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Un centaure sur un tapis volant

par lou 22 Juin 2011, 22:36

Folk Psychedelic UK

 

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MAGIC CARPET

 

 

Interview d'Alisha Sufit

 

Un Centaure Sur Un Tapis Volant

Un des plus beaux secrets de l'underground anglais. C'était un temps ou le net était encore au garage. Toute échappée hors des sentiers balisés, se payait alors d'une vraie enquête.  Paypal ne pensait pas encore à régner suprême. Pire encore,  Ebay n'avait pas martelé cette idée qu'un disque, objet de curiosité, n'était, dans le fond, qu'un investissement potentiel. Bref, il y a longtemps on découvrait des groupes obscurs par le mystère que suscitait la pochette. Et puis on ramait pour trouver une réédition. Après, à chacun de s'arranger avec ce qui sortait des enceintes. Voilà comment j'ai connu Magic Carpet. Intrigué par ce centaure ailé, à tête de femme. Ensorcelé, ensuite, par ce drôle de folk orientalisant. Ce sitar coulant si facile. Et cette belle voix, loin des stéréotypes propres à une époque. Qui comptait pourtant quelque sérieuses clientes, niveau chant. Je suis donc particulièrement content qu'Alisha Sufit, chanteuse de Magic Carpet, ait bien voulu répondre à quelques questions. Fuzzine reste fidèle à sa ligne de conduite, du solide avant tout, en évitant de se la péter. Parce que pouvoir parler un peu à tous ces grands musiciens nous suffit amplement.

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Laurent : La première question sera classique. Comment êtes-vous venu à la musique et avez rejoint Magic Carpet, et décidé de jouer ce folk teinté d'influence orientale ?

 

Alisha Sufit : J'ai toujours aimé la musique, toujours été émue par elle. Mon père avait une collection de disques classiques, qu'il écoutait souvent. Ces sons ont été ma première introduction. A l’âge de onze ans, je suis allée dans une école théâtrale, ou j'ai étudié plusieurs formes de danse et d'art dramatique. Nous apprenions beaucoup de chansons du répertoire classique américain. Et à ce moment-là, ma mère a acheté quelques disques de jazz. Chris Barber et Humphrey Littleton. Mon premier contact avec la musique des Indes fut Le Fleuve de  Jean Renoir. Je l'adorais. Âgée de huit ou neuf ans, toute seule, je retournais le voir, au cinéma local. Mon premier disque acheté doit être un album de Ravi Shankar, ou un EP d'Alexis Korner et Davey Graham. Les deux à peu près en même temps, quand j'avais seize ans. Je ne réalisais pas que Davey pourrait devenir un ami. Il a très gentiment écrit les notes de pochettes pour mon CD, Love And The Maiden.

 

L : Parlez-nous de Mushroom Records. Était-ce délibéré de signer sur un label très underground ? Vous en connaissiez les autres groupes ? Qui est Vic Keary ?

 

AS : J'étudiais à la Chelsea Art School, avec Jim Moyes, guitariste de Magic Carpet. Il avait formé un trio du nom de Sargam, avec Clem Alford (sitar) et Keshav Sathe (tablas et percussions). Vic Keary, de Mushroom Records, leur a offert un contrat, mais ils devaient avoir un chanteur. Après que nous ayons quitté l'école, j'ai perdu le contact avec Jim. Puis il m'a rappelée, pour me demander de chanter et jouer avec le groupe. Il semble me souvenir que c'est moi qui ai pensé au nom Magic Carpet. Ce fut très facile et naturel de me joindre aux trois autres, on a vite commencé à jouer un tas de morceaux, que j'avais écrit. Mais je n'avais pas grande connaissance des autres musiciens du label. Il y a longtemps que j'en n'ai pas croisé un, ou même pensé à eux. Vic est quelqu'un de grand, on lui doit beaucoup, en dépit du fait qu'il ne soit pas un bon businessman. Il avait beaucoup de bonnes idées et d'ambitions musicales. En plus, c'était un excellent ingénieur du son. Généralement, très encourageant, en plus. Mais sa façon de gérer ses affaires était toujours précaire, ce qui implique qu'il n'a jamais eu le succès qu'il mérite. Il est toujours vivant, et travaille pour Thermionic Culture, dans l'équipement des studios à lampes.

 

L : Magic Carpet trouvait-il facilement des concerts ?

 

AS : On a fait quelques concerts. Aucune idée si ils étaient simples à trouver, puisque je ne m'occupais pas de ça. Je me souviens avoir joué au  100 Club, et à Wavendon, tenu par Cleo Laine et John Dankworth (un couple d'artistes de jazz, NDLR). Et encore dans plusieurs festivals. Mais ma mémoire est du genre faible. J'aurais aimé tenir un journal à l'époque, comme je l'ai fait pour tant d'autres années de ma vie. Mes souvenirs ont toujours été bizarres, des images intenses autant que de grands trous noirs. En tant qu'artiste de scène, j'étais assez nerveuse, et partant de là un peu  paumée.

 

http://alishasufit.bulldoghome.com/pages/alishasufit_bulldoghome_com/magiccarpet/imagesMC/Alisha-1968-b.jpgL : Une question très musicale. Comment fait-on voisiner une guitare et un sitar ? Il faut un accordage spécial ?

 

AS : J'utilisais un accordage modal, pas la tonalité occidentale standard. Ce qui était entièrement compatible avec le sitar, et donc très facile et naturel. Bien que ce soit essentiellement les trois gars qui travaillaient à jouer pour moi. J'étais plutôt limitée et rigide, musicalement.

 

L : Après la séparation de Magic Carpet, vous avez sorti un album solo que je connais, mais pas ce Love And The Maiden.

 

AS : Je chantais les samedis, sur le marché de Portobello Road. Un jour est arrivé un homme nommé Nick Sykes, un excellent ingénieur du son, qui travaillait pour un studio très connu, à l'époque. Il était intéressé par ma musique, et m'a invitée à enregistrer dans l'endroit où il travaillait. On s'y glissait en douce, quand il n'y avait personne, et on enregistrait les chansons pour ce Love And The Maiden. Il voulait me faire signer un contrat, et tenter de sortir un album. Mais j'étais très timide, et ne pensait pas que c'était bon. Donc, j'ai laissé tomber. Il a gardé les bandes, et je l'ai ressorti des années plus tard. Quand je l'entends, je pense que c'est poignant et innocent. Et que je me jugeais bien durement, à l'époque. Mon autre album solo (Alisha Throuhg The Looking Glass, chef d’œuvre, NDLR) est sorti bien après. Si quelqu'un est intéressé par nos disques, tout est disponible sur www.magiccarpetrecords.com.

 

L : Il y a aussi un album de Magic Carpet, de 1995. C'était de la nostalgie, avant tout ?

 

AS : Nous étions tous très touchés, et étonnés que les gens recherchent Magic Carpet, et aiment vraiment. C'était extrêmement encourageant, dans la mesure où le disque avait disparu très vite. Clem et moi avons repris contact à nouveau, et travaillé sur un nouvel album, nommé Once Moor, qui s'est avéré très plaisant à faire. J'avais composé la majorité des morceaux, et assuré l'enregistrement. Une honte que Vic Keary ne soit pas passé derrière la console, parce qu'il est un bien meilleur ingénieur du son que moi. Les séances étaient très différentes de sa façon de travailler, moins éthérées peut être.

 

L : J'ai été surpris  de vous entendre sur le premier album d'un groupe américain nommé Many Bright Things.

 

AS : Il y a quelques années, j'ai rencontré un américain nommé Michael Piper, qui est hélas mort en 2008. En plus d’être collectionneur et vendeur de disques, il dirigeait aussi un label du nom de Gates Of Dawn. C'était un homme merveilleux, respectueux, enthousiaste, qui m'a présenté à Stan Denski, lequel avait aussi un label, Aether-Or. C'est lui qui a eu l'idée de réunir  plusieurs musiciens underground, comme Nick Saloman et moi.

Pour collaborer à plusieurs morceaux, au-dessus de l'océan. J'ai enregistré Silver Witch chez moi, et envoyé le résultat à Frank Defina. Un grand musicien, qui jouait de la basse et de la mandoline sur la chanson. Le résultat m'avait enchanté.

 

L : Et il y a quelque chose avec un des types d'Oasis.

 

AS : Ah oui, Noël Gallagher. Je me suis retrouvé à collaborer avec Gaz Cobain and The Amorphous Androgynous, aussi connu sous le nom de The Future Sound Of London. Gaz m'a demandé d'accorder les droits d'une chanson de Magic Carpet (The Phoenix) pour une compilation qu'il mettait au point, nommée A Monstrous Psychedelic Bubble Exploding In Your Mind, Vol 1. Noël avait chroniqué l'album, disant que c'était l'album de l'année, ou de n'importe quelle année. Oasis a ensuite demandé à Gaz de remixer un de leurs tubes (Falling Down). J'ai été très surprise d’être invitée à chanter. Et très touchée que Noël ait chanté dans les chœurs, en me laissant les parties principales. En tant que vieille hippie anonyme de Crouch End, ça m'a bien fait rire. Merci Noël. Plus tard, je suis partie en tournée avec  Amorphous Androgynous. Des moments fabuleux, à jouer à  Kazan, Moscou, Kiev, en Irlande, au Pays de Galles. Et même au HMV Forum de Londres, en support de Kazabian. C'était délicieux et surréaliste. Les gars du groupe sont tellement adorables.

 

L: Au-delà de la musique, vous êtes aussi une super artiste graphique. Au sujet de la pochette du  LP de Magic Carpet, c'est un autoportrait ?

 

AS : Bien que j'ai assemblé cette pochette, dans un sens graphique, l'image du verso n'est pas de moi. C'était une vieille gravure des indes que je possédais. Une icône mythologique, le cheval ailé, avec une tête de femme. Pas certaines des pattes, mais quand j'étais plus jeune j'avais des cheveux très longs, et très épais. Quelqu'un m'a dit un jour que l'image vient de l'ancienne Perse. Si quelqu'un en sait plus, j'aimerais bien avoir un avis Plus sur mon travail graphique à www.alishasufit.com.

 

L : Que pensez-vous du téléchargement, des gens qui vont en prison pour ça. Vous m'avez dit une fois avoir eu des problèmes avec les droits d'un pirate de Magic Carpet.

 

AS : Les gens qui téléchargent gratuitement m'énervent. Comme les sites qui se font du fric en revendant le travail des musiciens. Il y a longtemps, j'ai surpris un pirateur du nom de Hugo Chavez Smith, sur le point de sortir l'album de Magic Carpet, en CD. Il était très surpris que je l'ai découvert, et m'a laissé faire à sa place. Je détiens toujours les droits de toutes mes chansons. Comme les autres membres du groupe, pour leur propre matériel.

 

L : L’Angleterre  a un nouveau gouvernement. Qui pense qu’être dur avec les faibles est la solution. Votre opinion sur l'état actuel du monde ?

 

AS : C'est un large débat. Bien trop complexe pour répondre ici. Je pense que la plupart des anglais sont conscients que nous devons faire des économies. En tant que nation, nous avons des emprunts grotesques, qui ne seront peut-être jamais remboursés. Il y aussi beaucoup d'escrocs en Angleterre. Des gens qui réclament des avantages, sans y avoir droit. J'en ai rencontré pas mal, quand je vendais des cartes postales, ou chantais sur les marchés. Ces gens me donnent vraiment la haine, parce qu’ils siphonnent l'argent de ceux qui en ont vraiment besoin. Ils se confiaient à moi, parce qu'ils pensaient que j'allais les soutenir. D'un autre côté, le gouvernement a trouvé des millions pour sauver les banques. Et encore plus pour s'engager illégalement dans une guerre. Ce qui me fait également vomir. Au sujet du monde, les niveaux de vie sont inégaux, et c'est injuste. On a beaucoup de chance en Angleterre (et en Europe) d’être relativement tranquilles et prospères.

Bien que ce soit souvent sur le dos de travailleurs exploités, partout dans le monde.

 

L: Prochaine étape dans votre carrière :

 

AS : Mon problème, c'est que commence tout à la fois. Je chante et écris des chansons. Je dessine et peins. J'écris de la poésie, et aussi des histoires pour enfants. Egalement des récits courts pour adultes, et une nouvelle qui attend de sortir. Parfois, je me réveille le matin, sans savoir quoi faire. Donc je finis par ne pas mettre toute mon énergie dans une seule chose. J'ai écrit beaucoup de chansons, ces dernières années. Donc j'aimerais beaucoup les enregistrer, trouver un arrangeur. Mais il y a tant à faire, tout est si facile avec Internet, que promouvoir son travail est difficile. On peut facilement s'y noyer.

 

L: Que savez-vous de la France ? Si je me souviens bien, vous avez de la famille par ici.

 

AS : La première fois que je suis venu en France, j'avais huit ans. En camping avec mes parents. La famille de mon père est juive polonaise. Principalement de Varsovie. Plusieurs d'entre eux ont survécu à la guerre, avec un grand courage. Bien que toute la famille de mon père ait exterminée par les nazis. Mon oncle est mort très jeune, en combattant pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie. Il était très courageux, combattant les allemands avec pratiquement rien.  J'ai de la famille survivante, à Paris, que j'aimerais connaître plus. Avec mon mari, nous visitons la Normandie depuis longtemps. Les gens sont chaleureux et directs, les villes et les villages d'un intérêt sans fin, très beaux. J'ai une grande admiration pour la France. La culture est extraordinairement riche, j'aime les français et leur langage. J'ai vécu un an ici, à 17 ans. Je suivais les cours des beaux-arts, en candidate libre.

 

L : Votre ile déserte. Un disque, une personne, un film, un instrument de musique.

 

AS : Rien que ça ! L'instrument, pour moi, aucun problème, une guitare. La personne, mon mari. Un film, les Blues Brothers peut être. Je pourrais rigoler et danser en même temps. Un disque ? J'aime tant de musique. Laissez-moi réfléchir......une dizaine d'années.

 

Entretien mené par Laurent

 

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