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Underground - Archives de la Zone Mondiale / Entretien

par lou 26 Mars 2013, 10:01

http://www.archivesdelazonemondiale.fr/squelettes/img/img-logo300.pngUNDERGROUND

 

 

 

 

 

Archives de la Zone Mondiale

 

 

 

 

Entretien Avec PariA

 

 

La légende veut que, quand les Bérus sont arrivés à NRJ, le boss les a accueilli avec un badge du groupe, épinglé à son chouette costard. Vrai qu'ils étaient drôlement populaires, à la fin de ces maudites années 80. Ils vendaient même des skeuds dans mon abominable bled, ce qui est toujours un signe. Et puis (bien sur) le venin du propos s'estompa dans la mode. Les marchands de vomi Elmer Food Beat avaient récupéré le plan déglingué, en y ajoutant beaucoup de gras franchouillard. Une fois de plus, on enterra la revendication, et on passa à autre chose. Vite, surtout. Pas de bol, Fuzzine a rencontré le patron d'un petit label (à qui on souhaite de devenir grand) avec un objectif aussi alternatif que crétu. Voici un bon coup d'air frais dans la logique de l'achat crétin. Et si demain un chef d’œuvre comme le premier Collabos (comment ça vous connaissez pas ?) se vend à des millions d'exemplaires (on peut rêver) l'armée des oubliés du progrès aura remporté une belle victoire. A tous ceux qui ont enchainé les stages bidons/formations foireuses, en faisant le bonheur des charognards de l'info.

 

Laurent/Seb : Présentation à nos lecteurs. Qui êtes vous, comment êtes vous venu à la musique, et surtout à fonder un label qui réédite du punk français.

 

PariA :PariA, surnom hérité de ma période animateur radio. Activiste punk multi-disciplinaire et fondateur du label Archives de la Zone Mondiale. J'ai débarqué dans cette scène en écoutant les émissions de radios libres, en en faisant moi même après. Puis en organisant quelques concerts, publiant quelques brochures et fanzines et me retrouvant aux cotés de Bérurier Noir lors de leur retour en 2003. Suite à l'arrêt du label Folklore de la Zone Mondiale en 2007, j'ai poursuivi de mon côté l'auto-distribution avec la structure LaDistroy qui a aussi servi à faire quelques productions de disques. Puis je l'ai confiée au camarade abFab l'été dernier pour démarrer une vraie activité éditoriale, suivie et soutenue, avec mon nouveau label.

 

http://citroenclubduperche.free.fr/images/0318disque3307.jpgL/S : Premier et dernier disque achetés. Pensez vous qu'il soit important de posséder physiquement sa musique ?

 

P : Mon premier vinyle, c'est Bérurier Noir (Macadam Massacre). Tu vois, ca reste cohérent avec ce que je fais aujourd'hui. Le dernier acheté c'est le double LP de Dead Can Dance – Anastasis. Probablement pas le meilleur album du groupe, mais très correct et réalisé avec soin. Concernant la possession physique du support, je pense qu'aujourd'hui la plupart des gens se sont affranchis de cette contrainte. Et perso, je n'y vois pas de problèmes majeurs. C'est bien que l'on puisse découvrir des groupes, des genres musicaux vers lesquels on n'irait peut être pas, s'il fallait acheter les disques. Si on aime un groupe découvert par ce biais là, l'achat se transforme alors en un acte de soutien au groupe. Il devient alors important de fabriquer des beaux disques, de qualité, avec de belles matières et techniquement irréprochables pour remercier les gens qui souhaitent soutenir notre politique éditoriale.

 

L/S :Ce qui m’amène à cette phrase sur le site «Nous ne vendons pas des objets de collection». Les vinyles originaux des Bérus ou des Olivensteins sont aujourd'hui rares et chers. Vous voyez ça comme un paradoxe navrant, ou une forme ultime de bras d'honneur ?

 

P : J'aurais presque tendance à dire que la «collectionnite» est le symptôme flagrant d'une société matérialiste et effrayante. Les gens ont peut-être besoin de retrouver une certaine sécurité dans des objets d'adoration, auxquels ils donnent une valeur parfois hallucinante, bien loin du coût réel ou de la volonté du groupe au moment où le disque était sorti. L'une des volontés d'Archives de la Zone Mondiale est de permettre à tous de pouvoir retrouver ces disques, devenus rares et chers, à des prix le plus accessibles possible. En privilégiant les réseaux alternatifs et indépendants, fidèle à notre démarche depuis le début.

 

L/S :Depuis combien de temps le label existe t-il, et comment ont été choisis les premiers groupes réédités.

 

P : Le label est tout jeune puisqu'il est né à la fin de l'année 2012. Suite à notre aventure commune sur Folklore de la Zone Mondiale, le point de départ de notre catalogue est donc logiquement Bérurier Noir.

 

L/S : A ce propos qui sont Verdun et Arno Rudeboy. Jamais entendu parler dans la presse rock française, de l'époque.


P : Verdun a tout de même marqué la scène punk à l'époque. Mais ce n'est pas super étonnant ce que tu me dis, puisque hormis quelques groupes punks «journalistico-compatibles» avec la presse rock de l'époque, il fallait plutôt se plonger du côté des fanzines et des radios associatives pour entendre parler de ceux qui disaient et faisaient des choses intéressantes dans notre scène. Arno Rudeboy a publié un épais ouvrage, (Nyark Nyark) que nous avons co-édité et qui revient notamment sur une multitude de groupes de toute cette époque. A lire absolument, pour ne plus ignorer ce pan historique de la scène punk-rock et alternative française.

http://gag3000.free.fr/photos/eva.jpg

Verdun

 

L/S : Que pensez vous de la musique sixties et seventies, au delà du punk. Le rock contestataire français des groupes comme Red Noise ou Komintern, ça vous parle ?

 

P : Je suis trop jeune pour avoir connu ces groupes de leur vivant. J'ai bien conscience que la scène punk, notamment en France, n'est pas née du néant, mais qu'il y a eut plusieurs générations d'artistes et de groupes contestataires, notamment dans les années 60/70 qui ont ouvert la voie. Il est même probable que certains groupes soient ensuite nés, que ce soit dans une sorte de filiation ou même en opposition parfois.

 

L/S : C'est dans CQFD que j'ai lu quelque chose sur le label. Il faut dont toujours croire à l'importance des réseaux underground, à l'époque d'Amazon et de la standardisation aliénante ?

 

P : CQFD n'est pas «underground» dans le sens où ce n'est pas, il me semble, la volonté de la rédaction et qu'un journal, quel qu’il soit, a plutôt vocation à toucher un maximum de gens. D'ailleurs il est disponible en kiosque, c'est donc plutôt simple pour qui veut le trouver de pouvoir le feuilleter. Mais par contre, je le classe sans souci comme média alternatif au vu de leur liberté de ton, des sujets abordés et des valeurs qu'ils véhiculent. Oui, plus que jamais, il faut à tout prix se poser chaque jour la question de notre aliénation aux gros médias, gros distributeurs et tout ce qui a vocation a centraliser et uniformiser notre culture.

 

L/S : Vous semblez considérer la culture alternative comme une vraie source d'enseignement. On peut en déduire que la «kulture» traditionnelle est morte, ou sert simplement de prétexte commercial ?

 

P : Aujourd'hui la culture «traditionnelle» soit elle est étatique, donc contrôlée financièrement à coups de subventions et de ministères, soit elle sert les intérêts économiques de grands groupes, donc une culture aux antipodes de la spontanéité, de l'intelligence et assez peu propice à faire marcher à plein régime nos cerveaux. Mais pour quiconque est assez curieux, il y a des tonnes de choses à découvrir ailleurs heureusement.

 

L/S : Avez vous une idée de votre clientèle potentielle ? Au delà de la vision financière, avez vous une sorte d'objectif sociologique qui mêlerait éducation et acquisition d'autres valeurs que celle du CAC 40 ?

 

P : Non je ne calcule pas les potentiels de clientèle, le moteur à la base, c'est la passion et l'envie de faire ça, maintenant. La dimension pédagogique, de redonner du sens et du contenu à la réflexion à une époque où la société s'éloigne de toute forme d'engagement social, est évidente. Assassin chantait «Le futur dépend de notre action présente, ne l'oublie pas ! Si tu restes statique, si tu ne t'occupe pas de politique, la politique s'occupe de toi.».


L/S : La musique, pour vous, est elle fondamentalement politique ? Et en ce sens, pensez vous qu'elle a le même impact qu'il y a plus de 40 ans ?

 

P : Non, elle n'a évidemment plus le même impact puisqu'elle a été transformée en divertissement par des décennies de gestion par les majors compagnies. Elle a été vidée de sa substance artistique, au sens noble du terme, celle qui amenait l'auditeur à faire fonctionner son cerveau à l'écoute d'une chanson, d'une mélodie, que ce soit pour réfléchir, pour rêver, se sentir mieux, alimenter sa rage ou que sais-je. La bataille n'est pas perdue pour autant. Comme la musique s'est démocratisée (et les moyens de l'obtenir) aujourd'hui tout le monde a accès à des milliards de chansons et du matériel pour l'écouter, ce qui n'était pas forcément le cas il y a 40 ans. Il y a peut être un temps de digestion à patienter, et surtout, un travail de fond à faire pour que les petits labels, les petits groupes ne disparaissent pas dans l'oubli, sous le rouleau compresseur de l'entertainment.

 

http://jaidesamisshlags.com/wp-content/uploads/2010/11/berurier_noir_2.jpgL/S : Seuls les Bérus sont réédités à la fois en vinyle et CD, c'était simplement plus facile techniquement ? Un de nos copain normand espère fortement un lp de Verdun.

 

P : Comme je te le disais plus haut, c'est logique car c'est une nouvelle étape dans l'aventure Bérurière, qui suit celle de notre ancien label FZM. De plus, soyons francs, lancer une structure aujourd'hui en démarrant le catalogue artistique avec Bérurier Noir, permet d'être confiant sur les possibilités à venir et donne du carburant au label pour des lendemains qui chanteront. En ce qui concerne Verdun, j'avais évoqué avec le groupe et les amis des autres labels coproducteurs (car c'est une aventure collective) de faire un pressage en format vinyle de la discographie (5 disques si on inclus le 3ème album inédit). Mais ca représentait une trop grande énergie à déployer par rapport aux envies de chacun sur les dates de sortie. Donc, j'ai bien dû admettre que le CD représentait le support idéal dans le cadre de ce projet d'anthologie, malgré mon désamour de ce format.

 

L/S : Allez on se lâche, que pensez vous des punks en plastique modèle Green Day ? C'est une bonne vision de la société, prendre un truc au départ rebelle, et en faire de la bouillie pour faire croire aux gens qu'ils sont de vrais zonards bien sauvages et pas manipulés du tout ? Que pensez vous de cette génération Facebook/Ipod/Mp3/Je-suis-mort-sans-mon-smartphone ?

 

P : Çà fait 30 ans qu'on voit passer toute sorte de groupes punks. Certains populaires, d'autres plus confidentiels, certains qui durent, d'autres pas, mais j'en ai jamais vu aucun sans contradictions plus ou moins prononcées. Ce qui me parait important, c'est la sincérité de la démarche, que les gens qui jouent et chantent derrière les micros le fassent parce qu'ils croient encore que leur musique peut déclencher quelque chose. Et que leurs actes soient cohérents avec la scène dont ils se réclament, en gardant un maximum de liberté sur un maximum d'aspects. Concernant ta question sur les techno-dépendants, il y a du bon et du mauvais, à chacun-e de faire le tri. Je refuse personnellement l'uniformisation de la pensée via les réseaux sociaux ultra-fliquants, qu'ils s'appellent Facedebook ou Mysprout. Il est complètement fou que le vol des données personnelles à des fins commerciales par des entreprises soit devenu si banal.

 

L/S : Le nouveau Carla Bruni sort bientôt, et il est parait-il très bon. Qu'est ce qui vous dégoutte le plus entre les nostalgiques de la droite et la gauche ultra molle ?

 

P : J'ai pas tellement de commentaire à faire là dessus. Les gens qui ont voté pour la gauche molle au pouvoir ne peuvent pas dire qu'ils n'étaient pas au courant. En tant que libertaire, ça fait un moment que j'ai abandonné l'idée qu'un bulletin de vote glissé dans une urne tout les 5 ans pouvait changer quoi que ce soit à la vie. Donc n'attendons pas les politiciens pour reprendre en main nos existences, on peut déjà essayer de changer le monde autour de soi, c'est un bon début.

 

 

L/S : Avez vous l'intention de produire des groupes actuels ? L'organisation de véritables concerts partisans est il une idée qui vous a traversé l'esprit ?

 

P : Tu as un début de réponse dans notre nom : Archives signifie qu'on va plutôt exhumer les albums qui nous paraissent importants dans la contre-culture. Donc pas de productions de groupes actuels, et si ça se fait, ça ne sera pas sous l'étiquette Archives de la Zone Mondiale. Par contre, ca serait pas impossible qu'on fasse quelques concerts ou tournées, et pas forcément qu'avec des reformations.

 

L/S : Votre ile déserte. Un disque, un livre, un film, une personne, un ce que voulez.

 

P : J'habite déjà une ile presque déserte. Mais je crois que ça ne me plairait pas trop de me retrouver isolé, avec un unique bouquin et/ou un seul disque. Tous les jours il y a des gens qui créent des choses, que ce soit autour de nous ou à l'autre bout de la planète, j'aurais trop les boules de ne jamais pouvoir les découvrir. La vie est trop triste si on n'a plus accès à rien ni personne.

 

Entretien mené par Laurent, avec la collaboration de Seb

 

LIEN :

Archives de La Zone Mondiale

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