Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Classic Rock - The Heartbreakers / La Mort Est Une Amie

par lou 11 Juin 2013, 10:27

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a trente-cinq ans et des brouettes, je  me trimbalais une rougeole du diable. Avec un trombine à faire envie à Johnny Rotten. Outre le fait appréciable d'avoir manqué l'école, je me souviens surtout de m’être longuement emmerdé. Peut être encore plus que d'habitude. Et sans savoir que, partout dans le monde, la révolution punk déblayait le terrain. Sortant (ou tentant de) les vieux (plus de trente balais, pas de pitié) dans un pogo infernal.  Au programme, beaucoup d'énergie, d'abord. Ensuite une technique limitée. Trois accords c'était déjà un pas vers le fan club de Yes. De la  collaboration, presque. Du coup les disques de l'époque ont salement passés la date limite. Mis à part le premier Damned et le premier Stranglers, le reste trimbale son âge avec un désespérant manque de naturel. Et le gros rire derrière, c'est le fantôme des New York Dolls.  Les Poupées, dont l’âme maudite erre toujours. Le corps n'ayant pas survécu à un cocktail de choc. Mélangez dope/gnôle/arrogance/frime/rock primaire, et secouez fort. Puis servez sans glace et sans modération. J'ose à peine imaginer les réactions de la rock critique d'époque (qui  comportait encore son lot de fans de Genesis ou des Eagles) quand on lui a annoncé le retour de Johnny Thunders, en première ligne de combat. Souvenir de ces articles de Best ou de Rock And Folk, au début des années 80. De maudit, Johnny était passé à l'état de bête curieuse. Comment ce type tenait-il debout, défoncé jusqu'aux cheveux, entre deux albums incertains, et des concerts totalement irresponsables. Mais en 1977/78, il était simplement marqué d'infamie journalistique. Ce dont il devait se foutre comme de son premier médiator. Précisons que les Dolls avaient laissé une sacrée ardoise, derrière eux. N'importe quel vétéran pouvait vous raconter (avec force détails) le dit Thunders gerbant (pas discrètement) devant une assemblée de journalistes, à son premier débarquement à Orly. Ou le micro de David Johansen dans la tronche des provocateurs, lors des concerts parisiens du groupe. Pour plus de détails, reportez vous à Nick Kent, et à son superbe article dans l'Envers Du Rock.

Parce que ce qui nous intéresse aujourd'hui se nomme Heartbreakers, le gang tordu de Johnny Thunders. Avec Richard Hell à la basse, dans un premier temps.  Bande de losers (ben voyons) sérieusement portés sur la blanche. Ayant généré un seul album studio, et lamentablement loupé leur coup.  D'abord en signant sur Track Records, antique label infoutu de lutter question distribution et  promotion. Ensuite, en allant chercher  feu Speedy Keen, pour la production. L'homme derrière Thunderclap Newman. Capable de signer une merveille comme Something In The Air ou le Armenia City In The Sky (rien que ça) des Who. Mais aussi la production toute plate du premier Motorhead.  Et c'est lui qui, pour l'éternité, portera le poids de l'échec de L.A.M.F (Like A Mother Fucker) en raison d'un son réputé totalement foireux. Je dis «réputé», parce que figurez vous que ce mixage boueux, il faut avoir été sur place à l'époque, pour l'avoir entendu. En ce qui  me concerne,  j'ai attrapé mon virus avec (attention ça se complique)  L.A.M.F Revisited, remixé par Thunders en 1984. Depuis, il y a eu aussi  L.A.M.F The Lost Mixes (encore meilleur, affuté comme un rail de poudre sur un cran d’arrêt). Le  LP original étant, de nos jours, une pièce de collection au prix rondouillard. Bref, voilà un album que j'adore, Autant, le dire tout de suite. Loin du onetwothreefour basique des Ramones (encore que Chinese Rocks soit signé  Dee Dee Ramone) et du foutoir punk en général. Chaque morceau a une intro, une construction, est articulé sur plusieurs riffs gigognes. Baignant dans une sauce à rendre jaloux ce minable de Steve Jones,  la guitare de Thunders vous dézingue les boyaux, dés qu'on lui en laisse l'occasion. Pensez à des cordes tendues sur un rasoir. Zig zag, pas des accords mais des balafres. Du calibre nerveux, Stonien et maigre sur lui. Totalement narcissique, de plus.

Ma chanson préférée est à ce titre l'hilarant Get Off The Phone. Arrêtes de téléphoner/Personne à la maison/Parce que je veux pas de toi. Simple et sans bavures. Un doigt permanent au bon goût, aussi. Celui qui fait trembler la mère, enrager le père, et mouiller la fille. Le Saint Esprit étant occupé ailleurs. Nombreux ont été les prétendants, comme les méconnus Richmond Sluts (super nom de groupe) par exemple. Même le premier Dead Boys (pourtant salement ratatinant) n'as pas cette science du jusqu'où-aller-trop-loin. Non, personne pour retrouver cette nonchalance de petits merdeux, qui pissent contre votre caisse. En ricanant bien fort, de plus. Jeunes cons, va. Élément non négligeable, Johnny avait rameuté Jerry Nolan (cogneur des NYD) qui défonçait la baraque comme personne depuis Paul Whaley (Blue Cheer). Mais tout s'est cassé la gueule. Surtout l'Anarchy Tour. Une tournée anglaise de groupes punks, sortie de l'imagination des Sex Pistols, avec le gratin du mouvement. Faisant capoter toute chance pour nos Briseurs De Cœurs, de charmer l’Albion crêtue. Tout ça pour vous dire que  L.A.M.F The Lost Mixes ressort ces jours ci. En coffret quatre CD (Définitive Edition). Le livret est instructif (interview de Walter Lure, le second guitariste) et pour le même prix, on nous refile quatre badges. Surtout, c'est l'occasion d’ouïr ENFIN le mixage original, en version débarbouillée. Effectivement, on entend bien un groupe qui joue avec le frein à main enclenché. Impression curieuse, souvent, d'assister à une répétition, ou personne ne s'est décidé sur la tonalité des morceaux. Ça passe à l'arraché, mais on peut se poser des questions sur la finalité d'origine (néologisme assez grave). Mieux, pour prolonger la nouba, il y a aussi 21 goûteux mixages alternatifs. Qu'on comprenne bien comment ça marche. La basse de Billy Rath s'y révèle un pur régal. Et puis quel naturel dégagent ces mecs.  Le psychologue du centre d'apprentissage (dont ils ont du se faire virer) avait bien raison de s’inquiéter pour leur avenir. Carton jaune aux démos par contre, même si le son est bon. On avait pas besoin d'entendre le groupe tâtonner et se chercher sur du boogie standard. Nos oreilles ont été tellement été à la fête, qu'une certaine impression de retour pénible se fait jour. Oui ce gang pouvait être grand, autant que catastrophique. Junkie arrogant, difficilement défendable, Johnny Thunders a eu la classe de mourir (sordidement, sûrement assassiné par ses dealers) en même temps que Steve Marriott.

Tant qu'on me laisse le crachoir, je recommande trois DVD, assez complémentaires. Toujours un peu la même recette, les classiques maison, enchaînés à des standards en béton. Rejouant l'intemporalité de la musique, quand elle tape à un certain niveau.  Dead Or Alive présente les Heartbreakers en concert à Londres, en 1984. Gig un peu bancal, reposant beaucoup sur la force de Walter Lure. En bonus des interviews, des extraits de l'Anarchy Tour, et des séquences du film Mona et Moi (à voir).  Dommage que tout cela soit balancé dans un séquençage totalement bordélique. Can't Put Your Arms 'Round A Memory (concert de 1987 à Los Angeles) s'annonce comme une affaire risquée. Ou la réunion des sieurs Thunders et Nolan, avec Arthur Kane (bassiste des New York Dolls). Soit le trio maudit, rappelé trop tôt dans un monde dit meilleur.  Prestation vacillant sans cesse au bord du gouffre (Johnny se prend un truc en pleine tronche mais ne plante pas ses accords, pro avant tout) sans jamais y tomber. Pour les fans confirmés. Who's Been Talking (Osaka, début 1991) est  une de dernières apparitions scénique de celui qui avait alors tout d'un mort vivant. Bien encadré par un groupe solide (beaucoup de saxophone) Thunders est alors à l’extrême bout de la résistance humaine. Le concert existe en version à rallonge, sur un double live officiel. Moitié électrique, moitié acoustique, version admission au sanatorium. Idéal pour donner à notre quotidien, si lyophilisé, une forte odeur de souffre.

Laurent

LIEN :

L.A.M.F

 

Classic Rock - The Heartbreakers / La Mort Est Une Amie

commentaires

Haut de page