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Nicholas Greenwood - Cold Cuts (1972)

par lou 3 Septembre 2009, 17:44

 

L’art graphique mis à mal, ou comment renverser une poubelle sur la platine. 


Voilà la première approche qui émane du Cold cuts (1972) de Nick Greenwood. Et si l’artiste doit dogmatiquement s’effacer devant son œuvre, alors l’ancien bassiste d’Arthur Brown (qui cumula cette fonction avec celle de chanteur, dans le Khan de Steve Hillage) aurait pu nous gratifier de sa photo. On aurait évité l’impression, toujours un peu pénible, d’avoir à aborder un lot de charcuterie de supermarché.  Délicieusement pourrie et indigeste.


Mais voilà, c’est aussi sur le disque que ça se passe. Et là, la concurrence de l’époque peut se féliciter d’avoir eu à éviter ce paquet aussi engageant qu’une épidémie de choléra. Question beau progressif avec visée humaniste, Coldcuts prend n’importe lequel des grands noms au bras de fer.

Et, leur brise un poignet sans seulement lâcher son joint.


En évitant les tares d’un métier qui adore la virtuosité rubiconde, l’indigence acariâtre, et l’exhibitionnisme gratuit. Il est beau mon solo, il dure trois heures. Avec les pieds, je vous l’ai déjà montré ?


Longue suite qu’on pourrait presque qualifier de symphonie, nous voici dans une catégorie que nous connaissons et affectionnons. Chaque mouvement devant renvoyer savamment au suivant, tout en créant une intensité dramatique, bien a lui. Le vent qui se lève d’un coup devant balayer aussi loin que possible.


 Exercice casse-gueule, où tant de gens ont confondu délicatesse et pièce montée gracieuse comme un tractopelle.


C’est sur les arrangements que la différence se fait alors.


Cuivres (Bunk Gardner, ex-compagnon de route de Zappa) cordes et claviers se mettent non pas à enrober, mais à dessiner délicatement, dans un ciel tourmenté. Bien aéré par le jeu de basse de Greenwood, qui loin d’ancrer les morceaux dans un marigot, leur insuffle de l’air frais en quantité, à la façon de Roger Waters.


Comparaison pas gratuite du tout, j’en conviens. Et à plus d’un niveau.


Bide total, obscurité absolue, cette merveille est rarement évoquée dans les manuels de référence. À sa décharge, le pressage original est une énorme rareté, et seule la réédition Akarma (à ma connaissance) vous permettra de juger par vous-même


Soulevez la bidoche, il y a de l’or juste en dessous.

 

Laurent Meunier

 


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