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ZZ Top - First Album / Imberbe, c'était bien mieux

par lou 13 Février 2012, 11:21

HEAVY BLUES

 

ZZ TOP

 

Imberbe, c'était bien mieux!

http://24.media.tumblr.com/tumblr_lrole9e1p91qdwxcqo1_500.jpgQuand ZZ Top a explosé (le terme est faible) en 1983, le trio tournait depuis treize ans. Et avait pondu, c'est prémonitoire, sa première vraie daube,  le redoutable El Loco, deux ans avant. Disque formaté, sans force, se contentant de tirer sur ses ficelles habituelles, dans un vide créatif total. Le groupe avait tourné en Europe avec Rose Tattoo (qu'un Gibbons rigolard traitait de «rapide, très rapide») et faisait maintenant jeu égal avec Thin Lizzy et Rainbow.  L'époque était alors au tout heavy metal,  les groupes fleurissaient comme l'ennui du dimanche. C'est par une assimilation idiote (boogie+solos) que Bill Gibbons et ses deux potes allaient se retrouver associés aux pires producteurs de décibels cloutés du moment. Production parfaite, pas une tache de gras, Eliminator était un album plutôt dans la moyenne du Top, malgré une face deux assez faiblarde. Et ne pouvait justifier, à lui seul, l'engouement soudain pour un combo de hard blues texan, qui en avait vu d'autres. Sans parler de cette histoire de barbes, vite devenue une gangrène pour tout amateur de musique sérieux. Les mêmes qui furent achevés par l'atroce Rough Boys, gros tube de 1985. Carpette à l'eau de rose, que  Foreigner en personne aurait refusé de chanter.  Là où le bat blessait, c'est que, pour la première fois, le spectacle passait avant la musique. On était en 1983, les Stones, Who, Zeppelin étaient tous hospitalisés atteints de la même ménopause douloureuse. Et pour réussir, une formation musicale devait désormais balancer beaucoup plus de confettis que de riffs tranchants. Voir les grotesques Nouveaux Romantiques, sortes de marchand de rideaux, tous plus constipés les uns que les autres. 

 

http://www.maxcaratulas.net/caratulas/Audio/letraZ/originalimages/zz%20top%20-%20zz%20tops%20first%20album%20%28front%29.jpgMessage reçu, l'équation Hot Rod+clips marrants+pouffiasses-blondes-en-shorts allait faire craquer la banque. Tuant net le Top, pour tous ceux qui le suivaient depuis longtemps. Fini le blues d'orage, le boogie des bordels du Nouveau Mexique. Tout le monde se ruait sur ce «nouveau groupe», et je connais un tas de gens qui vous auraient ri au nez, si vous leur aviez fait écouter Rio Grande Mud.  Ou ce damné First Album, justement si bon pour la bagnole. Constat terrassant, quarante et un ans plus tard, c'est bien celui-ci qui a le moins souffert du temps. Tout juste sortis du médiocre (Moving Sidewalk) et du mauvais (American Blues) le groupe démarrait modestement, et posait déjà quelques jalons pour l'avenir. Boogie sain et serein donc. Pas question de s'aventurer sur le terrain boueux de Grand Funk, les trois gonzes ayant trop de goût et d'honneur pour une si mauvaise option. L'ensemble du disque repose sur des tempos moyens, bien appuyés  à priori  bien uniformes. Pour peu qu'on s'y arrête avec une oreille pas habitué au rodéo, et au  galop des mustangs dans un canyon. Ce serait ignorer les dix millions de subtilités des compositions, extirpant tout ceci d'un banal exercice binaire. Ce First Album a délibérément plus à voir avec les premiers Point Blank, qu'avec le groupe de Duane Allman, cognant sans répit, mais jamais deux fois au même endroit.  Le charme d'une terre agricole, fumant dans le matin. La charrue retourne un labour gras, fertile, et c'est de l'énergie brute qui jaillit. Du soleil aussi. Le son est pur, certainement capté aussi live que possible, comme si on écoutait le groupe dans une cantina. Bill Gibbons a déjà cette guitare crépitante, la rythmique arbitre comme le  juge Roy Bean, sans chichis. Ne comptez pas faire appel.  Les trucs à la retape sont totalement absents ici, et si le groupe se permet un plagiat de Jimi Hendrix, c'est pour le faire vivre. A force de forer, le groupe allait bien finir par tomber sur le gros filon. Qu'il ait résisté, artistiquement, c'est une autre histoire. Les plagiaires pouvaient alors arriver. ZZ existe encore, vivotant sur sa légende. Allez au-delà de Tush ou de Blue Jean Blues, c'est plus que jamais gratifiant.

Laurent

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