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Tom Waits - La Condition Humaine

par lou 19 Novembre 2012, 09:56

TOM WAITS

 

Nighthawks At The Dinner (1975)

http://userserve-ak.last.fm/serve/500/52027511/Tom+Waits+75talesofbeatnikWYRichieAaron1.jpg

Merci John Bonham, Ian Paice et Carmine Appice. D'avoir prouvé combien un solo de batterie peut être chiant. D'avoir totalement défiguré la notion calorifique d’un concert. Exhibitionnisme foireux en live, escroquerie sur vinyle. Quel pied d'avoir claqué quinze euros sur un double album. Pour avoir des faces ruinées par des solos d'enclume. Je parle des batteurs, mais si vous regardez bien, tous les musiciens (ou presque) ont fauté sur le grand autel du t'as-vu-comme -j'assure. Jack Bruce et son atroce chorus de basse, sur le Live And Kicking (minable) de West Bruce And Laing, par exemple. Mètre étalon du morceau qu'on reçoit comme une flaque (verte) de dégueulis, sur son paillasson. Passons sous silence la triple choucroute de Yes, c'est encore un autre problème. Mais les sieurs Blackmore, Lord, Page, tous grands mégalos sont impardonnables.  Springsteen encore pire. Son quintuple (au secours) machin demeure un chancre gluant, qu'on écoutera une fois. Avant de le ranger, perplexe. Le boss est pourtant une bête de scène, pas du genre à venir faire le beau devant son public. Sachant bien que les gens ont bossé dur pour payer leur place.  Mais sur le disque, la magie a disparu. Peu de réussites flagrantes au niveau des albums en public, donc. Le Velvet de 1969, Gallagher, Humble Pie, Johnny Winter, Allman Brothers Band, Dylan 1966. Pour le reste, il faut le plus souvent se pencher sur des produits de contrebande (Rolling Stones et Who) que l'industrie traine les pieds à officialiser. Le DVD ? Trop simple de se cacher derrière de belles images. Par exemple The Song Remains The Same version remastérisée passe sans réels problèmes, sur l'écran. Le disque restant un parangon de grosse tête. Venteux, prétentieux et inutile.  Je veux un album en public abondant, chaleureux et minimaliste. L'artiste qui arrive, pose ses godasses, et nous fait l'enfer en tombant des bières.

 

http://losslessjazz.net/wp-content/uploads/2011/03/Tom-Waits-Nighthawks-at-the-Diner-1990-FLAC.jpgAlors, je dis Tom Waits. Juste une question d’atmosphère. Nighthawks At The Dinner (1975) 18 morceaux, le plus long atteignant à peine les douze minutes. Pour l'ambiance, rappelez-vous du Live At Max Kansas City, d'un Velvet (décidément) en décomposition rapide. Le public doit être à deux mètres de la scène, pour un peu le batteur siroterait votre binouze. Il est largement plus de minuit, on s'en fout. Pas la peine de faire le plan fan absolu de Waits, non plus. Ses machins expérimentaux m'ennuient, mais j'ai passé (et passerait surement encore) des siècles à m'infuser son Blue Valentine. Modèle d'écriture tenue en laisse, et de classe éthylique non tape à l’œil. Romeo Is Bleeding/With A Bullet In His Chest/And Cagney On The Screen, c'est du Audiard dans le texte. Un coup à vous faire raccrocher votre stylo, et vos minables ambitions. Alors la plus belle voix du monde depuis Howling Wolf, portée par un groupe où règne l’ascèse. En concert gigogne, au son parfait. On imagine que les gars ont un coach, planqué sous le piano. Une note de trop, pan, un coup de bâton sur les doigts. Les assiettes sont sales, les verres font le service maximum. Pendant que Tom Waits débite ses histoires de gonzesses, de météo émotionnelle, et tout son catalogue d'oiseau de nuit. Tellement décontracté qu'on se demande, sérieusement, où finit le set, et où commence l'improvisation. Surement un peu des deux. Et quelle retenue. Quelle façon  de maintenir l'audience sur le grill. Il faut remonter aux vieux crocodiles du Mississippi, pour retrouver pareille patience économe et sereine.

 

De toute façon le jazz de Waits est peu regardant sur la mesure. Et après douze, pourvu qu'il continue, le corps et l'esprit sont satisfaits.   Partir maintenant ? Il fait bon dans le rade. Se faire assommer par un mauvais groupe de bar ? Ceux qui écorchent le répertoire des autres, avec des attitudes de rigolos. Ce serait négliger le saxophone décharné, qui se glisse ici et là. Et ces mélodies, pures comme du café noir. Fatigue et manque de sommeil ont été incorporés au mixage. Avec beaucoup d'odeur de tabac et de sueur. Que de l'humain. Dehors, un ivrogne roupille dans les poubelles. Les premières fenêtres s'illuminent. Tout le monde est un peu plus vieux. Les rues sont silencieuses, engageantes parce que l'obscurité en dissimule la crasse. J'habite une ville laide, bourrée de blaireaux. Mais j'adore l'arpenter vers six heures du matin. Sans peur d'une mauvaise rencontre.  Avec des histoires dans ma tête. Le regard douloureux, et des regrets mal formulés.  Laissez Tom Waits vous tatouer la couenne.

Laurent

LIEN : Spare Parts

 

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