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Sharon Tandy - La Petite Perle Sud-Africaine

par lou 16 Janvier 2010, 18:47

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La soul est rarement une affaire de petits blancs. Ou alors par procuration. Affaire de complexés, surdoués, avec assez d'imagination pour se replacer dans le contexte. Capables de cracher leurs tripes (Burdon, Ryder) comme si leurs ancêtres avaient appris le solfège à coups de fouet, dans une plantation du vieux Sud. Pour ma part, le son Motown a tendance à m'endormir. Je lui préfère de loin sa réplique Stax, avec la rythmique dure et souple, et les cuivres à faire tomber les murs. Et la voix, dragon de velours, qui crache l'enfer ou le paradis à la demande, sans voir la différence. Rien à voir avec un patapouf modèle Barry White, gros morse gluant et suant, sans grâce aucune. Bref, c'est une affaire de racines. Sharon Tandy, juive native de Johannesburg, cachait bien son talent dans sa valise, en débarquant à Londres vers 1964. On imagine que niveau ségrégation, elle en connaissait un bout. Le racisme est partout le même, il change simplement de nom selon la géographie.

 

Tout ça pour en arriver à You Gotta Believe It, anthologie d'un petit phénomène sixties, trop vite oublié. Écoutez le morceau titre, la façon dont les cuivres et les cordes se font remettre à leur place en vitesse. Comme des premiers communiants arrogants, qu'on envoie ruminer leur morgue, pour les laisser maturer. Et rester entre personnes adultes. Le disque, c'est la visite de la chocolaterie trois étoiles, et l'extase permanente. Des titres inédits, enregistrés (tiens donc) chez Stax en 1966, sous le haut patronage d'Isaac Hayes, avec le renfort des MG's, d'abord. On imagine que des mentors pareils consacraient rarement leurs temps à des rigolos. Sorte de prétendants à trois sous, se prenant pour Otis Redding, et incapables d'aligner trois notes. Dégustant un coup de pied au cul format colosse, pour mieux méditer sur le bon placement d'une voix. Avec tous les honneurs dus à son rang, Sharon se sort impeccablement de la dure tache à elle assignée. Arrêter des panzers d'une main, monter dessus, et chanter de tout son cœur.

 tandy

Et puis il y a la ribambelle de chansons avec Fleur De Lys, que manageait son mari. Plus le temps passe, plus on se rend compte à quel point ce groupe était immense. Que du grand art la aussi, accompagnement solide et vocaux têtus, qui font rendre le meilleur de lui même à chaque morceau. Je vous le dis, je découvre Sharon Tandy, et son CD passe en boucle. Faites de même, et la vie sera un peu moins merdique. Arrêtez-vous à cette reprise du World des Bee Gees, la vampirisiation d'un matériau bien délicat, pour en faire quelque chose de burné. Tout en lui conservant son délicat caractère original. En plus, elle était donc magicienne. Stratégiquement, le chef-d'œuvre a été placé à la fin, surement pour mieux nous achever. Fabuleux duo entre Sharon et un certain Tony Head, un temps membre de Fleur De Lys. Là, c'est carrément le coup bas. De l'intro à plusieurs étages, aux vocaux enrubannés un peu partout (mais pas n'importe comment) en passant par la musique qui pousse comme les All Blacks un soir de cuite. On est ficelé, empaqueté, incapable de dire quoi que ce soit. Sharon Tandy est bien oubliée de nos jours. Triste époque, où les petites gagneuses ont compris qu'être roulée comme un camion suffisait largement. Faites le grand saut, si vous aimez votre musique vivante et possédée.

 

Laurent

 

Discographie Sixties :

 

_ 1965 : I've Found Love / Perhaps Not Forever (SP Pye 7N15939)

_ 1967 : Stay With Me / Hold On (SP Atlantic ATL-NP-03018, Italie)

_ 1967 : Toe-Hold / I Can't Get Over It (SP Atlantic 584098)

_ 1968 : Hold On / Daughter of the Sun (SP Atlantic 584219)

_ 1968 : Hurry, Hurry, Choo Choo / Love Is Not a Simple Affair (SP Atlantic 584181)

_ 1969 : Fool on the Hill / For No One (SP Atlantic 584166)

 

LIEN :

 

 

 

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