une tournée en Allemagne.

Nous réfléchissons également beaucoup à l'orchestration du futur album de Keivan Thingy avec ce dernier et sur lequel j'assurerais les parties rythmiques (basse/batterie). Je travaille également sur l'un des morceaux du prochain disque de Tycho Brahé.  Pour ce qui est d'aller plus loin, j'ai des rêves de duo avec Simon Finn par exemple : on est en bon terme et il aime ma musique, c'est déjà pas mal. Travailler avec Bill Fay est un grand fantasme aussi, tout comme retrouver des gens comme Andreas Thomopoulos. Mais au final, je ne me plains pas, j'ai déjà travaillé avec du beau monde et ça suffit à mon bonheur. Sinon je suis toujours ouvert à n'importe quelle proposition musicale, pourvu que cela me touche.

F : Vous avez l'habitude de jouer sur des instruments atypiques, parfois des instruments traditionnels et orientaux... Expliquez-nous un peu tout ça.

S : Je suis assez bricoleur musicalement parlant et j'ai commencé à faire du lo-fi avant de connaitre le terme. Mon premier instrument était une batterie électronique et grâce à elle j'ai beaucoup touché aux différentes sonorités et donc au collage sonore, ainsi j'ai amélioré mon sens du rythme en m'inspirant notamment de "Heathen" de David Bowie et du travail des Chemical Brothers.

Mais la vraie révélation fut cette guitare à 4 cordes que mon voisin d'en face jeta aux encombrants. Je l'ai récupéré et j'ai expérimenté tout et n'importe quoi avec des choses que seule une personne novice en guitare puisse tenter, c'est ce qui fait la caractéristique de mon premier disque et aussi parce que j'ai tout enregistré avec un appareil photo numérique. Je me suis quand même mis véritablement à la guitare au mois de février, découverte du Mi, je commençais à tourner en rond avec mes guitares à 3 cordes, ce qui ne m'empêche pas d'en avoir utilisé sur le dernier album et surtout en live ! Les instruments traditionnels et orientaux arrivent à peu près à la même période : j'écoute énormément d'acid folk et toute sorte de bizarreries singulières des années 60 et 70. Comme je le disais plus haut, je suis obsédé par "Pass the distance" de Simon Finn et ce genre d'instruments étant fortement utilisé sur ce disque j'ai logiquement exploré la chose et j'ai fini par créer la Noise Orientale !

F : Vous faites assez peu de concerts. Volontairement ou par contrainte ?

S : J'ai fait une dizaine de concerts tout seuls en un an ce qui n'est effectivement pas énorme. C'est assez volontaire au final : j'ai mis du temps avant de proposer mes compositions personnelles à un public et j'ai fait le pas grâce au soutien de certaines personnes qui se reconnaitront. En revanche à côté de ça, j'ai énormément tourné notamment avec des groupes comme les O'Folk Brothers ou Alasév et parfois avec d'autres groupes pour des dates uniques dans des salles plus grandes.

F : On vous voit sur une photo de votre myspace, gratte à la main, devant une étagère conséquente de vinyle. Collectionneur ?

S : C'est une setâre iranienne pour l'anecdote. Je suis en effet collectionneur depuis plus de dix ans maintenant et j'attends toujours les vide-greniers avec autant d'impatience afin de pouvoir dénicher l'introuvable.

F : Arrivez-vous à vivresam.jpg de la musique ?

S : Haha... Je pense que depuis la nuit des temps tout Homme cherche à vivre de son œuvre, malheureusement très peu d'entre nous y arrivent et il est difficile d'obtenir le statut d'intermittent et surtout de le garder.

F : À part la musique, vous avez des passions ?
S : Les reproductions de buste de Jack Lang en papier-mâché!

F : Comment est né Ahoya Records, votre label?

S : Un soir, après un concert des Black Angels, j'étais chez moi avec Lord Thomas Von Jefferson et on s'est dit que ça serait cool de monter un label. Comme je le disais auparavant il existe un label nommé Ohayo Records, le but était donc de faire la branche underground de ce label et pour le nom vous l'aurez compris, j'ai interverti le O et le A !                                              

F : Quel est l'objectif du label ? Il y a une éthique particulière?

S : "Vous n'êtes pas musicien, mais vous êtes persuadé de pouvoir sortir un disque ?" C'est ce que j'ai écrit sur le myspace. Le but est de proposer une musique qui sort des tripes. Quand j'ai réalisé mon premier disque, je n'avais aucune notion musicale ce qui permet une approche vraiment sincère et particulière. Après on ne sort pas tout et n'importe quoi : il faut que cela nous plaise ou nous intéresse, mais cela reste, pour le moment, dans un assez large cercle d'amis un peu comme chez Mushroom Records, Kebrutney où Shrimper.

F : Le label propose des artistes aux styles très différents. Qu'est-ce qui vous pousse à choisir tel ou tel artiste ?

S : Je suis très ouvert au niveau musical. Comme je le disais dans la question précédente, on ne sort pas n'importe quoi non plus, il y a une démarche dernière et c'est ce qui est important, car même si les styles sont différents la manière de faire est la même. On s'en fout de savoir faire des solos délirants de 5 minutes, on veut juste offrir des choses et en même temps cela nous aide à progresser.

Du coup, le choix se fait instinctivement et c'est pour cela que le label reste dans un cercle d'amis même si j'ai déjà reçu des propositions venant d'ailleurs, mais les gens ne sont pas forcement d'accord avec nos moyens de distribution. En effet, nous sommes un label DIY (Do It Yourself).

En gros, un disque Ahoya Records c'est une pochette imprimée à la maison dans une pochette plastique avec un CD-R gravé d'un disque enregistré à la maison. Cela peut paraitre un peu cheap, mais au moins ce que nous proposons à une âme et nous assumons pleinement le fait de ne pas être à la Fnac mais plutôt chez des disquaires indépendants comme le fabuleux "Caf&diskaire" à Lille.

F : C'est dur de se faire un nom dans le paysage musical actuel en France ? Et Que penses-tu des maisons de disques en général ?

S : Cela dépend du paysage sonore, je m'en sortirais plus facilement en faisant de la variété française... Comme son nom l'indique "l'underground" est beaucoup moins facile d'accès et donc beaucoup moins représenté dans le domaine audiovisuel. Finalement ton nom tu finis par le faire toi même, en faisant des bornes, en allant vers les gens, si tu restes enfermé chez toi à priori c'est peine perdue.
Quant aux maisons de disques, c’est la même chose que des serpents : c'est lisse, vénéneux et sans oreille.

F : Et le téléchargement illégal dans tout ça ?

S : Je suis pour à 100%, cela donne une facilité d'accès incommensurable à la culture et en particulier à ce dont on parle moins. Je peux passer des journées et des nuits entières à la recherche de perles rares sur Blogspot et en cherchant j'en découvre encore plus et je forge ma culture. De plus, on peut y lire l'avis des gens et ça aussi c'est intéressant, parfois même plus que certains disques.

F : Le format vinyle a-t-il une signification particulière pour vous ?

S : Bien sur : le vinyle a une âme, un son chaleureux... Achetez une sono dernier cri et essayez là avec une platine CD puis vinyle (l'ordre est important, l'inverse est trop cruel) : c'est incomparable ! Rien qu'au niveau des pochettes... C'est tellement plus agréable et en plus ça peut faire office de décoration. T'as déjà encadré un CD ? En tout cas, je me tâte de plus en plus pour sortir mon prochain disque sous ce format-là et je pense que je vais finir par craquer. De plus, de nos jours, je trouve que cela donne un coté plus culte à la chose.

F : Quelles sont les prochaines sorties de ton label?

S : Un split single entre Lord Thomas Von Jefferson et les O'Capucha Brothers "Outer City, Inner Home", probablement un Nuage Nuage, le premier Keivan Thingy, le Nil Nosma et mes deux prochains disques !

 

Entretien mené par Thibaut.

LIEN :

Myspace

 

 

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