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Psych / Morgen - Phantom's Divine Comedy - Les nerfs à vif 

par lou 16 Décembre 2016, 11:35

Les conditions sont idéales, dimanche matin de pluie. Le temps semble propice à une de ces gratinées missions Fuzzine, que je remets sans cesse à plus tard. Cas compliqué, pas des bâtons merdeux, mais pourraient vite le devenir. Un disque que j'adore (Phantom's Divine Comedy) incapable de bouger sans se ramasser des tomates dans la tronche. Et l'autre qui change sans cesse de visage (Morgen). M'énerve depuis trente ans, celui-là. Bâtir là-dessus quelque chose de cohérent. Impossible de s'en tirer par des métaphores au kilo, interdit le boulot à l'emporte pièce. Pas volontaire pour une retape à la Jean Pierre Coffe (« Regardez moi ça ma p'tite dame. Du bon produit d'épicerie de quartier, pas de la merde de grande surface. »). Vu la couche d'obscurité et de silence qu'il faut écarter pour avoir un brin de renseignement, l'histoire leur doit bien une place dans son monte-charge. Même si c'est celui des fournisseurs, dans la rue derrière, pas loin des poubelles. Juste là où ils ont échoué à peine sortis du studio. Du blabla ?

 

L'album de Steve Morgen (genre de beauf moustachu) est sorti en 1969, le groupe (d'illustres inconnus) venait de New York. Bande de vicieux, prenant bien garde à maintenir la vapeur dans les tuyaux. Et le Cri de Munch en couverture, toute cette sobriété agressive, s'apparente à un suicide commercial mûrement envisagé. Propre, blanc de rage, mais in-foutu de dire son nom simplement. Bienvenue dans le vide. Les portes de la perception sont mal crochetées, et cognent par une nuit d'orage. Tu pisses le sang, mon gars ? Regarde autour de toi, ils ont les yeux fermés par des agrafes. Des visages blancs, déjà morts. Et des gestes pour s'économiser leur précieux moi-même. Si tu reconnais quelqu'un, il t'écrase une pierre sur la tronche. Steve Morgen chante d'une voix étranglée, enserré dans les barbelés de la guitare. Terrible montée d'angoisse, rire hystérique, comme celui d'un esprit dérangé, cédant sous la pression. On pense vaguement à Litter dans la forme. Le pique nique est fini, c'est l'heure de rentrer. Vie de merde. Sensation bizarre d’être coincé dans un ascenseur, avec un poulpe en chaleur. Notons que la production (Morgen lui même) est rustique, par rapport aux ambitions affichées. Dommage, un vrai pro de la console aurait tiré bien autre chose que ce côté bœuf bâclé. Qui s'exprime à coups de rasoir dans le bide. Méfiance, le ton se fait doucereux, trop gentil pour être honnête.

Vocalement (ce qui m'énerve) on passe d'un ton hystéroscopique à quelque chose d'androgyne. Ramasses tes morceaux. C'est l'heure des cachets pour dormir. Dans nos rêves, il n'y a plus rien. Les grands sentiments, l'absolu, les lendemains qui chantent faux. Connerie. L'influence du Velvet Underground s'imprime nettement, au détour d'une séquence d'accords. Moins intello torturé, plutôt damné de la terre secouant le poids des chaînes. Réalisant qu'il les portera à vie. Naturellement, la ferraille est rouillée, blesse jusqu'au sang, et lancine sans répit. Glauque, c'est le mot que je cherchais. Notons que, quand il devient clair, le délire verbal de Morgen se réduit à une suite de platitudes. Mais là, le bidule fonctionne, sans qu'on pige trop comment. Tout ceci est tellement aux antipodes de la babasserie ambiante, refuse avec une telle force de sentir le patchouli (beurk) que la volonté finit par payer. Muscles de déménageur, certes. Et quand le pain arrive, direct et franc comme un marron de Lino Ventura, il est conseillé de manger de la purée. Et encore, Morgen a le mérite de laisser un (vague) mode d'emploi.

LIEN : Album Complet

Parce que le Part One de Phantom's Divine Comedy (1974) ressemble à une lettre de menace anonyme. En fait émanation d'un obscur groupe de Detroit, mené par le dénommé Arthur Pendragon (ben voyons). Plus connu de l'état civil sous le patronyme de Tommy Carson (RIP). Particularité, il chante, respire, et existe comme Jim Morrison, avant son accident de baignoire. Ces petits futés en avaient d'ailleurs fait un argument de vente (« l'esprit de Jimbo était présent dans le studio »). Jusqu'à ce qu'Elektra ne les menace d'un coup franc juridique. Beaucoup de gens vous diront que c'est un ersatz, un morceau de verroterie en toc. Pas d 'accord. On fait certes plus original, mais j'aime bien le panache de malédiction qui flotte sur l'ensemble. Vision d'un sorcier cramant sur le bucher, et refusant d'abjurer ses croyances occultes, jusqu'au bout. Menaçant comme la créature qui vous pointe, d'un doigt accusateur, sur la pochette. En fait c'est Carson lui même en négatif. Ce qui évite de voir sa tronche de figurant de quinzième zone chez Marc Dorcel. Soyons un peu sérieux, après tout le batteur (John Badanjeck) a joué avec du beau monde (Mitch Ryder, Edgar Winter, Alice Cooper). Et les autres (tous désignés par des lettres) savent tenir leur place. Belles parties de clavier, guitariste compétent (Carson) bien qu'il ait tendance à abuser de la mouthbox (ce gadget qui fit la fortune de Peter Frampton).

 

Tout ça vous installe une ambiance rouge sang. Quelque chose s'agite derrière un rideau. Sûrement le voisin du dessus qui s'est défenestré. Avec la télé, on entend pas toujours tout. Sur une autoroute qu'on jurerait pensée par David Lynch, et tracée par un congrès de sérial killers. Le bitume y côtoie l'épiderme de près, à la grande foire du cicatriciel. Frappe ton ennemi avec une lame frottée d'ail, et la blessure sera atrocement urticante. Fontaine froide/souffrance intègre/soleil noir. Jamais eu autant l'impression que l'inquisition résonnait dans ma sono. Ce Carson a une façon unique de lâcher ses phrases, comme s'il ordonnait à deux sbires (abrutis et baraqués) de vous passer à la question. Un syndicat de croquemorts paierait pour imaginer des titres comme Les araignées danseront sur ta gueule pendant ton sommeil. Ou Une vie à moitié. Les «spécialistes » (je rigole) s'étripent depuis plus de quarante ans sur le cas Phantom's Divine Comedy. Et quand Merlin se déroule sous vos pieds, il est trop tard. Des mains invisibles (autant que glaciales) poussent dans le dos, tirent par le col. La chute est longue. Le message est clair, tout ça finira en barbecue. On n'est pas si loin que ça du Blue Oyster Cult, quelque part. Traîné par les pieds, dans un immense couloir de velours violet. Vous atterrissez au pied d'un gigantesque trône, empestant le fétide. Bienvenue en Enfer. Cérémonie initiatique, tes couilles sur l'enclume. Le riff est une scie, à la lame parfaitement entretenue. Oublies ce qu'était ta vie avant/Avant que tu ne tombes dans mes mains. Typiquement le genre de cauchemar qu'on déteste faire. Piteusement, Phantom's Divine Comedy est responsable d'un autre album (une bouse) qu'il est interdit d'écouter, sous peine de voir la damnation éternelle vous agripper les chevilles. Quelque chose comme Chris Réa bourré, massacrant le répertoire de Dire Straits (si si, ça existe). Bienvenue au pays où [...] tourne à l'envers.

LIEN : Part One

 

Laurent

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