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DVD - The Rolling Stones / La voix de Mick Taylor

par lou 14 Juin 2013, 10:19

 

Chicago, 22 Novembre 1981. Un groupe joue le blues sur la scène du Checkerboard Lounge, une boite de la 43éme rue. Devant eux, une chaise vide attend. S'y installe bientôt un certain Muddy Waters.  Pas tout jeune (il est  mort deux ans plus tard) mais toujours en forme. En costume, s'il vous plaît. Élégant et classe, autant qu'économe  de ses effets.  Dégageant une expression de bonté absolument frappante, dans ce monde ou règne le calcul le plus égoïste. Ce type a dû en voir de toutes les couleurs pour en arriver là. Mais il sourit, semble n'en vouloir à personne. Même quand une bande de retardataires déboule, pas moyen de l'énerver. Ah, les gonzes avaient une table réservée. Au premier rang. Sûrement des rupins. Attendez un peu, les tronches de ces anglais (ce sont des britons, avec leur saxophoniste texan) me dit quelque chose. Mais oui, des originaux de Richmond, qui ont fait fortune en jouant du blues à leur sauce. Même qu'ils ont piqué le nom de leur orchestre  à une chanson de Muddy.

Les Pierres Qui Roulent ? C'est bien ça. Il y a donc les deux guitaristes, le chanteur (qui fait déjà le difficile avec les serveurs) et le  pianiste à carrure de déménageur. Manque le batteur autiste, et le bassiste à faire passer DSK pour un eunuque. Tout ce beau monde s'assoit, et se met à enquiller des bières et du whisky.  Pour la petite histoire, le caboulot appartient à un certain Buddy Guy. Et la température grimpe doucement. Jusqu'à ce que Muddy fasse une annonce au micro. Sympa, il appelle les anglais à venir chanter à lui.  Son accent est savoureux, quand il hèle «Mikjagair» et «Kiff». C'est le boxon pour rejoindre le vieux maître, d'ailleurs. La salle est bondée, il faut passer par dessus les tables. Et  les voilà tous lancés dans le vieux douze mesures. Les deux gratteux (qui doivent prendre un sacré pied ) discrets et sérieux, concentrés comme jamais. Et le chanteur, affligé de se manie d'en faire trop. Déjà, venir taper le bœuf avec Muddy Waters en SURVETEMENT ROUGE,  faut pas craindre de passer pour un ringard. Et toute la soirée va se dérouler comme ça pour Jagger. A faire des singeries, des minauderies, entre deux beaux coups de gosier. J'imagine que Keith a eu grande envie de lui foutre deux baffes (une fois de plus).  

Mais bon, on a  trois cinquièmes des Stones (plus Ian Stewart) alors on essaye de profiter au maximum. D'ailleurs, sans leur présence, j'imagine que ce DVD serait resté encore longtemps dans les cartons. Ah, l’ancêtre s'accorde une pause. La microscopique scène est maintenant archi-pleine. C'est qu'ont débarqué Buddy Guy (trop courte apparition) Junior Wells (visiblement bourré) et Lefty Dizz (super guitariste  mais gros frimeur).  Jagger est retourné s'asseoir, mais continue à faire l'intéressant depuis sa place. Entracte un peu  bordélique, avant le retour du boss. Pas pressé, Muddy. Savourant l'instant. Le Jean Gabin du blues (comme dirait notre copain Patate).  La conclusion est pure beurre (couleur bleue Chicago) pour ce qui pourrait devenir un classique des soirées canapés. Notons que ce Live At Checkerboard Lounge existe aussi en version vinyle. Mais honnêtement, il faudrait être un sacré ascète pour se priver des images. Bien que pour le coté improvisé, il faille repasser. Keith et Ron ont leur guitares habituelles, et les caméras ne devaient sûrement pas être en goguette. Injuste retour des choses, les Stones ont réussi à  placer un de leurs morceaux dans les bonus. L'excellent Black Limousine, tiré de Tattoo You. Un égout crasseux (et lourd de sous entendus) comme ils en  ont le secret. Le son met la basse en avant (pour une fois) et ce serait presque parfait si Ronnie voulait bien arrêter de se lâcher en solo. Une plaie celui là, dés qu'il oublie d’être efficace. N’empêche, le coffre aux trésors s'ouvre chaque jour un peu plus. Et ce serait presque assez pour faire oublier l'inédit (ultra foireux) qu'on nous a balancé, il y a peu, sous le label Rolling Stones.

Un machin adipeux, à jeter tout de suite. Et je suis persuadé que Charlie ne joue pas là dessus. Sa frappe est à mille lieux du martèlement de bœuf entendu. Du cash rapide, rien d'autre. Ceux qui demandent toujours plus (parce qu'ils savent que plus il y a) peuvent  quand même arrêter de râler cinq minutes. Grâce à Peter Whitehead.  Oui, le gars qui à fait des films sur le Swinging London. Et qui a suivi les Stones, pendant une courte tournée irlandaise, en 1965. L'objet se nomme Charlie Is My Darling, et on désespérait de le voir un jour. Chose faite, en version restaurée, sous titrée, bien propre, et vendu pas trop cher. Alors, ce qui n'est encore (pas pour longtemps) qu'un groupe de rock parmi d'autres, lâché dans la très bigote Irlande. Partagée entre vieux cons, et gamins qui envisagent (doucement) de devenir autre chose que des piliers de pubs. Et quoi de mieux que Satisfaction, pour emmerder le monde. Prouver aux décideurs (aux esclavagistes) qu'il y a toute une vie derrière la ronflée de fuzztone. Plongée directe dans des temps enfuis à jamais. Les musiciens sont  humains (Brian Jones surtout) profitant de leur jeunesse, mais les rôles sont déjà distribués. La rythmique parle peu, regarde ailleurs sur scène, et semble vouloir donner une leçon de gueule bien tirée aux Pretty Things. A la différence des trois autres, Wyman et Watts n'ont pas l'air de copiner avec Andrew Loog Oldham. Jagger est la tête pensante, aux propos articulés, nets et tranchants. Le théoricien, celui qui en donne aux journaleux pour leur argent. Quoique on sente (question d'attitude) arriver le pète sec cassant. Brian Jones à l'air heureux de vivre, et se  marre franchement quand des gosses en chaleur interrompent  un concert. Et Keith ? Personne ne daigne lui demander son avis, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd'hui. On le voit rarement sans sa guitare, bossant souvent de nouveaux morceaux, en train de devenir le nerf principal du groupe. Le film est court (aarggh) avec rien de révolutionnaire, mais se regarde sans faim. Rien à voir (bien sûr) avec le Don't Look Back consacré à Dylan, pour rester dans un périmètre connu. Autant le Zim était flamboyant, très conscient d’être épié (ce coté vachard) autant les Stones sont naturels. Et c'est bon de les observer sans une tonne d'outrance.  

La sortie de cette noisette a été occultée par celle de Crossfire Hurricane. Présenté comme le «documentaire ultime» (méfiance) cette nouvelle percée dans les archives est symptomatique de la façon dont Jagger envisage les choses. Soit une bonne idée, un concept intéressant, techniquement parfait. Mais un résultat bancal, parce qu'il aurait fallu se mettre à la place des acheteurs potentiels. Se donner la peine de comprendre ce que veulent les vieux fans. Au lieu d'avoir, de suite, le réflexe de sortir les poncifs. Alors on est reparti pour quatre vingt dix minutes (c'est peu) d'images vues et revues. Mais commentées, avec le recul du temps, par ces Messieurs. En voix off. Et ils disent quoi ? Rien d'essentiel ni de révolutionnaire. C'est l'Histoire parcourue à toute vitesse, et remodelée dans un sens qui arrange ses principaux acteurs. Par exemple (bâillements) le désastre d'Altamont est imputé, une fois de plus, aux Hell's Angels. Et rien qu'à eux.  Pas question de se reconnaître une infime partie des torts. Mais (les enfoirés) il faut avoir vu ce Crossfire Hurricane au  moins une fois. Pour se rendre compte de ce que la déchéance d'un homme peut être. Les dernières images de Brian Jones font frisonner. Et redéfinissent l'expression «zombie». Aucun de ses anciens collègues n'a le courage de le plomber, fort heureusement. A la fin, il était tellement cuit  que la force des autres n'en apparaît que plus sous-estimée. Et puis, il y a Mick Taylor. C'est juste avant le concert de Hyde Park,  la caméra se pose sur un tout jeune gars qui fume sa clope. Image noire et blanche, le gamin (le sauveur) toise l'objectif avec un rien d'arrogance. Sa voix est posée, neutre. Et d'un coup, un intrus débarque. Lui parle gras et rauque, ses mots racontent des années de clopes, de bibine, de dope. Un peu comme quand Lemmy prend le crachoir. Cette voix, vous l'aurez deviné, c'est celle actuelle de Mick Taylor. Un témoignage en elle seul. Même si l'ex blondinet timide, aujourd'hui bouffi, ne veut (c'est une manie) se souvenir que des bons moments. Allez, on a encore marché. La conclusion va à Jagger, qui nous assène un «la jeunesse ne dure pas» à faire reprendre une assurance vie. Elles sortent quand les BBC Sessions 1963/65 ? Officiellement, je veux dire. Des fois que ça serve enfin à quelque chose....

Laurent

DVD - The Rolling Stones / La voix de Mick Taylor

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