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Avant Garde / Terry Riley - Le Poumon Des Oreilles

par lou 19 Septembre 2013, 11:06

Nord magnétique. Santé mentale compromise. Ne plus rien contrôler, laisser aller dans le décor.  Toute ces heures à écouter les Who, en ignorant jusqu'au nom de Terry Riley. Mais en ayant noté la drôle de cohérence de ces étranges guirlandes de clavier. Comme une pieuvre, dont chaque tentacule serait branché sur un son différent. Au tout début du tout premier morceau de Who's Next. Compromis tout en suggestion. Et puis ce colosse d'album en compagnie de John Cale. Avec le chanteur inconnu, qui ruine le seul morceau qu'on lui laisse. Comme si la musique de Terry Riley devait s'encombrer (même trois minutes) d'une caution à la normalité et au formatage. J'ai connu un type comme ça. Avec pour crédo que les instrumentaux étaient inutiles. Privé de ses pitoyables repères, il agonisait sur place. Un crétin, qui prenait souvent le contrepied de l'opinion des autres.  Au premier rang d'une performance de Riley, il se serait mouché ou gratté. N'aurait  pu (su) refréner sa tendance aux commentaires oiseux. Sans se départir d'un sourire imbécile. La foule l'aurait lynché en silence. Et serait revenu, paisiblement, prendre sa place. Persian Surgery Dervishes, deux concerts. Terry Riley tout seul avec son orgue. Dimension micro-organique, aboutissement immédiat. Holocauste des idées reçues. Album absolument prohibé pour l'extérieur. Trop dangereux pour marcher, encore plus pour conduire. Concentration maximale sur la note d’après. Autour plus rien n'existe. Jeu de pistes, maillage serré de l'encéphale. Musique tellement facile à écouter. Qu'elle en est forcément d'une démente complexité. Aller au delà. Synchroniser son pouls sur le tempo. La même pièce, interprétée en 1971 en Californie, et en 1972 à Paris. Même pièce parce que le titre est identique. L'auditeur standard (fonctionnant aux lieux communs) est invité à faire un stage en introspection intensive. Traitement pour cas borderline, avec des sautes d'humeur.  Et besoin intense de sécurité. Jean Michel Jarre se fait sortir à coup de tomates. Comme Keith Emerson et sa batterie de cuisine. Pour vraiment situer l'influence de Terry Riley, il suffit d'écouter Manuel Göttsching. L'album New Age Of Earth (1976) est un parfait exemple de compréhension des cycles et des boucles, du vieux maitre. Moyens  basiques, génie mélodique, l'auditeur commande des oreilles neuves (en promo sur Amazon) s'installe et décolle. Pendant que se déroule une ritournelle fracassée au Libanais noir. Les couleurs du soleil levant, l'odeur de l'ozone après la pluie, tout ce qui est très agréable. En même temps que solide comme le bronze. Balcon béant. Sur un univers où l'onirisme siège au conseil d'administration. Trois bouts de ficelle tendus jusqu'à l'hypnotisme. Indéfendable, selon les critères musicaux d'aujourd'hui. Parce que considérant l'auditeur en ami potentiel (pas un client en puissance). Liposuccion des habitudes, Terry Riley vous rend au monde, avec la certitude d'avoir frôlé le Graal. L'absolu en 80 minutes. Le premier contact est certes un peu rude, mais les bonnes habitudes se prennent vite.

En attendant de rencontrer le mutant qui possède l'intégrale, mon dernier rentré est Shri Camel. Un peu plus abordable par le commun des mortels (si peu, en fait). Il y a quelques temps, une discussion de comptoir a horrifié mon attention. Il y était question de Muse, de leur talent et patatipatata. En me concentrant bien, je devinais alors que le vomi sonore qui emplissait l'espace n'était, hélas, rien d'autre que ça. Du sous Freddie Mercury, qui aurait bouffé trop de gloubiboulga, et sonnait comme Depeche Mode. Ma mère vous le dira, j'ai l'estomac fragile. N'importe qui, dans mon cas, aurait mal réagi. Craignant d’être assailli de pustules verdâtres, je quittais tout de suite le troquet. Sans finir mon café. Et Shri Camel  peut soigner tout ça. Parangon de la fin sans le service des moyens, ces quatre morceaux auraient pu s'appeler La Grande Évasion, sans qu'on y trouve à redire. Prendre de l'altitude, voilà le secret. Mais le film finissait vraiment mal. Le scénario est ici simplifié à l’extrême. Laisser les minus en bas, et grimper aussi haut que possible.


Cultiver sa misanthropie, ne plus rien laisser peser sur vos nerfs hypertendus. Antisocial tu perds ton sang froid. Vous avez déjà prononcé cette phrase (bien haut et bien fort) à la caisse de Carrefour ? Juste pour vous motiver. Terry Riley c'est l'antidote du rayon lessives, le sauveur des promos sur le calandos plâtreux. Un coin de sérénité à emmener partout. Surtout dans son caddie. Le zinzin électronique en devient folk  de la ZUP. Et vous sortez respirer des fleurs mauves sur les parkings crasseux. Pendant qu'ailleurs on se bat pour une paire de narines indéfrichables. 

Laurent

LIEN :

Persian Surgery Dervishes

Avant Garde / Terry Riley - Le Poumon Des Oreilles

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