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Rock Psychédélique : Sainte Anthony's Fyre - Lumpenproletariat

par lou 18 Septembre 2014, 17:49

La puissante odeur du vestiaire en fin de semaine. Ou l'histoire d'un ersatz de rock, qui répétait dans son local à poubelles. Je l'ai souvent dit, il faut taper sur les mauvais musiciens pour mettre les bons en valeur. Ce coup ci ça tombe sur Sainte Anthony's Fyre. Et son album pourri de 1971. Des complexés/traumatisés, ayant rapporté leur affectif sur la musique. Alors qu'ils étaient en CAP chaudronnerie. Pauvres gars affligés, à qui on n'a jamais expliqué qu'écrire des chansons c'est pas facile. Et que pour les jouer bien, il faut un minimum de talent. Ok, vous avez réussi à trouver trois riffs syphilitiques. Le batteur sait à peu prés tenir un tempo, assez pour se ridiculiser dans la fanfare du village. Quand au bassiste, on a pu à lui faire comprendre à quel moment il devait commencer à marteler. Et, dans la mesure où il ignore quand s’arrêter, il fait gabadadadadadoum tout le temps. Le guitariste (c'est un power trio) est bien sûr la star du lot. Capable de s'accorder, de brancher sa meule tout seul, et même de gratter deux accords et demi. Attention, lui il a tout pigé. Dans son dernier job il tondait des gazons, ce qui lui a enseigné le sens de la mélodie. Un peu guitar hero qu'il se la donne. Allez on essaye encore. Et je vais chanter en même temps. Non moi. Et pourquoi pas moi. S'ensuit une longue discussion. D'où il ressort que, finalement, ils vont bramer à deux. Pour nous faire croire qu'ils assurent, le premier pet de leur skeud tout scrofuleux est un pompage de Jimi Hendrix. Enfin, ce qu'ils ont réussi à choper de Voodoo Child. Et qu'ils régurgitent dans nos oreilles épouvantées. Tout le talent de Sainte Anthony's Fyre est là.

Profitez en, c'est court. Environ quatre minutes cinquante. Parce qu'ensuite ils sont livrés à eux mêmes. On pense alors à plein de choses. À Cream en train tester les amplis, un jour de cassoulet. À ce pote d'école qui puait des pieds. Déjà infréquentable en Octobre, vers la mi-Mai il emboucanait comme c'est pas possible. Zappa aurait rêvé d’être aussi parodique. Eux l'ont fait. Après «ça» votre vision du monde va changer. Fini de dire du mal du premier Blue Cheer. Vincebus Eruptum vous assommait avec une technique limité, mais l'auditeur finissait comme s'il avait squatté à coté d'un marteau pilon. Sur les genoux. Sainte Anthony's Fyre tiraille avec un vieux tromblon fumant et bruyant. Et  se veut virtuose en plus. Avec solo de  batterie et chorus de basse, dans le même morceau. Des horreurs pareilles remettent en cause toute une évolution. L'homme a inventé le feu, appris à survivre dans un milieu hostile. Et puis un mauvais groupe l'a réveillé en sursaut. Mister Neandertal s'est mis à gueuler. À ameuter toute la tribu. Faire lapider vite fait les trois rigolos. Qu'on les donne au brontosaure pour son cours de claquettes. Après il aurait le droit de les manger en sauce. De s'en faire un paillasson. Ou des rideaux. Mais que surtout (SURTOUT) plus personne ne les entende plus jamais. Garage rock de fosse à huile. Psyché de poissonnerie en panne de frigo. Minimaliste par force et surtout pas par conviction profonde. Je suis lapidaire. Mais quand on pense que des gens, sur la foi d'une bonne chronique, ont investi de l'argent là-dedans (merci) on frisonne. Certains pervers (il doit y en avoir) se sont ruinés pour un original. Leur femme les a quitté et leurs gosses les méprisent. C'est cruel, mais tout à fait juste. L'objet devant se vendre aux environs des 1000 euros. Disons que c'était le quart d'heure Warholien de Sainte Anthony's Fyre. Leur moment de gloire, avant de retourner au néant, qu'ils ont si bien incarné. François-Jean De La Barre (1745/1766) paya de sa vie la liberté d'expression. Nos clowns US s'en font un bain de siège, chacun sa vocation.

Laurent

LIEN : ALBUM

Rock Psychédélique : Sainte Anthony's Fyre - Lumpenproletariat

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