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FUNK / Mandingo - Tapinage Classieux

par lou 13 Août 2013, 11:53

King Kong à la basse. Douze dinosaures à la section de cuivres. Jean Pierre Marielle (échappé d'un sublime nanar 70's) emballant une charcutière (nymphomane) sur la piste d'un night-club. C'est décidé, avec Mandingo on va prendre un pied non autorisé. Tout en ratissant ultra large. Et parler des albums d'exploitation. Ou l’arrière cour de la création musicale. Vendre à un public potentiel, quelque chose ne l'intéressant pas du tout au départ. En surfant sur le créneau le plus efficace, le coté économique de la chose. Rassembler une bande de musiciens, fauchés, à la recherche d'un cacheton sans douleurs. Leur donner à jouer une pitance (souvent un brouet) ressemblant vaguement à ce qui se fait de plus branché. Ensuite vendre le résultat (sous pochette attractive) avec un titre ronflant. Et attendre le cash facile. Investissement faible, puisque très peu d'intermédiaires. N'importe quel chineur a vu passer des milliers (des milliards) de galettes de ce genre. Absolument pas franches du collier. Certaines sont bonnes (Bram Stoker ou T Swift And The Electric Bag) et même collectors. D'autres abominables (Rockery esquintant les Rolling Stones). Le tout constituant un magnifique vivier à crustacés géants. Dans lequel on évitera de trop tremper les mains. Sous peine d’asphyxie, par odeur de combines nauséabondes. Même les Pretty Things ont travaillé au noir de cette façon. Si si. Fauché, en dépit de ses magnifiques albums, le groupe de Phil May est derrière les biens connus (des amateurs) Electric Bananas. Musique de films de boules à trois sous, le plus souvent. Fournissant une bon contingent de pop psychédélique goûteuse.

Et puis notre ami Grognon (grand traqueur de vinyles dans la jungle du Berry) est arrivé, tout essoufflé, sur le forum Rave Up. En brandissant une galette bizarre, tout en hurlant à l'enfer afro funk. La chose s'appelait Mandingo. Le titre était à tiroirs, et la pochette s'ornait d'une superbe métisse. Dans le plus pur style blaxploitation. Grand mot que je viens de lancer là. La halte obligée (obligatoire) pour tous les fatigués du rock blanc. Quand les riffs deviennent trop lourds à porter. Et qu'une bonne vibration soul vous agit si positivement sur le cortex. Les cuivres, la wha wha, la rythmique qui gigote, les percussions de gorille culturiste. On vénère Otis Redding ou James Brown, mais là le plaisir est décuplé. Jamais le son Stax n'aurait osé rêver pareille perversion. Voler aux petits blancs leurs gadgets acides. Et les greffer sur un groove au tabasco. Alors une enquête (discrète) de voisinage fut lancée. Tout en s'infusant, ce qu'on pouvait entendre de ces morceaux incroyables. Au résultat, il apparut enfin que Mandingo était aussi peu catholique qu'on l'avait estimé au départ. Derrière tout ceci, deux noms ont enfin émergé. D'abord une grosse tête de chez Columbia, un certain Norman Newell, producteur réputé. L'autre se nomme Geoff Love. Plutôt spécialisé dans la disco et le petit lait sonore, qui a par exemple bossé avec une égérie punk comme Shirley Basset. Associé à ce duo, Mike Vickers, rescapé de chez Manfred Mann. Pas vraiment des exemples de funk instrumental en rut. Comme on peut traiter le produit Mandigo de tout ce qu'on veut, sauf de rognure usinée à la n'importe comment. Un sourd chronique entendrait le savoir faire, dans tout cela. C'est calibré, dessiné, élaboré. Et ça emprunte à un tas de gens ce qu'ils ont fait de mieux. Pour le restituer sous une forme totalement secouée, et grandement jouissive. Isaac Hayes, bien sur. Le fantôme de Shaft est partout présent, ici. Coulée rougeâtre sur peau noire, pour BO made in Harlem. Miles Davis, ensuite. Cette capacité à incendier le jazz, à en tirer un brasier électrique, ou les cuivres servent autant d'extincteurs que de charbon. Sans les brisures de rythme, quand même. Faut que ça se bouge le cul sans bavures. Lalo Schifrin aussi est pillé. Sa fabuleuse habilité à construire des formes impossibles. Qui semblent tenir sans colle ni vis. Et puis les clins d’œil au public blanchâtre. Sous forme de solos de guitare, pas la plus utile des digressions ici proposées. Amusez-vous à chercher le plan pompé aux Who, par exemple. Même les glacis de clavier sont tracés au cordeau.

Pendant ce temps, Jean Pierre Marielle est le roi du Macumba Club de Djerba.  Avec son pattes d'éléphant, et son col pelle à tarte. On est en 1979, un été torride. La boite fait le plein tous les soirs, sans un seul petit jeune venu pour se la donner. Plutôt le genre cinquantaine, charcutiers ou marchands de pinard, de la graisse et du clinquant. Bandes de beaufs ouvertement racistes, qui claquent un fric fou. Tout ça navre Momo, le DJ. Un gars embauché pour la saison, et payé avec une fourche. D'abord parce le troupeau gigote n'importe comment. Et de la si bonne musique à des clampins pareils, c'est vraiment du gâchis. Dans la sono, le volume grimpe encore. Le pauvre Momo se fait une raison. Au moins , pendant ce temps, pas de Santa Esmeralda, de Cerrone ou de Patrick Hernandez. Et puis, à la fin de la saison, il chouravera les vinyles. Ni vu ni connu. Sa vie professionnelle est pourtant bien simplifié, quand Mandingo arrive sur le tapis. Juste à enchaîner les longues plages instrumentales (pas de chanteur, uniquement  du sauna en kit) de Sacrifice ou Savage Rite. Et pour achever les derniers, vers cinq heures du matin, il reste Mandingo III ou Primeval Rhythm Of Life. L'intégrale d'une des meilleurs soul malhonnête, à avoir jamais hanté une platine. Avec des titres ronflants et bidons, comme Homme Medecine ou Mariage de la Jungle.  Africanisation en plastique rouée et vicieuse. Littérature de gare franche comme un âne qui recule. Impossible de savoir qui joue là dessus par contre. Une armée de requins d'élite, sans doute. Pour arriver à un tel résultat, les gars ont du enregistrer en conditions extrêmes. Privés d'eau et de nourriture, menacés de sévices, enfermés avec un éléphant pétomane, que sais-je. Dopés à l'ADN de Funkadelic, camés avec des séances de thérapie comportementale pour cas d'urgence. Même Earth Wind And Fire (pourtant pas un conglomérat de dyslexiques de la partition) apparaît soudain timide et emprunté. Plaisir honteux à s'infuser en gigotant dans ses charentaises, les albums de Mandingo sont à peu prés bien réédités.  Renaissance tribale en sachets, certes,  mais encore flamboyante dans notre époque au bœuf de cheval.

Laurent

LIEN :

Youtube

FUNK / Mandingo - Tapinage Classieux

commentaires

stop snoring aids 17/01/2014 12:19

I will buy CD of this and watch it at my home. I have a good collections of films like this which have come out on low profile but has caught viewers and thereby leaves the legend. Mandingo is likewise.

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