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The Stranglers – Olympia – 13 avril 2012

par lou 8 Mai 2012, 16:14

THE STRANGLERS

 

Olympia 13/04/2012

 

By Mezik

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Drôle de salle que l’Olympia. Après avoir été détruite, elle a été reconstruite un peu plus loin dans Paris, à l’identique. Je ne l’ai jamais visitée en détails, mais pour avoir pratiqué les deux, j’ai vraiment l’impression qu’elles sont pareilles. Bien qu’étant plus que cartésien mais enclin à rêver, après avoir entendu souvent parler de l’âme de la salle et de toutes les illustres auras qui sont sensées s’y balader, je me suis demandé si les fantômes du vieil Olympia avaient tous eu le temps de déménager avec les cartons ou bien si certains étaient restés dans les anciennes pierres alors que d’autres ont pris possession des nouveaux lieux. J’imaginais John Lennon, Gilbert Bécaud et Fréhel obligés de faire cause commune pour tenter de rapatrier Mireille Mathieu pour finir leur partie de bridge entamée avant la destruction. Comment ça « elle est pas morte Mireille Mathieu » ?


Trêve de film d’horreur, on est venus voir des vivants, pas des fantômes… Encore que… L’opiniâtreté avec laquelle Jet Black, le batteur fondateur des Stranglers, n’est plus là tout en étant là lors des dernières tournées confine grave au spectre. Les « Men in black » ne jouent pas au bridge, mais Jet fait le mort à la perfection. Jean Jacques Burnel, le plus british des bassistes français, nous l’annonce dès la troisième chanson : « Le roadie, dauphin depuis dix ans de Jet Black, le remplace à nouveau et (gros lapsus de course !) il ne peut plus jouer… Pardon il ne peut pas être présent sur la tournée, il se remet très doucement après son admission aux urgences. Dosez la vodka et la coke ! Du fond du cœur ! » Merci du conseil, mais on s’en doutait, son masque à oxygène sur l’affiche de la tournée « Giants », c’est de l’humour à la Stranglers, mais ça dit bien ce que ça veut dire. Le titulaire/remplaçant, c’est Ian Barnard « qui n’a que vingt huit ans, dommage pour lui ».


Puisqu’on joue à Ghostbusters, chassons l’autre fantôme des Stranglers, Hugh Cornwell. En faisant un effort, on aurait pu dire qu’il planait sur le groupe à l’époque où ils étaient cinq, le chanteur d’alors, Paul Roberts, prenant des accents semblables à ceux du chanteur/guitariste d’origine. Mais c’était plus un hommage qu’une copie. Il faut le dire tel quel : Cornwell n’est plus là du tout. Même les chansons qu’il interprétait ne font plus penser à lui. Baz Warne et JJ Burnel se les sont appropriées avec bonheur. C’est certain que le mot bonheur pour parler des Stranglers, ça fait bizarre, pourtant c’est ce qu’ils ressentent devant nous en chantant leurs chansons. La morgue de Cornwell qui déteignait sur tout le groupe a bel et bien disparu. Certains la regretteront, pas moi, il reste bien assez d’ironie et de sarcasmes dans les paroles et de hargne dans la musique pour satisfaire notre envie coupable de dark side.


Mais ne zappons pas le début de la soirée. On entre dans la salle à huit heures zéro trois et le groupe de hard rock de Montpellier dont le nom m’a échappé en est déjà à son troisième titre. Pour un concert qui commence à huit heures, c’est du rapide. Après les années soixante-dix/quatre-vingt où les concerts commençaient avec deux heures de retard, les années quatre-vingt-dix/deux-mille où ils commençaient à l’heure, voici les années deux-mille-dix où ils démarrent avant ! C’est loin d’être la première fois qu’on nous fait le coup, c’est pour ça qu’on en cause. Pour la peine, on leur collera l’étiquette de « Early hard Rock », même si ils n’en sont certainement pas responsables. Ils font un set très honnête et le batteur torse nu qui doit adorer qu’on le compare à l’Animal du Muppet Show prend la salle en photo en sortant de scène.


Arrive Mike Marlin, la deuxième première partie, avec un paquet de belles chansons mid-tempo qui énervent la salle venue pour s’agiter. Ce mec a une belle voix et compose bien. Il a quand même beaucoup le physique de mon prof de latin de collège, ce qui passe très bien, tout compte fait, mais il en a aussi le jeu de scène ! Ce qui encourage le public, sans doute des latinistes, à le chahuter. Il s’en sort très bien quand même en ne se démontant pas d’un poil. Et en jouant un morceau « oun peu plou rock’n’roll » en clôture.


« L’Olympia  vous offre vingt minutes d’entracte » Ne sachant pas très bien comment interpréter cette annonce façon aéroport, on en profite pour aller pisser. On passe devant l’escalier qui fait face au bar et on voit une centaine de personnes assises sur les marches qui pianotent sur leurs smartphones (que des smartphones ! On est à Paris, bordel !). C’est sans doute ça que l’hôtesse de l’air voulait dire : « 20 minutes pour saturer votre addiction  à votre rézossossio… »


Quand la lumière s’éteint à nouveau, le logo géant et  familier « The Stranglers » qui surplombe la scène, est éclairé. Comme le dit plus tard Burnel : « Sauf si vous êtes aveugles ou que vous ne savez pas lire… » C’est sur « Waltzinblack » que les musiciens entrent en scène. Ils s’installent dans la mise en place carrée qu’on leur connait : à gauche la section rythmique, le bassiste devant la batterie, à droite les claviers derrière le guitariste chanteur.  L’ovation est énorme. Histoire de bien scotcher le public, l’équipe de Burnel démarre avec trois titres des premiers albums et n’introduit qu’en quatrième « Lowlands » extrait du petit dernier « Giants ». Ruse inutile puisque d’une part,  le public est aficionado et que ledit « Giants » n’a rien à envier à ses illustres prédécesseurs : tout y est, le son, les mélodies, l’ironie, etc…

 

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Ces mecs-là sont en forme (excepté jet Black, mais on en a déjà parlé) aussi bien sur disque que sur scène ce qui fait que le concert tourne vite à la célébration. Que les intros soient jouées par Burnel sur la basse Shuker qui porte son nom ou par Greenfield sur sa demi-douzaine de claviers Yamaha disposés pour le mettre en cage, elles sont toutes ovationnées. La partie centrale du concert qui débute par le ternaire biscornu de « Golden Brown » et qui regroupe les tubes planétaires des années quatre-vingt qui font la part belle aux synthés est particulièrement appréciée. C’est justice, les morceaux sont magnifiques, mais l’âge moyen du public n’y est sans doute pas pour rien.


Tiens, parlons-en du public. Dans la fosse et devant la scène : les jeunots accompagnés par les quarantenaires les plus valides ou les plus inconscients,  qui pogotent comme si on était encore en 1977, rien d’anormal. Mais dans les gradins, la faune est plus étonnante : des vieux, des vrais vieux, qui connaissent eux-aussi la setlist par cœur et qui portent beau pour la circonstance. Et un paquet non négligeable de lardons d’une dizaine d’années qui ont sans doute été trainés là par leurs parents pour leur rappeler ce qu’ils ont entendu in-utero… Ou c’est peut-être le contraire ? Devant moi, par exemple, il y a une famille typique française, père, mère, la quarantaine, fille de douze ans,  garçon de neuf. Il faut voir l’air gêné de la gamine quand sa mère vire hystérique et danse en se déhanchant sous l’œil attendri de son mari et de son fils. Tous ont des bouchons sur les oreilles. Précaution à peine utile, le gros compteur du décibel-mètre culmine en crête à 106 alors que les manifestations du public entre les chansons atteignent à tous les coups 98, jeu égal avec le groupe. Quand je vous dis que c’est un triomphe, en voilà la preuve scientifique !


Les Stranglers imaginaient-ils à leurs débuts que leurs concerts deviendraient des spectacles intergénérationnels et familiaux ? Surement pas. Ils ont banni les strip-teases graveleux et Burnel ne descend plus de la scène pour tester ses « karaté skills ». Faut-il le regretter ? Certainement pas car l’essentiel, à savoir la musique est là et bien là. La section rythmique est irréprochable, le batteur «  jeunot » est excellent et le son de disto-basse inimitable de Burnel est unique. Il faudra passer son matériel au spectrogramme de masse pour en percer le secret, et encore. On découvrira certainement une puce « disto-basse-papier-de-verre » cachée dans une pédale. Greenfield intègre ses claviers d’une façon tout à fait originale en faisant galoper ses doigts du plus grave au plus aigu sur une musique où les claviers sont habituellement  incongrus. Il nous fait sa traditionnelle frime qui consiste à boire d’une main en jouant très vite de l’autre. Et Baz réussit  parfaitement à faire oublier un guitariste fondateur et un chanteur virtuose à lui tout seul.  Il troque sa Telecaster  noire à manche blanc contre trois autres guitares selon les morceaux et s’avère aussi bon en acoustique qu’en électrique. Le récent live unplugged en Belgique et  le CD acoustique fourni avec l’édition « collector » de « Giants » enfoncent le clou.


Après « Always The Sun » et ses chœurs entonnés par toute la foule, c’est « No More Heroes », un titre de 1977, qui, à nouveau, met littéralement la salle en transe. Pour les plus âgés, ça ne m’étonne pas, mais en voyant les plus jeunes s’agiter et chanter le refrain, je me dis que les Stranglers  sont vraiment très forts. Ou alors qu’un jeu vidéo récent a pris ce titre comme bande son…


http://4.bp.blogspot.com/-vy5U2uPkAhE/T6krU9kzMSI/AAAAAAAABUo/aZk65B5MpE8/s320/Stranglers+2.JPGC’est Burnel qui annonce le dernier morceau : « Something better change ! Pour la France ! ». On ne peut qu’être d’accord.  Le groupe est rappelé deux fois et la salle se rallume et se vide. C’était un bon concert, bien long aussi, et pourtant on en redemanderait bien encore autant. Et puis ils n’ont pas joué « Toiler On The Sea » et « Down In The Sewer », mais on les a entendus lors de la tournée précédente et Ils en sont à leur dix-septième album studio, ils ne pouvaient pas tous les jouer en entier.

Sur le boulevard des Capucines il fait frais et les sans-abris ont entamé leur courte nuit dans les portes cochères des immeubles cossus. On frissonne un peu plus à l’idée d’être à leur place ; on avait oublié le temps d’un concert que le monde est mal foutu. Bonne nuit quand même, m’sieurs dames.  “Curfew” !

La setlist qui suit est sans doute exacte mais il est possible qu’un titre manque ou ne soit pas au bon endroit.


   0   Waltzinblack      THE GOSPEL  ACCORDING TO THE MEN IN BLACK 1981

  •  
    1. Burning Up Time                               NO MORE HEROES 1977
    2. Sometimes                                    RATUS NORVEGICUS 1977
    3. The Raven                                                      THE RAVEN 1979
    4. Lowlands                                                                GIANTS 2012
    5. Hey! Rise of the Robots                   BLACK AND WHITE 1978
    6. Hanging Around                           RATUS NORVEGICUS 1977
    7. Unbroken                                                           SUITE XVI 2006
    8. Time Was Once On My Side                                 GIANTS 2012
    9. Golden Brown                                                     LA FOLIE 1981
    10. Strange Little Girl                                                       Single 1982
    11. European Female                                                    FELINE 1983
    12. Always The Sun                                           DREAMTIME 1986
    13. Walk On By                                         (reprise Dionne Warwick)
    14. Freedom Is Insane                                                  GIANTS 2012
    15. Peaches                                         RATUS NORVEGICUS 1977
    16. Mercury Rising                                                      GIANTS 2012
    17. 5 Minutes                                                                   Single 1978
    18. Relentless                                                          SUITE XVI 2006
    19. Lost Control                                         NORFOLK COAST 2004
    20. Shut Up                                                            Single B side 1978
    21. No More Heroes                                NO MORE HEROES 1977
    22. Something Better Change                  NO MORE HEROES 1977

RAPPEL 1

  •  
    1. Goodbye Toulouse                        RATUS NORVEGICUS 1977
    2. Duchess                                                           THE RAVEN 1979

RAPPEL 2

  •  
    1. All Day And All Of The Night                     ( RepriseThe Kinks)
    2. Tank                                                BLACK AND WHITE 1978

 

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Le concert sus-raconté était mon dernier en date. Le premier était un rendez-vous manqué, petit rappel de l’ambiance :

Pendant les années 80, il existait un petit parti politique sur le déclin, le PSU (parti socialiste unifié) qui faisait comme son grand frère le PC une fête annuelle au parc de La Courneuve. Les Stranglers y étaient programmés, sur la grande scène en plein air.

Quand on arrive sur le site, il pleut des kalachnikovs et les organisateurs sont contraints de rapatrier tous les concerts sur la petite scène qui est couverte. Evidemment, le fait que deux programmations séparées se retrouvent sur la même scène, qui plus est la plus petite, crée quelques problèmes. Le public venu pour voir les Stranglers se retrouve coincé sous un chapiteau à attendre nerveusement en écoutant Anne Sylvestre devant « son » public. Ses chansons féministes sur l’amour ne sont pas du goût de ces mecs, très peu de nanas, contrairement aux concerts récents. Un petit gars habillé en növö, une espèce disparue, s’écrie : « L’amour est une illusion des années soixante-dix ! ». S’il n’y avait que ce genre d’apostrophe, ça pourrait aller, mais les insultes fusent, Anne Sylvestre a du mal à chanter et sa guitare prend même une canette. A la fin de son set, une des rares filles qui ait eu le courage de rester dans cette ambiance électrique, monte sur scène, se saisit du micro et dit : « Puisque les fans des Stranglers nous ont pourri notre concert, on va rester là et leur pourrir le leur ! ». Sa déclaration de guerre la déclenche tout simplement. Des canettes volent puis des bouteilles en verre. Des mouvements de foule avec piétinements et cris et enfin une bataille rangée entre des babas cools, plus très cools et des « autonomes » (on les appelle comme ça dans les manifs), dont certains sont casqués. On attend un peu que ça se calme en pensant que le S.O. (service d’ordre) pourra mettre de l’ordre, c’est son boulot. Mais quand il arrive au grand complet : une dizaine de mecs en k-way et clarks armés d’un talkie-walkie, on se dit que ça va pas être si facile que ça. On décide de rentrer à la maison en évitant les projectiles. Avant le début des hostilités, on avait eu le temps d’acheter le fanzine « Strangled » n°5, vendu par Jet Black lui-même. On se console en le lisant et en espérant de voir un jour les Stranglers sans avoir besoin d’acheter une armure coûteuse.

Il parait que le concert a eu lieu quand même et que les Stranglers se sont bien marrés de jouer devant une baston générale…

commentaires

Philippe 28/03/2016 12:01

A la fin du concert , Jean-Jacques descend de la scène et vient faire la bise à ma femme
Grand moment pour Elle
Deux Fan Fan de 60 ans

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