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Folk - Interview de Maripol

par lou 24 Septembre 2013, 10:06

Maripol. Voix profonde et engagée du renouveau folk breton à la fin des sixties. Si Alan Stivell fit renaitre la harpe celtique, si Glenmor a ressuscité la chanson traditionnelle bretonne, Maripol a tout simplement entrouvert les portes d'un folk puisant ses origines dans les légendes celtiques encore vivantes, et ouvert son inspiration dans le monde qui l'entoure, aussi bien sociale qu’environnementale.
Si la discographie de Maripol n'est pas simple à suivre, elle recèle de petits trésors d'acid folk, Les Oiseaux étant sans doute avec Femme De Sable Et D'Eau ses deux petits bijoux, où elle pose sa voix sombre et mélancolique sur des arrangements d'une pureté exceptionnelle.
L'envie grandissante d'échanger quelques mots avec l'une des activistes du renouveau folk breton. Que la mémoire collective se doit de puiser pour en ressortir encore et encore ce qui fait la richesse du microcosme breton, à savoir un lieu où l'ouverture sur le monde sacralisée par la beauté de son paysage et de son littoral se marie à la perfection aux traditions ancestrales et identitaires de chaque bourg, de chaque clocher d'église, de chaque mémoire, ancienne ou moins ancienne.


Lou : Bonjour Maripol, et merci d'avance pour le temps que vous voulez bien nous accorder. On souhaite revenir avec vous sur votre carrière, ainsi nous souhaiterions dans un premier temps savoir qu'est ce qui vous à amener à faire de la musique?
Maripol : Dès l'âge de 8 ans, je chantais sur le mur de mon jardin encouragée par la charcutière , madame Hénaff, qui était alors mon unique public dans le jardin d'à côté. Dans mon petit village pas d'école de musique, l'église était le seul lieu où  je pouvais me faire la voix en braillant accompagnée par l'orgue défaillant. D'ailleurs d'autres chanteuses comme Brenda Wootton ont fait la même chose.


L : J'ai lu que l'influence de votre grand mère a été très importante dans votre éducation? Vous pouvez nous en toucher deux mots?
M : Ma grand-mère a eu une influence considérable sur le développement  de mon imaginaire car c'était une femme visionnaire qui voyait des choses qui n'existaient pas pour le commun des mortels. Elle m'a appris ainsi à transcender la réalité quand cela devenait insupportable; Elle m'a aussi enseigné le devoir de révolte devant l'injustice et la connerie.à aimer les choses simples de la vie , à m'ancrer dans la nature qui nous entoure., à faire corps avec cette même nature.


L : D'ailleurs, et pour avoir vécu en Bretagne un temps, il est une particularité qu'y est attaché à la Bretagne, c'est celle du mélange inter générationnel qui peut exister entre les plus jeunes et les moins jeunes. Je pense notamment au conflit de Plogoff... A quoi attribuez vous cela, vous qui y êtes en plein coeur?
M : Chez les bretons, on peut le constater dans les festou-noz, jeunes et vieux se mélangent. Et quand il s'agit d'une prise de position nous mettant en péril  ou ne nous convenant pas comme à Plogoff( j'y étais!) nous sommes tous soudés, les"clans" se rapprochent, se mélangent et oublient leurs différences s'il y en a. En Bretagne nous ne faisons qu'un devant l'adversité.


L : Votre rencontre avec  J.P. Lecuyer apparait déterminante dans votre cursus musical, et vous ouvre l'univers du folk anglo saxon. Quelles ont été les influences déterminantes en ce sens?
M : Jean-Pierre Lecuyer et Alain Métrope ont été deux musiciens qui m'ont fait découvrir le folk au travers de Bob Dylan et de Joan Baez et m'ont surtout fait rencontrer Jean-Paul Graffard mon compagnon et musicien compositeur et arrangeur avec qui je travaille depuis 1973 . Il m'a fait découvrir Les Byrds, les Rolling stones, le rock en général. Il aimait toutes les musiques du monde, c'était une chance pour moi !


L : L'année 67, vous décidez de monter sur Paris, les évènements de 68 sont latents, comment vous situez vous à l'époque dans ce bouillonnement culturel et révolutionnaire?
M : Je suis montée à Paris fin 66 vivant  dans des squats, faisant la manche pour survivre avec la ferme intention de revenir en Bretagne après avoir enregistré un Album que j'ai d'ailleurs enregistré avant mai68 et qui n'est paru , suite aux évènements qu'en 1969. J'aimais ce bouillonnement de 68, çà correspondait à mon état d'esprit. Il y avait tant de choses à reconsidérer pour les femmes et les humains en général. C'était génial, on pouvait affirmer nos identités, crier, gueuler,dessiner nos envies, exister autrement que dans le confort béat !


L : Vous êtes l'une des figures du renouveau du folk breton, avec Stivell, Glenmor, Dan Ar Bras... Comment expliquez vous cette renaissance, après des dizaines d'années où la culture bretonne semble étouffé par la république?
M : Au départ ce sont Stivell( pour la musique) et Glenmor( pour les textes) qui ont déclenché ce mouvement. Je leur ai emboîté le pas après les avoir rencontrés le même soir dans le seul cabaret existant en Bretagne"les Templiers" à Dinan. Ils avaient en commun la langue bretonne que je n'ai pas car je suis de la Haute-Bretagne celle qui parle le Gallo longtemps considéré comme un dialecte.Ensuite j'ai fréquenté les hootnanies du centre Américain, Boulevard Raspail sous la férule de Lionel Rocheman. Dans ce lieu s'exprimaient des musiciens et des chanteurs de toutes tendances principalement issus du folk et du blues, j'ai fréquenté aussi "Ti ar Yaouankiz" rue St Placide à Montparnasse ou la crêperie bretonne "Ti Jos" où je pouvais aussi faire la manche de temps en temps. Le reste du temps je m'installais devant le Sacré Coeur  où je faisais la manche  m'accompagnant à l'auto-harpe, parfois aussi accompagnée par le guitariste Bernard Benoit. On y rencontrait quelquefois Bill Deraime qui faisait la même chose que nous. J'écrivais aussi souvent des poèmes sur le trottoir devant la Samaritaine.


L : Vous signez dans un premier temps sur le label Le Chant Du Monde. Pourquoi ce choix?
M : J'avais eu un contact important  avec Barclay mais les temps étaient à la révolte et accepter sa proposition  était me trahir car il voulait faire de moi ce que je ne souhaitais pas être.Alors quand Lionel Rocheman m'a présentée à Madame Loreilhe du Chant du Monde , j'ai tout de suite accepté !


L : On sent une vrai évolution à l'écoute de vos disques, passant d'un folk traditionnel à une musique davantage inspiré par le folk progressif anglais, notamment sur Femme de sable et d'eau, et les Oiseaux. La musique et les paroles semblent également mieux assumés, a quoi attribuez vous cela?
M : A des rencontres avec des musiciens venant de divers horizons notamment du Rock et aussi à notre vécu personnel et à notre complicité( je parle  de Jean-Paul Graffard et de moi-même).


L : Vous qui avait fait parti du renouveau du folk breton, avec qui vous sentiez vous la plus proche?
M : Avec Glenmor ,Manu Lannhuel,Bernard Benoit,Alan Stivell, Claude Besson , Kristen Nogues, Louis Capart et tant d'autres ! Mais aussi des musiciens  chanteurs tels que François Béranger, Catherine Ribeiro, Idir, Colette Magny, Nougaro, Catherine Ringer, José Afonso.....etc etc...Je suis ouverte à toutes les expressions musicales.


L : Vous avez beaucoup tourné au débuts des seventies, des souvenirs de concert en particulier?
M : Il y en a tellement. En tout cas, à l'époque , c'est sur " le tas" qu'on apprenait notre métier se cassant parfois la voix quand la sono était "pourrie". On chantait partout passant d'une petite à une très grande scène  ou inversement sans problèmes d'égo. Mais mon plus grand plaisir était de terminer mes tournées d'été par la chapelle de Penmarc'h en Pays bigouden où la mer venait mourir près de l'enclos de cette même chapelle.


L : A la fin des années 70, votre carrière musicale s'arrête brutalement, tout du moins dans les livres d'histoire.. Que s'est il passé?
M : Problèmes de santé et aussi besoin de respirer autre chose, de créer autrement par la peinture et par un travail pictural de valorisation du patrimoine de la Haute Bretagne dans lequel nous nous sommes engouffrés Jean-Paul Graffard et moi-même pendant une dizaine d'années.Mais nous nous sommes exprimés sur scène jusque fin des années 80 et  pour des causes qui nous touchaient jusqu'en 2000. Nous avons toujours écrit et composé même sans diffuser notre travail.


L : 2012, et vous voilà de retour sur le circuit discographique avec Bleu Océan. Pouvez vous nous parler un peu de la genèse de cet album? Et pourquoi près de 30 ans après?
M : En 2002 nous avons signé avec un petit label breton"Kerig" pour une compilation  intitulée "Maripol ses plus beaux chants"Puis la "maturité" venant,le besoin de dire des choses autrement, de partager un autre souffle de poésie, de fraternité dans un monde si troublé et si troublant nous a titillés.


L : Vos disques s'exportent aujourd'hui à travers le monde, vous en ressentez quoi?
M : Une certaine fierté, le sentiment d'avoir fait quelque chose de ma vie même si çà ne me rapporte pas un centime pour ce qui concerne mes anciens Vinyls.


L : Vos prochains projets?
M : Un nouveau CD musiques de Jean-Paul Graffard  sur lesquelles je viendrai poser ma voix.


L : Un dernier petit mot sur la société qui nous entoure?
M : Violence,parfois désespérance mais comme l'a si bien dit Victor Hugo:
"Désespérer , c'est déserter sa vie !
Alors essayons de rester positifs
!

 

Entretien mené par Lou.

Site Officiel de Maripol

Prison Rouge

 

Folk - Interview de Maripol

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